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Zohrab:
Articles de presses
S'exposer
aux toiles de Zohrab est un plaisir qui intensifie la vie (Eddy
Dagher 3.6.2009)
On ne se lasse
pas de regarder un Zohrab. D'ailleurs on ne regarde pas un Zohrab,
on le contemple. Dans un monde tellement agressant pour les yeux,
l'œuvre de ce maître vous pénètre, vous apaise
et vous remplit de joie. Je dirai qu'elle vous visite et je n'ai
pas peur du rapprochement que le mot pourrait susciter tant chaque
toile est une visitation qui vous remplit de joie et converse avec
tout votre être.
Les compositions
de Zohrab sont instinctivement calculées. Elles ouvrent le
monde et révèlent la création. Elles touchent
le cœur et satisfait la raison. Elles apparentent à une rêverie
supérieure et libre qui rejoint notre civilisation dans ce
qu'elle a de meilleur. Les femmes et les hommes sont au centre de
ses dessins. Ils ne sont jamais défigurés et sont
d'une grande dignité. C'est d'eux que jaillit la lumière
qui s'étale sur la toile en fracas somptueux de couleurs
morcelées.
Un autre atout
de l'écriture picturale du maître, c'est qu'elle est
profondément ancrée dans sa vision spirituelle du
monde et accompagne son œuvre d'un certain lyrisme poétique
où se côtoient vie et mort, fête et deuil, joie
et souffrance, richesse et pauvreté d'une humilité
et d'un respect digne de son peuple qu'il peint de mille et une
façon. Cette vision rejoint les affections et les charges
de toutes les femmes et de tous les hommes de toutes les époques
et tend vers l'éternité. Ce qui lui fait dire que
ses toiles viennent du passé, parlent au présent et
continuent leur route vers le futur.
Que Zohrab manie
l'huile, la gouache, l'aquarelle, l'encre ou le crayon, il envisage
son écriture de manière personnelle, intuitive et
divisionniste. Son aménagement précis de la composition
conjuguée à une éloquence tonale faite de diversité
préfigure une grande maturité.
Enfin, l'œuvre
de Zohrab est totalement indifférente aux modes. Elle est
particulière, individuelle et en même universelle.
Chaque toile est une œuvre d'art qui existe pour le prolongement
de la vie de l'artiste et de sa pensée et rattrape celui
qui la contemple ou la possède. A ceux qui cherchent une
œuvre décorative, qu'ils s'abstiennent de se présenter
aux toiles de Zohrab sous peine de matérialiser l'activité
artistique et de devenir « articide ».
Zohrab:
« Yesterday, Today & Tomorrow »? (Eddy
Dagher, 19 février 2010)
Le « Yesterday,
Today & Tomorrow » de Zohrab, sa toute dernière
exposition, est un peu comme la lumière et le jour, inséparables
et cependant chaque instant apporte son relief propre et ses couleurs
particulières. Leur indissociabilité est aussi notoire
qu'indispensable à la vie. Aussi, mal inspiré est
celui qui reprochera à l'artiste son manque d'inspiration,
car derrière cette succession évidente il y a l'existence,
son existence ; ce qui fait la vie de l'artiste, qui fait l'artiste.
Car le génie de ce peintre est composé d'amour, d'enfance
et encore d'amour relié à chaque instant. Chaque tableau
est un relais qui partage avec celui qui le contemple ce que la
vie offre de plus beau: le rêve et le souvenir. Rêves
et souvenirs d'hier, d'aujourd'hui et de demain qui nous apprennent
à apprécier l'instant eternel.
Si Zohrab est avare de mots, ses toiles s'expriment à l'infini.
C'est dans ses tableaux, où ce silencieux, amoureux des êtres
et de la solitude parle le plus de lui-même. Il nous fait
partager, à coup de pinceau, dans un style symbolique, ses
plaisirs minuscules, jusqu'à ses plus grandes douleurs, depuis
le petit garçon qu'il fut, jusqu'à l'homme d'aujourd'hui.
Au fil de ses peintures, des morceaux de vie enrobés de poésies.
Ils sont le reflet de la vision d'un homme accompli, d'un homme
qui a compris! Ses touches en soie parfois, en velours d'autres
fois, soumises au sujet et à sa composition, soufflent sur
les toiles un léger vent frais qui débarrasse les
yeux des écailles pour montrer en secret, les dessous de
Dieu. Ses scènes baignent dans une lumière étrange
qui semble irradier de l'intérieur des formes dira Nicole
Malhamé Harfouche.
S'exposer à
un Zohrab c'est prendre le risque de s'exposer à soi, tout
nu et fragilisé tant il parle à notre conscience-consciente
et à notre inconscient. Zohrab met de la lumière là
où il fait si sombre dans les yeux de certains êtres
qui s'oublient… Un tableau vaut bien des thérapies entières
et rend à la vie ce qu'elle a de plus beau: la vie. Et le
peintre rejoint le philosophe pour passer la couche de lumière
qui manque à notre regard. Pour Zohrab, rien ne doit s'oublier,
tout doit glisser des yeux à l'âme pour éclairer
et instruire l'âme. Alors le souvenir côtoie le rêve
et deviennent ensemble sources de bien-être et scintillent
d'espoir. Son cœur est au bout des doigts et pinceaux, plumes, crayons
et autres craies n'en sont que l'extension.
Aussi spirituel
qu'organique, Zohrab cultive autant la pureté que la puissance.
Il excelle dans la gestion du dessin, impressionne dans la graduation
des couleurs, et émeut par la densité de sa passion.
Qu'ajouter à cela sinon que pour cet artiste le plaisir de
peindre est manifesté et que sa peinture laisse passer toutes
ces impressions avec une facilité déconcertante. Son
œuvre est sensible et poétique, et ce sédentaire-voyageur,
nous montre le monde tel qu'on ne le voit plus. Au fond, Zohrab
nous éclaire sans toucher a notre ombre, parce que, comme
dit Christian Bobin, c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le
monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière
imbibé de silence.
Et je viens
de prendre conscience à l’ instant, un Zohrab… c'est un «
Yesterday, Today & Tomorrow »!
La Revue
du Liban no 4255 du 27 mars au 3 avril 2010 par Nicole Malhameh
Harfouche
Exposition Zohrab
à l’Université de Balamand: Un
art dont la poésie assure la permanence
Cet artiste-peintre
a pour suprême ambition de peindre des personnages dans des
paysages et lieux édéniques, créant des espaces
intemporels, illustrant, avec tendresse et poésie, des images
symboliques, où l'Arménie, la terre de ses aïeux
et le Liban, son pays natal, se rencontrent et se confondent. Ces
lieux constituent, pour lui, le lieu de son enchantement, celui
où vibrent les éléments d'un réel recomposé,
qu'il projette sur la toile ou le papier, en jaillissements de lumière
et de couleurs. L'image illustre, simultanément, le passé
et le présent, le réel et l'imaginaire, tout ce qui,
nivelé par le subconscient, appartient à l'horizontalité
sereine des choses.
Qu'il dessine
des personnages, des éléments de la nature ou des
objets, il asservit son sujet à d'exigeantes formules graphiques.
Dessinateur en premier lieu, il affectionne le trait cursif et une
certaine rigueur au niveau de la structure de la forme. L'être
humain est partout présent, même quand il est absent
et les motifs des compositions sont entièrement transposés
dans le climat de son âme. La judicieuse composition des couleurs
donne naissance à la structure de paysages réinventés,
se veut soutenu par le support de l'imaginaire, un imaginaire nourri
par tous les éléments de la nature et ceux cosmiques:
lumière, feu, eau.
Il inculque
à ses sujets une autre dimension à travers un langage
plastique stylisé, bidimensionnel et les thèmes sont
recomposés au-delà de toute vraisemblance, au moyen
de cette valeur expressive, si particulière, dont les peintres
symbolistes usent avec spontanéité. Les formes et
couleurs, il lui faut les organiser selon ses impressions et sentiments,
avant que n'émergent des symphonies irisées, puisées
dans le silence et la solitude. Ce qui confère, à
son art, une poésie innée et une harmonie délectable.
SYNTHÉSE
PIRADONALE ENTRE LE RÉEL ET L'IMAGINAIRE
Intuitif, penché
sur sa sensibilité, Zohrab exprime l'essentiel. Il condense
dans les limites du schéma visuel, en une organisation de
signes, de formes et de couleurs, chaque élément de
l'apparence, en le suivant dans sa transformation et son évolution
vivante. Des compositions, où la forme a été
interprétée avec une très grande liberté,
voisinent avec d'autres, plus suggestives, plus symboliques.
Il sait que
tout acte de peindre est une impérieuse nécessité
de communiquer les abyssales parcelles de son âme, celles-là
même qui le relient, tout autant, à son imaginaire
qu'à la nature et attribuent à l'artiste toute sa
dimension face à la créativité. Un mélange,
particulier, de spontanéité, d'expression et d'un
contrôle logique de ses émotions fait le grand intérêt
de sa production.
Les peintures
de Zohrab résultent, visiblement d'une interprétation
poétique, symboliste et onirique des éléments
figurés, c'est pourquoi toute invention de forme, toute figuration
du sentiment et des idées a, dans sa production, I'élan
et la puissance de l'imaginaire.
Il recourt à
une esthétique dont il a lui-même découvert
les principes et les moyens adéquats, les uns et les autres
issus d'un métier sûr et d'un talent certain.
A force de recherches,
il est parvenu à retrouver la fraîcheur native et drue
de la sensation fondamentale, qu'il s'agit de solidifier et d'éterniser
dans l'œuvre. À travers son art, il édifie un monde
où l'imaginaire joue un rôle primordial, un monde dont
la forme, la structure et la poésie assurent la permanence,
au-delà du réel et du temps.
Quand
le visible est imprévisible… par Jalal Khoury
Il est des artistes qui passent leur vie à
se chercher.
Il en est d’autres qui se trouvent tout de go, presque
sans broncher.
D’autres encore se renouvellent dans la continuité.
Ou, c’est selon, persistent dans « leur » nouveauté.
Le peintre Zohrab se situe, à la fois, hors
et dans toutes ces catégories. Sans avoir l’air de le faire,
ou de faire exprès. Sûr de lui, loin de toute hargne,
il s’arrange, depuis des décennies, à être égal
à quelque chose qui ressemble à s’y méprendre…
à lui-même. Comme s’il pratiquait un exercice de retenue
ou de fidélité à des racines qu’il a lui-même
plantées. Une fois pour toute, sans complexes, ni ambiguïté…
A voir ses œuvres, on se demande si cet artiste
agit avec l’esprit bourru de l’artisan ou s’il s’agite, comme artisan,
avec des élans exaltés d’artiste. Question subsidiaire
: sa peinture est elle création ou énonciation remodelée
d’images fantasmées ?
Valéry disait : « Les fleuves et les
rivières passent, la mer passe et demeure. » Avec Zohrab,
on est tenté de paraphraser le poète en remplaçant
subrepticement fleuves et mers par écoles, genres et mouvements.
Ecoles d’un genre qui ne suit aucun mouvement si ce n’est celui,
inconvenant, d’une improbable signification.
Superpositions de plans, ou de vue, comme autant
de points de vues, ses toiles sont des florilèges faisant
feu de tout bois, celui de ces sous-bois de couleurs d’où
transparaissent, ça et là, des formes, des figures,
des lignes, des entrelacs qui tous, à l’unisson, soulignent,
dans leur fragilité, l’évanescence d’une réalité
recrée.
Ce peintre se présente, en dernière
analyse, comme un auteur se réservant le droit d’être
un montreur. Un montreur de couleurs tels des rumeurs d’antan patinées
par on sait quel passage du temps.
Le critique Michel Ragon se posait un jour la question
de savoir si la critique d’art pouvait se passer de la peinture.
Ou être un exercice à part, sans rapport avec son point
de départ. Face Zohrab, on est tenté de répondre
par l’affirmative tant sa peinture est rébarbative à
l’analyse. Du moins à celle qui cherche à doubler
la mise en se voulant, dans une prétention viscérale,
docte et abyssale.
En définitive, cet artiste se montre, encore
une fois, comme un marginal, le témoin d’une réalité
qu’il a lui-même inventé, et qui, chaque fois, cherche
à se le démontrer. Simplement ! Et sans apprêts...
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