May
Ziadeh
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May
Ziadé: Une pionnière du féminisme oriental
(A
l'occasion du centenaire de la naissance de May Ziadé la
libanaise qui a frayé à la femme orientale le chemin
de l'Université) par Jamil Jabre.
Le mouvement
féministe qui a pris son essor dans le monde arabe, aux débuts
de ce siècle et qui a viré de bord avec la vague intégriste
islamique suscitée par le phénomène Khomeiny,
ce mouvement promotionnel doit beaucoup à l'écrivain
May Ziadé.
Première
femme arabophone universitaire, May a consacré le gros de
sa carrière sociale et littéraire à défendre
les droits de la femme, considérée jusqu'alors comme
un être mineur, voire une couveuse ou un simple objet de plaisir.
D'ailleurs le titre d'"Aqila" qu'on donnait couramment
à l'épouse signifie littéralement: attachée
par une corde, attachée a son mari telle une monture ou tel
un serf à la glèbe.
Q'elle était
dans ses grandes lignes, la carrière de cette pionnière
téméraire et comment concevait-elle le rôle
et les obligations de la femme?
Biographie:
Née
à Nazareth, le 11 Février 1886, de père libanais,
May Ziadé fit ses études primaires et secondaires
au Collège des Visitandines d'Antoura (Liban), puis rejoignit
ses parents en 1904 à Nazareth ou elle poursuivit passionnément
son auto culture.
A partir de
1908, elle s'installa définitivement au Caire où son
père Elias Ziadé (Originaire de Chahtoul près
de Ghazir) dirigeait la revue "Al-Mahroussa" et se fit
inscrire à l'Université Egyptienne dans la section
littéraire.
La
femme de lettres:
En 1910, elle
publia son premier recueil de poésie lyrique française:
"Fleurs de Rêve", sous le pseudonyme d'Isis Copia.
Ses études
d'arabe classique terminées, May aida son père dans
la rédaction de sa revue. Puis dès les débuts
de la première guerre mondiale, elle fonda un salon littéraire
qui ne tarda pas à devenir le lieu de rendez-vous des grands
esprits de l'époque tels que Taha Hussein, Khalil Moutran,
Loutfi Sayyed, Antoun Gemayel, Waheddine Yakar, Mostapha Rafei,
Yacoub Sarrout.
Elle passait
régulièrement la saison d'été au Liban
dans "la cabane verte" construite à son intention,
par ses admirateurs à Dhour Choueir.
Après
la guerre May se consacra aux Lettres. Elle publiait ses propos
dans les plus grandes revues arabes de l'époque: Al-Hilal
et Al-Moktataf. Elle les fit paraître plus tard dans une série
d'ouvrages portant les titres suivants:
-Bahissat al Badia
-"Aicha Teymour (Biographie des deux principales dirigeantes
du mouvement féministe en Egypte).
-"Sourires et larmes" (de Max Scheller, traduits de l'allemand).
-"Propos de jeune fille".
-"Mélange (choix de conférences)
-"Ténèbres et Rayons (poèmes lyriques
en prose)
-"L'Egalité" étude sociologique.
-"Flux et Reflux (Réflexions littéraires).
Depuis 1914
May entretint une correspondance passionnée et passionnante
avec Gibran Khalil Gibran, installé à New York. Malgré
les sept mille Kilomètres qui les séparaient, selon
les dires de Gibran, et malgré les circonstances défavorables
qui les empêchaient de se rencontrer, cette idylle unique
dans les annales littéraires dura dix-sept ans, c'est à
dire jusqu'a la disparition de l'auteur du "Prophète".
Imbue de culture
occidentale, May effectua plusieurs voyages d'étude en Europe.
A partir de
1928 May subit le revers de la médaille. Elle perd coup sur
coup les êtres qui lui étaient plus chers, sa mère,
son père, puis Gibran. Se sentant très seule, au déclin
de la vie, elle sombre dans une dépression accablante.
Elle rentre
au Liban atteinte de neurasthénie noire en 1939 et passe
six mois dans un asile d'aliénés. Négligée
d'abord puis comblée de sympathie par ses amis écrivains,
elle recouvre sa lucidité. Et après un an à
Freyké, dans l'entourage de Amine Rihani, elle revint au
Caire ou elle finit par succomber à ses souffrances physiques
et morales le 17 Octobre 1941.
Militante
acharnée:
May Ziadé
s'est surtout faite remarquer par son activité fébrile
pour émanciper la femme, de l'ignorance d'abord, puis du
joug des traditions anachroniques afin qu'elle puisse se comparer
à l'homme et mériter son droit a l'égalité.
A cette époque
la renaissance féminine se manifestait timidement. Elle avait
autant besoin de dynamisme que d'orientation rationnelle. Avec Kassem
Amine et Bahissat Al Badia, May exerça une influence remarquable
sur l'éveil de la conscience de la femme arabe.
May considérait
la femme comme l'élément de base dans toute société
humaine. Une mère esclave, dit-elle, ne peut nourrir ses
enfants que de son propre lait, un lait qui sent forcement l'esclavage.
Cependant,
précise-t-elle, l'évolution de la femme ne doit pas
s'effectuer aux dépens de sa féminité, mais
parallèlement a celle de l'homme. Car si le grand mérite
de l'homme consiste dans la réalisation de sa virilité,
celui de la femme réside dans sa manière de se parfaire
en tant que telle, c'est à dire selon sa propre nature. La
virilité, selon May, se manifeste par la force, la lutte
d'influence, la volonté de puissance alors que la féminité
est synonyme de tendresse, de grâce et de finesse. La culture
adéquate est le seul moyen de libérer la femme de
ses complexes et de sa condition servile et de lui permettre par
conséquent de jouer son rôle polyvalent en tant que
reine de foyer, de partenaire à part égale, d'éducatrice
et de "bouche utile" dans un travail approprié.
Romantisme
à l'oriental:
Romantique,
dès son enfance, May subit successivement l'influence de
Lamartine de Bryon et de Shelley. Cette influence se manifeste dans
toute son oeuvre lyrique qui reflète sa nostalgie du Liban,
terre promise, ses idées mystiques, sa mélancolie
et son spleen:
"Notre
vie écrit-elle dans "Fleurs de Rêve", est
ainsi faite que nous laissons un peu de nous-mêmes aux ronces
du sentier, et cela a chaque instant.
"...En
vain voudrions-nous nous arrêter, mais nous sommes semblables
à un torrent ou l'onde qui suit pousse l'onde qui précède.
Son eau roule sur des roches rugueuses, tombe en cascades frémissantes,
elle voudrait quitter ces bas-fonds inhospitaliers mais elle est
forcée d'y demeurer le temps que lui a départi le
destin".
May Ziadé
s'exprimait à la fois en arabe, en français et en
anglais (sous le pseudonyme de Khaled Nach'at dans l'Egyptian Mail).
Elle possédait assez bien, en outre l'allemand, l'italien
et l'espagnol.
Sa
valeur litteraire:
On distingue
dans son oeuvre deux aspects nettement opposés. Comme essayiste,
elle se faisait remarquer par sa finesse d'observation autant que
par son souci d'objectivité. Pour cette discipline rigoureuse,
son style devenait sobre, minutieux tout en gardant sa propre personnalité.
Comme écrivain lyrique, elle brillait par son imagination
sensuelle capable d'associations heureuses, parfois surprenantes.
Il lui importait moins de décrire le réel à
grands renforts de faits, d'images vraisemblables ou à la
faveur des saisies immédiates sur le vif que de suggérer
discrètement ses impressions et créer une ambiance
intime communicative. Son style devient alors image, charnu, lancinant
et plein de fraîcheur.
De plus elle
était douée d'un talent oratoire remarquable.
En lisant May,
à vrai dire, on ne sait pas tout à fait si son écrit
relève du genre romanesque, du souvenir d'enfance, du conte
fantastique, du rêve romantique, de l'évocation historique
ou de la confession.
C'est un mélange
si spontané, dans un style si pittoresque qu'il nous tient
en haleine, malgré certaines bavures ou banalités.
A travers son
oeuvre elle tient à nous communiquer tantôt l'intensité
d'un bonheur éphémère, tantôt la magie
d'un rêve qui nous transporte au-delà de notre existence
monotone, en cette luminosité illusoire qui exerce sur nous
l'effet d'une transcendance.
Engagée
dans son féminisme, jusqu'à la moelle, May a su assumer
son temps, tant dans son action que dans ses écrits, témoigner
pour sa génération et rattacher l'éphémère
à ce qu'il y a de plus durable dans notre existence.
Jamil
Jabre, Livre "May femme de lettre", 1962

Buste
de May Ziadé au village de Chahtoul, Liban
Extraits
de Poèmes du Livre Fleurs de Rêve:
Capricieuse
Grandiose, imposant
dans la voûte profonde,
Le soleil saluait d'un coutumier adieu
Le fleuve les palmiers, les sables de ce lieu
Et cheminait vers l'autre monde.
Alors tout l'horizon
laisse monter un cri,
Le firmament se teint de lilas et de rose
(Frémissantes couleurs où l'azur doux repose),
Et le zéphire souffle attendri.
Le Caire était
caché sous une vague brume,
Les arbres tournoyant sur les bords bruns du Nil
L'ombre tombait partout, sans trouver de péril,
Et couvrait la plaine et l'écume.
O Pyramides! C’est alors
Que, levant ma tête pensive,
J'entends errer sur vos flancs forts
L'écho de quelque voix plaintive;
Mais quoi! Serait-ce en votre sein
Q'un orphelin pleure sa mère?
Est-ce un hymne, est-ce une prière,
Est-ce un gémissement divin?
Mais déjà
revient le silence
Autour du grand monument noir.
Un temps - Mon coeur frémit, s'élance,
Plane avec la brise du soir...
Soudain les sons se font entendre,
O dieux! Mais d'où viennent-ils donc?
Une douce harmonie y fond...
Est-ce de la voix d'Alexandre
Un écho? De Napoléon
Est-ce le sabre qui miroite?
Est-ce ta statue, o Memnon,
Qui tombe en une vapeur moite?
Est-ce le soupir d'un soldat
Défunt? Un cheval qui se cabre?
Est-ce un craquement d'un marbre
Qui depuis des siècles gît là?
Répondez, Monuments!
Pyramides altières,
Des siècles révolus ô souvenir muet!
Sont-ce des chants d'amour, des commandes guerrières
Que vos entrailles jettent net?
Non, sur vos côtes
délabrées
Ce n'est plus l'aigle Impérial
Qui marque vos terres sacrées
Des pas de son fougueux cheval;
Oh! Baissez vos armes françaises
Vos drapeaux sont à peine vus...
Et Mohamed Ali n'est plus,
Toutes les choses sont anglaises.
…
Ces longs échos
flottants et chatouillant mon âme
Comme un souffle de brise, une haleine d'azur,
Un baiser maternel, un regard triste et pur,
L'éclair d'une subtile flamme,
Un doigt câlin
d'enfant qui caresse mon front,
Un gazouillis d'oiseau, d'un fleuve le murmure,
Un sourire amical, un cri de la nature
Ou du soleil un rayon blond,
C'était la fanfare
lointaine
Qui jouait Dieu sauve le Roi
C'était la vibration certaine
De coeurs vaillants et pleins de foi;
De tes moelleux flots nostalgiques
Harmonie, ô nectar divin,
Je laisse couler dans mon sein
Les tiédeurs mélancoliques....
Muses, Beautés,
Beaux-Arts aimés,
Océans, rivière, verdures,
Azur immense, astres dorés
Qui du ciel êtes la parure
A vous, à vous mes jeunes ans,
A vous ma jeune intelligence,
Mon amour et ma confiance,
A vous mes rêves bleus et blancs!
Mais
trêve de transports. A bientôt, Pyramides,
Et vous, Liban, Beyrouth, cher Antoura, salut!
Ma Syrie, Salut! Dès qu je l'aurai pu
J'irai revoir tes horizons limpides.
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