Nadia
Saikali (1936)
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Anglais
Nadia
Saikali - Un monde, en remous et poussées, en action, en
perpétuel enfantement
Une
Artiste Medium
La peinture de Nadia
Saikali invente sans cesse et avance dans l'équilibre, la
tension et l'émotion, avec obstination.
Elle émet des fulgurations qui semblent se produire dans
les hautes régions de l'atmosphère, des éclairs,
des éclats, des étincelles à haute fréquence
et à haute tension.
Elle donne à percevoir des intensités, des degrés
de puissance, des fièvres contrôlées, des paroxysmes
maintenus.
Une peinture qui vibre et palpite.
L'oeil de cette artiste est un aiguillon, il provoque la brûlure,
s'engage au-delà du sentiment, retourne l'objet du sentiment
à l'intérieur, ne le laisse pas s'altérer en
le gardant à découvert, l'ajuste à la matière.
La matière l'emmure jusqu'à révélation,
jusqu’au bâti, elle le tient en réserve, le serre afin
qu'il devienne palpitation et non figure.
C'est ainsi que la toile devient ce lieu commun, celui du savoir
profond offert.
C'est le carrefour fulgurant du sens où la vérité
se montre sans avoir besoin d'être dite, sans explications,
sans justifications.
Pour cette raison, il ne faut pas l'interpréter. Il faut
la voir, mais complètement...
Son fond est comme les mers: pris dans un temps immobile.
La peinture de Nadia Saikali est comparable à un cri qui
fait taire tous les mots alentour et qui provoque à lever
le silence lourd.
Ses compositions reflètent d'une capacité constance
d'investir les nuances, c'est-à-dire modifier tout un tableau
en jouant des variations sensibles. Des couleurs nettes arrêtées
dans des surfaces précises se mêlent, se télescopent,
se superposent pour occuper totalement l'espace de la toile. Des
formes inventées, non identifiables, uniques donnent à
voir un paysage mental, reflet peut-être d'une scène
de la vie quotidienne, miroir peut-être de l'âme, questionnement
sur le présent, traduction certainement des sentiments...
Tout ceci fait que, transmutés par l'artiste, le connu se
fait interrogation.
Alors de ce monde réinventé surgit l'esprit.
Le temps
de la peinture n'est pas celui de l'homme...
Nadia Saikali
est un de ces artistes médiums. En elle transite des énergies
qui lui échappent.
Ces "images" lui viennent plus qu'elle ne les suscite.
Toute la peinture de Saikali n'est en rien le résumé
de la fulgurance d'un instant et ne rejoint pas en cela, malgré
la couleur et la lumière qui inondent le support, une pensée
"impressionniste" qui témoigne totalement de la
sensation d'un moment.
Dans chacune de ses toiles, l'artiste effectue une synthèse,
résultat de la sédimentation de plusieurs sentiments,
diffus à l'apparence mais ressentis intensément, cristallisés
et transcrits à la suite d'une longue réflexion.
Il n'existe aucune sensiblerie, mais une sensibilité dominée
par la dignité d'une pensée qui pose comme postulat
le devenir de la peinture.
Dans cette époque de troubles, le peintre rêve de sauver
de l'asservissement ou de l'écroulement le seul monde qui
l'intéresse vraiment et elle veut éviter tout passage
qui pourrait être considéré comme une défaite
momentanée de l'histoire de l'homme.
"Le sacré qui, inconsciemment nous hante" est une
constante dans sa quête d'absolu, préservant ainsi
une certaine idée de notre culture dans une période
de doute. Ce doute qui envahit l'esthétique de notre temps,
l'artiste voudrait l'exorciser.
Une autre constance de son art relève également d'un
attachement viscéral aux mutations qui rythment le cycle
de la vie. L'éphémère n'est pas son domaine.
Il n'y a ni commencement ni fin dans la vie du tableau car le temps
de la peinture n'est pas celui de l'homme...
Depuis toujours la peinture de Nadia Saikali, sa démarche,
sa problématique l'interrogent. Et, à chaque fois
que je rencontre cette peinture, dans une exposition particulière,
dans un groupe, dans un salon, elle me fait signe, m'arrête.
Il y a quelque chose de singulier chez cette créatrice, une
démarche personnelle, un travail opiniâtre sur la couleur,
la matière, le message qui fait qu'à ces moments-là
le monde s'éclaire à travers une illumination de l'esprit...
C'est dans ces instants-là que l'on a l'illusion d'être
en dehors du temps, à travers l'unique, on prouve un sentiment
de réconciliation et de plénitude...
Il n'y a rien de statique chez elle, ni d'isolé. Nadia peint
un monde en remous et poussées, en action, en perpétuel
enfantement.
La toile elle-même avec ses plans et sa gestuelle semble se
distendre et appeler un prolongement infini.
Mais quelles que soient la violence du souffle et la profusion des
éléments, Nadia leur impose enfin cette discipline
dont nulle oeuvre d'art ne saurait se passer. C'est ici que l'on
peut voir s'affirmer sa maîtrise.
Le sens de l'espace et de l'atmosphère donne au tableau une
structure plus profonde.
L'oeil ne heurte plus à la prison des lignes.
La toile s'entrouvre, on y pénètre...
S'échappe alors ces quelques vers...
"Quand on a commencé le voyage,
Il s'agissait de planètes mortes
Les ruines racontaient l'histoire des peurs anciennes
Du passé sur du passé
A lire comme les pages d'un vieux livre
Brûlé d'on ne sait quelle guerre
Brisés les paysages de rêves anciens
Les pinceaux agonisaient dans du goudron
L'artiste poursuit son chemin rien ne compte
Et tout est présent.
Les surfaces glissent, dévoilent d'anciennes couleurs
C'est un passage réel qui n'existe que sur la toile
Le voyage se fait balade
L'oeil décrypte des actions incertaines
Des éclairs sanglants zèbrent des territoires inconnus
Demain s'avance et le voyage continue...
Le peintre écrit maintenant sa vie aux couleurs de sa toile
au quotidien."
Sonia
Nigolian

Art Abstrait
par Saikali
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