Nawf,
Artisanat - Agenda Culturel no' 358 du 18 Novembre
au 01 Décembre 2009
Jusqu'ici, Nawf était un prénom
bédouin. Un prénom désignant
une femme de "grande beauté." Et
en ce sens, Nawf est un nom qui convient parfaitement
à l'artisanat de quelques femmes de la Bekaa,
qui exposeront leurs tentures et coussins ornementaux
à la Galerie Art Circle, à
partir du 10 décembre.
Ce qui surprend avant tout lorsque l'on découvre
les motifs qui constituent les Nawf, c'est qu'ils
soient restés si longtemps méconnus.
Il y a encore un an, ces tentures et coussins aux
motifs ancestraux n'existaient que pour celles qui
les confectionnaient et, accessoirement, ceux qui
vivaient avec elles. Il aura fallu qu'un professeur
de l'AUB, Rami Zurayk, les découvre par hasard
pour qu'ils soient portés à la connaissance
du public.
La veille de son arrivée au village d'Awsh
Al Arab, dans la vallée de la Bekaa, un grand
ménage de printemps venait d'être fait.
Les femmes de la tribu bédouine Abu 'Eid
avaient brûlé une trentaine de vieilles
tentures jugées désuètes et
sans intérêt. Et à voir de quoi
il s’agit, on comprend sans peine que l'intéressé
ait consacré un peu de son temps à
préserver et développer cet artisanat.
Car à l'évidence, c'est un patrimoine
qui était en péril et qu'il s'agissait
d'abord de sauvegarder, pour sa partie historique,
mais surtout de faire vivre au présent. En
tète: l'idée d'en étendre la
commercialisation et la renommée.
Les motifs aux formes géométriques,
évoquant avec subtilités l'environnement
immédiat, étaient déclinés
en deux couleurs. Un code? Non, une nécessité.
Le rouge et le vert étaient les deux seules
teintures qui leur étaient livrées...
Par la mise à disposition des ouvrières
d'une plus grande variété de couleurs
et de tissues en provenance d'Egypte, l'art Nawf,
jusqu’alors confiné et soumis a des livraisons
de matières premières plutôt
aléatoires, a gagné en qualité.
Tout en restant dans les limites d'un modèle
d'économie quasi familiale, répondant
spontanément aux critères d'un développement
durable en accord avec la notion de patrimoine,
la dizaine de femmes qui collaborent à la
réalisation de chaque pièce unique
espère aujourd'hui faire fructifier son art.
De la dessinatrice à la découpeuse,
en passant par la couturière et l'assembleuse,
c'est une juste répartition des gains engendrés
et la volonté de conserver l'âme d'une
tradition en mutation qui guide l'expansion de l'activité.
Développer une économie locale, faire
reconnaitre une culture en lui offrant l'opportunité
de s'enrichir par le contact avec d'autres cultures
et l'accès à des moyens de fabrication
plus variés, c'et ce que contribuera à
rendre possible cette exposition de coussins et
tentures Nawf. Ce sera une première!