Articles

Art in the press

Extrait: Les proverbes de ma mère - Hana Samadi Naaman

Proverbes du Liban et leurs équivalents dans les langues du monde - Geuthner - Pour acheter le livre contacter info@lebanonpostcard.com

Préambule

Les proverbes sont la mémoire collective d'une société, celle de nos parents et grands-parents. Héritée du passé, cette mémoire jaillit spontanément du fond de leur cœur et de leur esprit. Nous avons le devoir de la transmettre à la nouvelle génération qui, espérons-le, saura prendre conscience de la richesse de notre culture ancestrale et l'apprécier à sa juste valeur. Gardiens de nos traditions et de notre culture, les proverbes ne devraient pas passer aux oubliettes de l'histoire. La culture humaine, qui est acquisition, accumulation et transmission du savoir et de la sagesse collectifs, permet à chacun de nous de devenir le récepteur de ce trésor précieux et son fidèle transmetteur.

C'est la mission que je me suis assignée en écrivant ce livre. En effet, ma vie d'adolescente a été submergée par des images proverbiales sorties de la bouche de ma mère. Les proverbes accompagnaient toujours la morale qu'elle nous faisait, les remontrances pour une faute commise, le pardon accordé après des bêtises, le conseil à celui qui le sollicitait, son effort à remonter le moral de celui qui se trouvait dans une situation décevante. Sans parler des proverbes qui agrémentaient la conversation de nos parents. Jusqu'au jour où j'ai décidé de les consigner dans un carnet et d'en faire mon livre de chevet. Avec tendresse et nostalgie, j'y reviens une fois adulte.

L'emploi opportun d'un proverbe fait sur l'esprit entendeur une vive impression. Le recours au proverbe, malheureusement de moins en moins pratiqué, permet de confirmer un dire, de conforter un point de vue, de clore un désaccord par le bon sens, de répondre à une situation de détresse par un conseil de sagesse. Il rassure car le proverbe, parole ancienne, stable, enracinée dans une histoire populaire, résultant d'une expérience collective des années passées, est en principe incontestable et échappe donc à la critique.

Les proverbes sont sagesse et raison. Un dicton arabe ne dit-il pas: "Dans chaque proverbe, une sagesse"? Ils forment la tradition orale la plus populaire de tous les temps. Ils répondent au besoin de l'être humain de retrouver un repère culturel fixé par une tradition ancestrale et une expérience séculaire.

Les proverbes populaires sont le miroir d'une société où se reflètent le comportement de ses membres, leurs états d'âme, leurs mœurs et coutumes. Ils expriment leur perception des choses de la vie quotidienne, familiale, sociale, politique, religieuse, aussi bien que commerciale, agricole et pastorale. Ils portent en eux une sagesse spontanée face à une situation emblématique, délicate ou difficile. Ils jaillissent de l'imagination humaine, vive et créative et de la verve populaire. Un proverbe est l'esprit d'un seul et la sagesse de tous.

Les proverbes, souvent fruit d'une sagesse avisée, proviennent de l'observation quotidienne et de l'expérience répétée, avec un certain pragmatisme comme outil de réflexion. Dans la société rurale libanaise, cela se révèle par l'observation de la nature et de son évolution, du climat, du ciel et de leurs changements; source d'inspirations traduites par maints proverbes qui continuent à dicter le comportement des paysans et des villageois de nos montagne et plaines.

D'origines variées, la sagesse populaire est une œuvre collective. Elle est parfois attribuée à des personnages légendaires, tel Juha, homme du peuple en apparence simplet mais en réalité astucieux, auteur de plaisanteries et de traits d'esprit accompagnés d'une sagesse malicieuse, ironique et moralisante.

Elle reproduit aussi des paroles mémorables et des maximes tirées de l'enseignement de penseurs tels que l'imam Ali, quatrième calife et gendre du Prophète. Ses pensées et dires devenus proverbiaux, continuent d'être une référence dans beaucoup de domaines notamment dans les situations où l'on prend position pour ou contre la femme.

La sagesse des proverbes libanais peut, quelquefois, s'inspirer des vers de poètes arabes anciens qu'elle reprend, soit dans leur intégralité, soit en les transposant dans des termes simplifiés.

Véhiculant une vérité moralisante, certains de nos proverbes sont tirés des Livres Saints, de l'Ancien et du Nouveau Testaments, plus particulièrement du Livre des Proverbes. Ils sont aussi inspirés du Coran et du Hadith, appelé aussi sunna (conduite, comportement), recueil des actes et paroles du prophète Mahomet et de ses compagnons sur les règles de conduite des croyants. Ces proverbes, quand bien même d'inspiration religieuse, ne sont pas l'apanage d'une communauté mais sont indistinctement utilisés par tous.

Si la source du proverbe est individuelle et le locuteur anonyme, son usage continu et sa répétition commune doivent être collectifs. La transmission efficace d'un tel savoir repose sur le langage où les expressions idiomatiques sont métaphoriques. L'emploi de la métaphore est très fréquent dans les proverbes en général, arabes et libanais en particulier. la langue arabe étant elle-même très imagée, elle est ainsi un support très riche qui alimente le discours symbolique sur lequel repose le proverbe.

Le dire proverbial libanais, court, musical et répétitif, utilise des mots usuels, souvent brefs et rimés, ce qui le rend mémorisable et en facilite la transmission. D'ailleurs, retransmettre dans la traduction française la musicalité et la rime de nos proverbes n'était pas chose aisée… Je m'y suis attelée.

La forme métaphorique du proverbe libanais le rend parfois ambigu et porteur de plusieurs sens. Il devient ainsi sujet à différentes interprétations que j'ai tenu à expliciter quand le cas se présentait. Transmis oralement, il subit les aléas de cette transmission, le même proverbe pouvant connaître de nombreuses variantes exprimées par des mots de sens ou d'images proches, mis entre parenthèses dans le texte.

Les proverbes existent dans le monde entier et dans toutes les cultures. La curiosité m'a poussée à en prendre connaissance en consultant ceux qui étaient disponibles et traduits en français. Les lire et les comparer à nos proverbes libanais n'est pas dépourvu de surprises.
En effet, il est curieux de rencontrer le même proverbe dans des langues différentes et des cultures éloignées. Des coïncidences multiples apparaissent entre ces proverbes. C'est ainsi qu'une même image peut être employée par des peuples dissemblables mais avec un idiome métaphorique emprunté à leurs environnements, langues, traditions, mythes, histoire, religions, paysages et nature, reflétant ainsi leurs spécificités propres.

Les proverbes des différents pays cités dans cet ouvrage portent tous le même discours traduisant ainsi la ressemblance des préoccupations premières de tous les humains en dépit de leurs origines distinctes: assurer les besoins fondamentaux que sont la nourriture, le travail, la sécurité.

Concernant la vie domestique, des proverbes d'origines variées, européenne entre autres, sont aussi conservateurs et misogynes que les nôtres, reléguant femme et fille au second rang. Ceci est sans doute le reflet de sociétés dirigées et dominées par la gent masculine. De ce fait, les proverbes sont parole de mâle, du mari, du chef de famille, de l'homme détenteur de pouvoir et de savoir.

Vivant en société, les hommes de tous horizons pensent à leurs plaisirs et à combler leurs désirs quel que soient leurs culture, race, langue, mode de vie ou religion. Ils réfléchissent sur leurs vies personnelle, sociale et professionnelle. Ils cogitent sur les thèmes métaphysiques et tracent les bases d'une morale conforme aux valeurs dominantes dans leur société. L'homme est un et l'unicité de l'être humain social explique en grande partie les multiples similitudes rencontrées entre les proverbes du monde. La sagesse aussi est universelle que les hommes sont semblables.

Etc… …

Introduction

Histoire de la sagesse et des sources du proverbe arabe

Socrate qualifiait la parole proverbiale de "manière de dire courte et mémorable".

Les proverbes sont coulés dans peu de mots répétitifs, rythmés et souvent rimés, courtes phrases imagées. Grâce à leur assonance, ils se gravent dans la mémoire du locuteur ce qui lui permet de les retenir, de les répéter, de les transmettre et de les faire circuler. On y trouve l'origine de tout proverbe: le texte retenu, répété et transmis devient proverbial.

Le proverbe énonce une observation, une argumentation, un jugement. Il véhicule une vérité acquise par l'observation de la vie quotidienne, une leçon tirée des expériences répétées des uns et des autres, un conseil de sagesse pratique et populaire, un enseignement, un précepte à suivre ou une ligne de conduite. C'est surtout un savoir pragmatique didactique lié aux premiers créateurs et utilisateurs.

Il y a plus de deux mille ans, Aristote écrivait que "les proverbes sont des fragments d'une très ancienne sagesse, préservés des naufrages et des ruines grâce à leur brièveté et à la justesse de leur ton".
Partant de cette affirmation, mon entreprise consiste à remonter le temps et les siècles à la recherche des premières traces de l'usage proverbial et de son application dans les actes de tous les jours. A quelle période les dires proverbiaux ont accompagné l'homme et dans quelles civilisations ont-ils eu la vocation de communiquer l'expérience de la vie et de proposer des règles de conduite? Qui sont les premiers hommes a avoir utilisé cette forme de vocable et de langage didactique? Qu'est-il reste de cet enseignement oral vécu dans un temps si lointain? Quelle est l'influence de cette sagesse ancestrale sur les proverbes en usage actuellement?

Mon travail se limite à étudier les prémices de la sagesse dans la civilisation gréco-romaine, son cheminement historique dans le Proche-Orient ancien, pour terminer avec la conception du proverbe arabe actuel.

I- La sagesse chez les Grecs et les Romains

La sagesse emprunte à la philosophie la recherche de la vérité, la méditation sur le sens de la vie et du bonheur, la réflexion sur le bien et le mal, et plus largement l'exercice de la pensée et de la cogitation.

1/ Les Grecs

Dans la langue grecque, la philosophie est "l'amour de la sagesse" ou "l'amour du savoir", c'est-à-dire des sciences. Nous retrouvons ainsi l'équation: sagesse = sciences = philosophie.

Les Grecs attribuent leurs proverbes, pour la plupart, à leurs Sept Sages qui passent pour avoir été des législateurs. Pour les Grecs, "sagesse" s'étend dès l'origine au sens de "science", puisque les Sept Sages incluent plusieurs savants, dont Thalès.

"Science et philosophie furent fondées en même temps, dans une étude de la nature qui n'était pas différenciée au début." La sagesse se présente comme la souche d’où proviennent les sciences fondamentales, comme l'étude du monde et la logique, tandis que la médecine, l'agriculture et les autres sciences particulières sont des dérivées, des branches. Ce lien étroit entre science et philosophie est soutenu par Hippocrate qui affirme dans un petit manuel d'éthique médicale qui fait partie du Corpus hippocraticum, que "le médecin qui est en même temps philosophe, est pareil aux dieux", c'est-à-dire aux sages.

La liste de ces sages, qui date de 586 avant J.-C. et fournie par Platon, incluait des savants, des philosophes, des astronomes et des auteurs. Parmi leurs maximes:

"Ne te porte jamais caution" (Thalès, de Milet)
"La modération est le plus grand bien" (Cléobule, de Lindos)
"Rien de trop" (Solon, d'Athènes)
"Prudence en toute chose" (Périandre, de Corinthe)
"Reconnais l'occasion favorable" (Pittacos, de Mytilène)
"La plupart des hommes sont mauvais"; une autre traduction de cette maxime: "Les plus nombreux sont les méchants" (Bias, de Priène) "Connais-toi toi-même" (Chilon, de Sparte)
Socrate (Ves avant J.-C.) et son disciple Platon, puis Aristote (IVes avant J.-C.), pour ne citer qu'eux, ont formé de véritables recueils de proverbes. Citons les plus connus, adoptés par d'autres cultures et traduits dans d'innombrables langues:

"Un trésor de belles maximes est préférable à un amas de richesses" (Socrate)
"La nécessité est la mère de l'invention" (Platon)
"Qui peut le plus peut le moins" (Aristote)

Au 1ers, les Œuvres morales de Plutarque comportent des proverbes toujours en cours dans différentes cultures:

"La patience a beaucoup plus de pouvoir que la force"
"Quand les bougies sont éteintes, toutes les femmes sont jolies (sont une)"
"La barbe ne fait pas le philosophe"
"Le travail c'est la santé; ne rien faire, c'est s'ennuyer"

Les Grecs gravaient leurs maximes sur les frontons de leurs temples. La plus célèbre, "Connais-toi toi-même" précitée, de Chilon, est gravée sur un site à Delphes.

Sur les murailles de l'Attique, la grande cite d'Athènes, et sur les bornes plantées le long de ses routes, étaient inscrites des formules proverbiales de telle sorte que les passants pouvaient joindre l'agrément du voyage à la découverte de la sagesse. D'ailleurs les préceptes inscrits sur les monuments publics étaient si nombreux que Platon disait que c'était un excellent cours de morale de traverser cette contrée.

Leur intérêt pour cette manipulation de la parole et de la pensée était tel que même les oracles étaient énoncés dans une forme proverbiale.

2/ Les Romains

Chez les Romains, Jules César (Iers avant J.-C.) avait réuni un recueil d'adages, de sentences et de maximes, appelé Les Apophtegmes de César, par lesquels il exhortait ses collaborateurs à l'action. De Jules César lui-même, nous gardons des citations devenues proverbiales:

"Qui veut la paix prépare la guerre"
"Les hommes croient ce qu'ils désirent"

La littérature latine a été essentiellement marquée par le poète Horace (Iers avant J.-C.). Nous en avons gardé la fameuse devise Carpe Diem tirée des vers dans ses Odes. Elle est habituellement traduite par "cueille le jour présent, en te fiant le moins possible au lendemain". Mise dans une forme proverbiale, elle sera traduite en arabe dialectal libanais dans la forme suivante: "Le passé est révolu, l'avenir inconnu, à toi le moment présentement vécu"

On doit aussi a Horace des locutions proverbiales toujours répandues de nos jours: "Chasse la nature à coups de fourche, elle reviendra toujours au pas de course"
"La colère est une courte folie".

Nombre de proverbes gréco-romains ont traversé les siècles et nous sont parvenus intacts. Ils continuent à se transmettre de génération en génération et à se propager dans des cultures et des langues différentes, des milieux et des environnements dissemblables. Ces proverbes vont alors puiser les métaphores et les figures par lesquelles ils s'expriment dans le lieu où ils se seront arrêtés. De là, la similitude entre eux dans la morale qu'ils portent mais la différence dans les images.

Ainsi le proverbe de Plutarque: "La barbe ne fait pas le philosophe" donnera: "La grande barbe et le long chapelet ne font pas le marabout" en bambara (Mali et Soudan)
"Tous ne sont pas saints qui vont à l'église" en italien "Porter des lunettes ne veut pas dire savoir lire" en créole guadeloupéen

Le dicton latin largement répandu "lupus in fabula" c'est-a-dire "quand on parle du loup, il n'est pas loin" a probablement influencé les proverbes suivants:
"Parler d'un ange et vous entendez ses ailes" en anglais
"En parlant du soleil, on voit ses rayons" en quebecois
"Quand on parle du loup, on voit sa queue" en francais
"L'homme de loyauté, dès qu'on en parle, apparaît" en dialecte libanais

La locution familière aux Grecs, "le loup berger", fait penser à:
"Accipitri columbas credere" (le faucon chargé des colombes) en latin
"Donner la brebis à garder au loup" en francais
"Ne confie pas au loup la garde du mouton" en hindi
"Berger qui vante le loup n'aime pas les moutons" en italien
"Indulgence avec le loup s'appelle injustice envers le mouton" en suédois
"Qui met le loup berger commet une injustice" en dialecte libanais

II- La sagesse dans le Proche-Orient ancien

Les Arabes ont hérité d'une riche tradition sapientiale dont l'histoire remonte à des millénaires et va jusqu'à l'Egypte des Pharaons.

1/ L'Enseignement de Ptah-Hotep

Autour du IIIe millénaire avant J.-C., l'Egypte des Pharaons possédait une littérature de la sagesse. L'Enseignement de Ptah-Hotep (vers 2400 avant J.-C.) est le plus ancien écrit de sagesse qui nous soit parvenu intégral et l'un des plus anciens manuscrits connus du monde. Il a été retrouvé sur un papyrus, le papyrus Prisse, du nom de celui qui l'a découvert et acheté entre 1841 et 1842, Emile Prisse d'Avennes (1807-1879). Ce papyrus représente l'une des copies de l'œuvre composée par le vizir Ptah-Hotep. Il est daté d'environ 1900 avant J.-C. et conservé au départements des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

L'Enseignement de Ptah-Hotep est un texte fondamental dans les sagesses égyptiennes: il est la mise par écrit de la tradition orale égyptienne. C'est le commencement de l'enseignement de la sagesse, ce qui n'était pas le cas chez les Grecs pour qui les expressions de la pensée sapientiale et morale ne formaient pas un instrument didactique.

Selon Christian Jacq, cette œuvre est "un trésor spirituel de l'âge des pyramides". Ce traité de la conduite de la vie se compose de 45 maximes et se présente sous forme d'enseignement d'un père à son fils. Ptah-Hotep, principal collaborateur du roi, se sentant devenir vieux à l'age de cent dix ans, demande au pharaon l'autorisation de transmettre la tradition englobant un ensemble de préceptes moraux, à son fils Kagemni qui deviendra lui-même vizir. Il lui enseigne les préceptes de l'humilité, la vanité et l'avidité; l'art de gouverner et de débattre avec des supérieurs, des égaux et des inferieurs; l'indulgence, l'impartialité et la justice; le respect des règles du savoir-vivre et des convenances; la manière de bâtir une vie quotidienne harmonieuse et le bon traitement de sa femme; voire de l'obligation de toute personnalité reconnue de transmettre la sagesse et la connaissance aux jeunes générations en les renouvelant.

Cet enseignement sapiential était destiné en premier lieu à la caste des scribes qui s'y referaient pour former les fonctionnaires, les juges et les futurs dignitaires égyptiens. Ce recueil didactique de maximes et de préceptes éthiques fut considéré comme un texte majeur qui fut copié, recopié et étudié dans les écoles de scribes. Selon Christian Jacq, cette œuvre demeura présente tout au long de l'histoire pharaonique et même au-delà puisqu'elle était "encore connue à l'époque copte, dans l'Egypte chrétienne […]. Avec l'invasion arabe du VIe siècle après J.-C., la culture pharaonique tomba dans l'oubli".

Nonobstant cet oubli, l'enseignement de Ptah-Hotep qui évoque des préceptes aux valeurs éternelles pouvant servir de référence et de voie à suivre dans notre monde actuel, a influencé les enseignements à venir.

2/ L'Enseignement d'Aménémopé

L'enseignement d' Aménémopé est un texte retrouvé sur un papyrus datant de la deuxième moitié du VIIe s avant J.-C. L'étude de la langue de ce texte permet de le dater d'une période allant de 1300 à 1050 avant J.-C. Son importance réside dans le fait qu'il a surtout influencé les sagesses chrétiennes: il a été un modèle pour les Proverbes bibliques puisqu'un extrait de cet enseignement a trouvé place dans le Livre des Proverbes sous une forme modifiée mais tout a fait identifiable (voir tableau II). Selon Vincent Pierre-Michel Laisney, "le plus grand nombre de ces parallèles se trouvent en Prov.22:17 à 23:11, de sorte que la plupart de ces versets ont un correspondant dans Aménémopé":
Ne recherche pas avidement le surplus (Aménémopé 9:14)
Ne te fatigue pas à acquérir la richesse, cesse d'y appliquer ton intelligence (Prov.23:4)

Cet enseignement se fait sous forme de versets. Il s'adresse à des fonctionnaires qui ont un poste intermédiaire dans la hiérarchie pour qu'ils s'acquittent correctement de leurs devoirs, à la satisfaction de leurs supérieurs et de leurs collègues. Il s'adresse aussi à ceux qui exercent parfois la fonction de juge.

Les scribes se referaient à ce texte pour enseigner l'art d'obéir, la manière de conduire les affaires, l'art de faire fortune. Ce texte, en traitant de l'humilité, l'art du débat, de la vanité, de l'avidité, du bon usage de la parole, de l'indulgence, de la nécessite de la bienveillance, de l'écoute, de l'entendement et en insistant enfin sur la justice et l'honnêteté, vise à former les futurs dignitaires égyptiens.
L'Enseignement d' Aménémopé est devenu un classique de la littérature égyptienne, utilisé dans les écoles, comme en témoignent plusieurs plaquettes comme celles de Turin, de Paris et de Moscou.

3/ Les Instructions de Shuruppak

Au milieu du IIIe millénaire, soit à la même période que Ptah-Hotep, à Sumer en Mésopotamie existait une littérature de la sagesse. Cependant, même si pour les Sumériens la sagesse est par excellence affaire de tradition orale, les traditions sapientiales ont été mises par écrit des les débuts de la littérature sumérienne. On a retrouvé des recueils de proverbes, de maximes, d'adages, de dictons, regroupés par les scribes et dont on possédé plus de 700 exemples. Ces recueils ont traversé les siècles comme genre littéraire. L'une des caractéristiques de cette littérature propre à l'Orient est qu'elle était élaborée par des sages, des scribes qui consignaient leurs formules par écrit.

Ces textes codifiaient une sagesse d'Etat destinée à former les futurs conseillers politiques, tout en enseignant la manière de conduire les affaires, l'art d'obéir, de faire fortune. Dans la vie quotidienne, ce sont les règles du savoir-vivre, la manière de s'occuper des affaires de son ménage, de bien traiter sa femme, et pour cette dernière comment être une bonne épouse, thème que l'on retrouve dans la Bible (Prov.31:10-31). Ils comprenaient même des dictons à caractère agricole et familial.

Cette éducation prodiguée par les scribes se faisait par le truchement de fables, de contes populaires en plus des collections de proverbes. Elle prenait la forme d'instructions données par un père à son fils, à l'instar de l'enseignement des scribes à l'époque de Ptah-Hotep.

Parmi les recueils de préceptes moraux sumériens, le plus connu était Les Instructions de Shuruppak, instructions données à son fils Ziusudra qui, comme Noé du récit sumérien du Déluge, était le seul humain apte à gagner la vie éternelle. Cette œuvre gnomique datait de 2600 avant J.-C., soit approximativement de la même époque que les préceptes égyptiens.

Dans la littérature mésopotamienne, le thème carpe diem est exprimé dans l'ancienne version babylonienne de Gilgamesh Epic (1ere moitié du IIe millénaire) dans laquelle Siduri conseille Gilgamesh d'oublier la recherche de la vie éternelle et de profiter de sa vie présente, de sa femme et de ses enfants. Ce thème carpe diem peut se comprendre du fait que les Mésopotamiens, à l'inverse des Egyptiens, ne croyaient pas à l'expectative d'une vie heureuse après la mort.
"Le paradis est loin mais la vie ici-bas est précieuse" (Shuruppak ligne 128)

La sagesse mésopotamienne a influencé la Bible: "Au moment de la récolte, au moment le plus précieux, glane comme une esclave, mais mange comme une reine; […] c'est ainsi que ca doit être!" (Shuruppak lignes 131-133)

"Celui qui amasse des provisions en été est un fils prudent, celui qui dort pendant la moisson est un fils qui fait honte" (Prov.10:5)

Elle a poursuivi son chemin jusqu'à nos jours et l'analogie entre quelques proverbes tirés des Instructions de Shuruppak et certains des proverbes actuels le montrent bien: "Ne traîne pas là où il y a une querelle" (Shuruppak ligne 22) "Eloigne-toi du mal et chante pour lui" (dialecte libanais)

"La recherche de pain fait descendre les gens de la montagne" (Shuruppak ligne 178) "Le ventre porte les pieds" (dialecte libanais)

"C'est le ventre qui porte les pieds et non point les pieds le ventre" (espagnol)
"La faim chasse le loup hors du bois" (français)

4/ Les Proverbes d'Ahiqar

Un peu plus tard, en Assyrie au nord de la Mésopotamie, le principal texte de sagesse proche-orientale du Ier millénaire est l'Histoire d'Ahiqar, vizir du roi assyrien Assarhaddon. Cette œuvre présente une évidente filiation avec la littérature de la sagesse mésopotamienne.

Ahiqar a adopté son neveu Nadan pour en faire son successeur et lui transmettre son héritage. Il lui enseigne, en 95 maximes, comment il devra se conduire. Nadan ne profitant pas de ces leçons, il lui en inflige 114 autres maximes.

L'Histoire d'Ahiqar a connu un grand succès et a été très diffusée. Ce célèbre scribe consigna par écrit sa vie, ses maximes morales et des paraboles. Son œuvre se compose d'une double collection de sentences ou de proverbes insérée dans une histoire. Elle est ponctuée de nombreux proverbes qu'Ahiqar dispensait à son neveu. Ce sont Les Proverbes d'Ahiqar, rédigés en araméen vers le VIIe siècle avant J.-C. Les maximes ont autant d'importance que l'histoire même et constituent ce qu'on appelle la Sagesse d'Ahiqar.

Certaines des maximes de la Sagesse d'Ahiqar ont emprunté aux Instructions de Shuruppak et d'autres se sont inspirées des Proverbes de Salomon et des Psaumes, alors que cette même sagesse a été une des sources de l'Ecclésiastique:
"Ne voyage jamais seul" (Shuruppak ligne 166)
"Mon fils, ne te mets pas en route sans glaive…" (Ahiqar 3/38)

Des maximes d'Ahiqar sont parvenues jusqu'à nous puisqu'on les retrouve dans la culture arabe contemporaine:
"Mon fils, on a conduit le loup à l'école pour l'instruire. Le maître lui dit alors: dis A. alors le loup répondit et dit: agneau. Ensuite le maitre lui dit: dis B. alors le loup dit: brebis" (Ahiqar XXX, 137)
"On prend le loup pour lui apprendre à parler. On lui demande de dire A, il dit: chèvre, et B, il dit: chevreau." (dialecte libanais).

"Une chèvre proche vaut mieux qu'un taureau qui est loin, et un passereau que tu tiens en main l'emporte sur cent qui volent dans l'air" (Ahiqar III, 68)

Beaucoup de civilisations et de cultures qui ont suivi vont emprunter cette image à l'enseignement sapiential d'Ahiqar, mais vont l'écrire avec les couleurs, la faune et la flore de leurs environnements respectifs. Quelques exemples:
"Une truite dans l'assiette vaut mieux qu'un saumon dans la mer" (gaélique)
"Vaut mieux un moineau dans la main qu'un cerf dans la forêt" (lituanien)
"Le riz qu'on tient dans sa main vaut mieux que le riz en grange" (malais)
"Une seule vache aveugle qui rentre vaut mieux que cent autres promises" (rundi)
"Un oiseau en main vaut mieux que dix sur l'arbre" (libanais)

5/ Le Livre des Proverbes

Au 1er millénaire, un des livres de l'Ancien Testament, le Livre des Proverbes attribué à Salomon, appelé aussi Les Paraboles de Salomon (sifr al-amtal), est un recueil de brèves sentences pédagogiques dont l'objet est d'enseigner la sagesse selon Dieu et qui peuvent servir pour la conduite de la vie.

Les scribes israélites semblent eux aussi avoir subi l'influence des sages égyptiens. Des études comparatives soulignent l'analogie frappante entre les maximes du Livre des Proverbes (en particulier dans sa 3e section: Prov. 22:17 a 23:11) et celles de l'Enseignement d'Amenemope, recueil écrit à la même période par le sage egyptien12. (Voir les tableaux comparatifs). Ce texte s'inscrit dans le vaste mouvement d'influence de l'Egypte sur les "sagesses" bibliques.

Les idées des deux textes sont les mêmes, comme on peut s'y attendre pour des ouvrages de sagesse, mais aussi les images et les expressions. Cette dépendance littéraire serait due, selon les commentateurs et les historiens, à l'ancienneté de l'Enseignement d'Amenemope daté entre 1300/1075 et 1000 ans avant J.-C., la date du Livre des Proverbes s'étalant sur cinq siècles entre 1000 et 500 avant J.-C. ne peut, par conséquent, être antérieure aux textes égyptiens.

Dans la Bible, l'emprunt à Shuruppak est tout aussi visible dans certaines maximes: "Un cœur aimant construit des maisons, un cœur haineux détruit les maisons" (Shuruppak ligne 202-203) "La haine provoque l'animosité, Mais l'amour couvre tous les crimes" (Prov. 10:12)

A l'instar de la sagesse égyptienne et mésopotamienne, le thème de l'enseignement est développé dans la Bible et certains proverbes reflètent le cadre didactique et se caractérisent par la formule introductive, "O mon fils", fréquente chez Ahiqar: "Ecoute, mon fils, l'instruction de ton père, Et ne rejette pas l'enseignement de ta mère" (Prov.1:8) "Ecoutez, mes fils, l'instruction d'un père, Et soyez attentifs, pour connaître la sagesse;" (Prov.4:1) "Mon fils, retiens mes paroles, Et garde avec toi mes préceptes" (Prov.7:1) "Prête l'oreille, et écoute les paroles des sages; Applique ton cœur à ma science" (Prov.22:17)

Au vue de l'évolution de la sagesse, il est un fait que la littérature sapientiale a fleuri dans tout le Proche-Orient ancien. Une littérature certes, car elle comprenait des œuvres et des écrits.

Cette littérature propre à l'Orient se caractérise par trois particularités:
- Elle était élaborée par des sages.
- Les sages consignaient leurs formules par écrit alors que le proverbe est une expression orale.
- Elle était destinée à enseigner, à travers les proverbes qui se présentaient sous formes de normes de conduite et de comportements sur lesquels régler sa vie, et sous forme de conseils d'un père à son fils, (plus précisément d'un père au fils d'un dirigeant chez les Egyptiens, et d'un père à son propre fils, juste avant la mort imminente du père chez les Sumériens).

Les proverbes étaient un outil pédagogique. Sagesse et proverbes étaient synonymes d'enseignement et d'instruction. Malheureusement cette littérature de la sagesse a perdu ce rôle actuellement.

III- Le proverbe arabe

Dans la langue arabe, le mot (hikma) englobe sagesse, science et philosophie, mais aussi le fait de poser la chose à sa bonne place. Le Coran l'appelle (hikma baliga) (s.54-v.5), une sagesse mature "qui implique connaissance de hautes vérités spirituelles. […] Elle est accordée à David, à Jésus, à Muhammad, à Lukman même."

La tradition du rattachement des sciences à la sagesse semble bien demeurer ininterrompue depuis les Grecs jusqu'aux Arabes. Parallèlement à Hippocrate, 'Ali al-Tabari, médecin persan (vers 785-861) écrivit en arabe un compendium de médecine qui est l'un des plus anciens en cette langue, intitulé Firdaws al-hikma "le Paradis de la sagesse".

Ibn Sina (980-1037), philosophe, médecin et scientifique persan connu en Occident sous le nom d'Avicenne, que ses disciples appelaient al-Chaykh al-Rais, prince des savants, le plus grand des médecins, le Maître par excellence, le troisième Maître (après Aristote et Al-Farabi), se situe dans cette même conception. Selon lui, la hikma tient place de la racine et du tronc, ses ramifications recouvrant toute l'étendue des sciences alors explorées. Cette conception de la sagesse est analogue à celle des Grecs. Il emploie hikma comme synonyme de 'ilm (connaissance) sans se limiter au sens de "philosophie". Dans la même perspective, la médecine se présente comme une hikma appliquée au comportement du corps humain, et par là, de l'âme. D'ailleurs le terme arabe hakim veut dire en même temps "médecin" et "sage". Toujours selon Ibn Sina, "La sagesse s'étend […] aux sciences de l'expression parlée, logique d'abord, puis rhétorique et poétique."C'est dans cette conception qui se situe le proverbe.

Selon l'Encyclopédie de l'Islam, par le terme de (matal), proverbe en arabe: "il faut entendre quelque chose de plus large que notre proverbe, car ce terme s'applique en outre à la locution proverbiale qui comprend aussi le vaste groupe des comparaisons […], aux adages (gnomes, dictons), c'est-à-dire aux hikam (des sagesses) et aux aqwal (des dires) qui, comme beaucoup de proverbes, se rencontrent aussi dans les ahadit (des paroles) sous forme de maximes et de sentences, comprenant des devises, des maximes personnelles, des apophtegmes et des aphorismes, à des tournures […] employées dans des exclamations optatives ou des malédictions, dans des adresses et des salutations, dans la priere et, parfois, a une parabole, une fable, exactement comme dans l'Orient ancien."

Un des plus anciens recueils de proverbes arabes et d'histoires explicatives, Kitab al-amtal (Le Livre des Proverbes), est l'œuvre d'al-Mufaddal al-Dabbi, philologue irakien (mort vers 786). Un recueil de dictons de l'Arabie ancienne dans lequel des récits historico-légendaires colportés par voie orale s'achèvent par la citation d'un proverbe. Ses amtal ont ente transmis oralement et n'ont été mis par écrit que par un de ses disciples, al-Tusi.

Au XIIe s, Majma' al-amthal du persan Abu I-Fadl al-Maydani (mort en 1124) est un dictionnaire de proverbes qui rassemble environ 6200 proverbes et reste une référence reconnue jusqu'à nos jours.

Le proverbe arabe, riche du legs sémitique longuement évoqué ci-dessus, va finir par constituer son fonds propre en s'inspirant des livres saints, la Bible, l'Evangile et le Coran, de la Tradition (parole et actes du Prophète), des enseignements de penseurs comme 'Ali (gendre du Prophète), enfin des fables d'origine hindoue, traduites en persan et en syriaque avant de l'être en arabe.

1/ La Bible

Le proverbe arabe a emprunté à la Bible des figures reproduites littéralement pour certains et inspirées du texte pour d'autres, la plupart tirées essentiellement du Livre des Proverbes. Ainsi "Qui creuse une fosse pour son frère y tombera" (Prov.26:27) a été repris en arabe et en plusieurs autres langues telles que l'allemand, le bulgare, le gaélique.

Quant aux sentences dont on peut trouver des parallèles dans le Nouveau Testament, certaines correspondent littéralement au texte original alors que d'autres n'en rendent que le sens. Par exemple le proverbe tiré d'une citation de l'Evangile selon Matthieu (15:14) "Un aveugle conduit un autre aveugle, les deux tombent dans le trou" est reproduit dans les mêmes termes dans différentes langues: arabe, anglais, espagnol, français, italien, malgache et russe.

2/ Le Coran

Contrairement à la Bible, le Coran renferme peu de proverbes. Les proverbes tirés des versets du Coran sont en fait des paraboles, des exemples de morale cités et reproduits pour frapper les esprits. Le texte allégorique, répète et transmis, devient proverbial. C'est là d'ailleurs qu'on retrouve la finalité de tout proverbe.

Quant aux proverbes inspirés de dits à teneur éthique, ils sont habituellement attribués a Luqman al-Hakim, héros et sage légendaire de l'Arabie antéislamique. Alors que dans le Coran, il est présenté comme un perré avisé donnant de pieux conseils à son fils (sourate Luqman s.31-v.12-13 et 16-19).
Aux versets 13 et 16-19, Luqman donne des conseils à son fils et ses remontrances commencent par: "O, mon fils" (ya bunayya). Cette formule introduit nombre d'aphorismes d'Ahiqar. De là, certains parallélismes entre ces deux sagesses: "Baisse la tête, adoucis ta voix et sois courtois… Car si une maison pouvait être construite par une voix forte, l'âne en construirait beaucoup chaque jour" (Ahiqar- LXXVI) "Sois modeste en ta démarche et baisse la voix, car la plus désagréable des voix est celle de l'âne" (Coran s.31-v.19)

Dans la tradition islamique postérieure, Luqman devient "le fabuliste par excellence et constitue un frappant pendant d'Esope." Une fois que le Coran a reconnu à Luqman une sagesse proverbiale, tout ce qui était pieux, perspicace et moralisateur lui était attribué.

3/ Le hadith

Les proverbes contenus dans le hadith (la Tradition), sont appelés al-amtal al-nabawiyya (les proverbes prophétiques) dont le plus connu fait de la mère un être transcendant: "Le paradis est sous les pieds des mères"

Le proverbe arabe va puiser aussi dans les enseignements de penseurs et de sages. Un grand nombre de proverbes, de maximes et d'aphorismes, sont attribués à Ali Ibn Abi Talib, gendre du Prophète: "Deux êtres sont insatiables: l'un recherche le savoir, l'autre l'argent" - "L'arme de la femme est sa langue mais elle se garde de la laisser rouiller"

4/ La tradition orientale

Le proverbe arabe a subi l'influence de la tradition orientale. Celle-ci nous est parvenue sous formes de fables animalières ( le Panchatanra) d'origine hindoue, qui sont l'aboutissement d'une longue tradition, celle de la littérature narrative sanscrite.

En 570 environ, l'empereur de Perse Chosroès apprit qu'il se trouvait en Inde un livre faisant parler les animaux et donnant des conseils aux princes. Il envoya Burzuya, un médecin réputé pour sa sagesse, pour rechercher le recueil et le recopier. Il voulait en faire une version en langue pehlevie.

Destiné à l'éducation morale des princes, ce recueil connut un immense succès. Il a pour héros deux chacals, Kalila et Dimna, qui relatent des intrigues de cour, donnent des conseils et édictent des règles de conduite.

En 750, "c'est le texte Pehlvi qui sert de base à la traduction arabe d'Ibn al-Muqaffa' (écrivain persan). Elle s'intitule Kalila et Dimna. Les noms des deux héros s'y retrouvent, à peine déformés. Ce texte a une importance capitale pour la connaissance de l'œuvre, car il est le chainon essentiel de sa transmission ultérieure et sera traduit dans une quarantaine de langues."

Le texte d'Ibn al-Muqaffa' fut traduit en hébreu au XIIe siècle et en latin au XIIIe siècle. De cette dernière version découle la plupart des traductions europeennes.

Neuf siècles plus tard, La Fontaine s'en est inspiré dans quatorze de ses fables. Il emprunta aux histoires de Kalila et Dimna les éléments ou la trame de quelques unes de ses fables: Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, Le Chat et le Rat, Les Deux Pigeons, La Laitière et le Pot au lait, Les Deux Perroquets, le Roi et son Fils, La Lionne et l'Ourse, La Tortue et les Deux Canards, Les Poissons et le Cormoran, L'âne et le chien…

Bien que la fable ne soit pas un genre très pratique en arabe, les proverbes où les acteurs sont des animaux abondent. Les différentes sortes d'animaux reçoivent des rôles bien définis. Ainsi, le loup et le renard sont toujours profiteurs et avides de chair fraiche, le lézard intelligent, l'hyène stupide, le cheval toujours noble, le chien souvent lâche, mais aussi la chèvre, le lion, le chameau, le coq, l'âne, le serpent…

Certains proverbes tirés des Fables de La fontaine trouvent des parallèles avec le proverbe arabe. Citons à titre d'exemples:

"Plutôt souffrir que mourir, c'est la devise des hommes" (La Mort et le Bûcheron) "Mille vies de misère valent mieux qu'une nuit sous la pierre" "Mieux vaut plier que rompre" (Le chêne et le Roseau) "Ne sois pas tendre, tu seras plié; ni dur, tu seras brisé" "Croire en Dieu par bénéfice d'inventaire" (L'Oracle et l'Impie) "Nul n'encense Dieu gratuitement"

Régis Blachère, dans une étude sur la littérature proverbiale des Arabes, s'interroge sur l'absence de certains genres de proverbes. En effet, cette littérature proverbiale arabe moyen-orientale ne contient presque aucun dicton agricole ou météorologique. Est-ce le dédain dans lequel est tenu le travail de la terre ou de l'élevage du bétail?, s'interroge Blachère. L'explication avancée par les chercheurs aboutit à supposer que les proverbes concernant les réactions des hommes devant la nature n'ont pas été retenus par les érudits qui les ont collectés. En revanche, des vestiges de cette littérature ancienne, nous gardons la référence au milieu bédouin avec ses animaux tels le chameau, la gazelle, les rapaces et bien d'autres.

Conclusion

Etc… …

TABLE DES MATIERES
PREAMBULE
SYSTEME DE TRANSCRIPTION

Consonnes / Voyelles brèves / Voyelles longues

INTRODUCTION

I-L'HOMME, ASPECT ET COMPORTEMENT

1- L'ASPECT

Les apparences / La beauté / Le corps, la taille, les couleurs / Les défauts / Les infirmités / La laideur / La propreté, la saleté / Les vêtements

2- LE CARACTERE
L'altruisme / L'ambition, la volonté, la vigueur / L'ambigüité, la clarté / L'avidité, la cupidité / Le bon, le mauvais / Le contentement, la résignation / La débrouillardise / L'égoïsme, la tolérance / L'entêtement / L'escroquerie, la ruse La faiblesse, la vulnérabilité / L'habileté, la minutie, l'astuce / Les habitudes / L'honnêteté, la malhonnêteté / L'indépendances, l'individualisme / L'insatisfaction / La maladresse / La mesquinerie, la bassesse / La nature humaine / La noblesse, l'origine sociale L'optimisme, le pessimisme / La patience, l'endurance, l'impatience / La personnalité La solitude, la recherche de la compagnie / La tentation

3- LE COMPORTEMENT

L'arrogance, l'impudence, la prétention / Le choix, la décision, la perplexité / La clémence, la mansuétude, le pardon / La colère, les menaces / Le courage, la lâcheté, la peur / La critique d'autrui / Le cynisme, l'insolence / La dignité, la fierté, l'amour-propre / La discrétion, l'indiscrétion / L'erreur, l'humiliation, la culpabilité / La franchise, la sincérité / La futilité / L'hypocrisie / Laisser passer l'occasion / La méfiance, la crainte, le doute / La modestie, l'humilité / La notoriété / L'opportuniste, le profiteur / Profiter de l'occasion / La prudence, la prévoyance, la vigilance / La responsabilité, l'irresponsabilité

4- L'ETAT D'AME

L'anxiété, la peur / La déception, le désespoir, la consolation / Le désir / La jalousie / La joie, la tristesse / La prise de conscience / Les regrets, les remords / La souffrance

II- LES RELATIONS HUMAINES ET SOCIALES

1- LES RELATIONS HUMAINES

L'amabilité / L'amitié / L'amour, l'affection / La charité, la générosité / La convivialité, la sociabilité / L'entente, la mésentente / L'entraide, la solidarité / La haine, la jalousie / L'hospitalité / L'inimitié, l'ennemi / Les querelles, la vengeance, la réconciliation / Les respect, la tolérance, le mérite

2- LES RELATIONS SOCIALES

Le besoin des autres, compter sur soi / La complaisance / La complicité / La confiance / La diversité / La dureté, la sévérité, la violence / Les fréquentations, bonnes et mauvaises et leur influence / La gratitude, la reconnaissance / L'immixtion / L'indifférence / L'ingratitude / L'indispensable, le superflu / Le maitre et le serviteur, la subordination / Les obligations / Le partage / Les rapports de force / La réputation / Le respect des coutumes / Le traitement des autres / La traitrise / Le voisinage

3- LA COMMUNICATION

La médisance / Les conseils / Les lieux communs / Le mensonge / Les nouvelles / La parole / La promesse / Le secret / La vérité, l'évidence, la franchise

III- LA VIE DOMESTIQUE

L'homme, le mari / La femme / Le mariage / Les rapports entre homme et femme / La misogynie / Les coépouses / Le père / La mère / Les enfants, la filiation / Le fils / La fille / L'éducation / Les relations parents – enfants / Les frères et sœurs / Le foyer, la famille, les proches parents / La belle-mère et la belle fille / Le gendre / La jeunesse et la vieillesse / Le veuvage / La nourriture / La santé et les maladies

IV- LES MODALITES DE L'ACTION

Les actes: commencement et aboutissement / Les actes et leurs conséquences / Agir en temps opportun / Agir trop tard / L'attente / Le danger, le risque / L'échec / L'efficacité / Le hasard / L'impossible, l'absurde / L'inefficacité, l'inutilité, le nuisible / Les moyens / La nécessité / Les problèmes et leur résolution / Les rapports de causalité / La réciprocité / La spécificité / Le temps

V- LES BIENS ET LES ECHANGES

1- LES BIENS ET LEUR PROSSESSION

L'argent, la richesse / L'avarice / Les dépenses, le gaspillage / Les économies / Les enrichis / L'estimation des biens / La gestion / L'héritage La mendicité / La pauvreté, le besoin / La possession, la propriété / Les revenus / Vivre au-dessus de ses moyens

2- LE COMMERCE ET LES AFFAIRES

L'achat / Les affaires / Le commerce / L'emprunt, les dettes / Le marché / Les pertes / Le profit / La vente / Le partenariat

3- LE TRAVAIL

Le chômage, la paresse et l'oisiveté / La compétence, l'incompétence / Les efforts, la persévérance / Les métiers / La récompense, la rémunération / Le travail, le gagne-pain

VI- LA NATURE

Le climat et les saisons / Les dictons au long des mois / Le paysan et la vie citadine / La vie agricole

VII- LE PAYS

La guerre, la paix / Les gouvernants, les gouvernes / La patrie, le chauvinisme / La politique / Le pouvoir / Les voyages

VIII- MORALE ET SAGESSE

Le bien, le mal / Le bonheur / Le droit, la justice, l'injustice / L'expérience, les épreuves, les leçons de la vie / Le fou et le sage, l'ignorant et le savant / L'ignorance / L'intelligence, la subtilité, l'idiotie / L'interdit / Le licite, l'illicite / La modération: les justes milieu et mesure, l'excès / Les règles de vie, la moralité, la vertu / Relativiser les choses / La sagesse / Le savoir / La valeur de l'individu / Les vicissitudes de la vie, la déchéance / La vie, ses plaisirs et ses difficultés

IX- DIEU ET LE SPIRITUEL

La bonté et la clémence divines / La chance / Les croyances populaires, les superstitions / Dieu: glorification, croyance, foi / L'espoir, les vœux / Le fatalisme, le destin La justice et l'injustice célestes / La malchance / Les malheurs / Le pardon céleste / La religion, les communautés / Les soucis / La vie, la mort

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages en langues française et anglaise / Ouvrages en langue arabe / Index alphabétique des langues des proverbes étrangers / Index des mots-clés arabes / Index des mots-clés français