May
Ziadeh
Balance-toi!
Balance-toi,
petite plante,
Ta feuille est tendre et verdoyante,
L'air est suave de fraîcheur;
Balance-toi! L’heure est passée
Ou par le soleil oppressée
Tu pâlissais sous sa chaleur.
Balance-toi!
Le crépuscule
Déjà sur les balcons ondule
Ses fantômes mystérieux;
Et sur la nature assoupie
Coule cette paix alanguie
Qui ne peut venir que des cieux.
Oh!
Les douceurs de l'heure brune!
De deviner au ciel la lune
Quand l'azur est encore serein!
Oh! La brise qui vous caresse!
Oh! La chère ombre qui vous presse
Contre son chaste et moelleux sein!
Oh!
Les mille voix soupirent
Lorsque les longs stratus expirent
Quand le jour finit de mourir!
Oh! L’or des paupières lointaines
Des étoiles qui dans les plaines
D'azur commencent à s'ouvrir!
Oh!
Les rêves du crépuscule
Quand l'ombre de la nuit circule
Que les oiseaux ne chantent plus!
O tendresse! Quand la pensée
En rythmes divins cadencée
Murmure de ces mots voulus...
Quand
le toit des maisons s'efface,
Que l'oeil, inquiet, perd la trace
Du Moukattam dans le lointain;
Quand à l'entour tout, calmé, rêve,
Du coeur un cantique s'élève
Au Dieu du soir et du matin;
Salut,
honneur, amour, louange
A Toi qui fis et l'homme et l'ange,
A Toi qui suspendis le ciel;
Qui dans le temps et dans l'espace
Au jour, la nuit, marquas leur place,
Salut a Toi, Père Eternel!
Plante,
balance-toi, palpite,
Balance-toi, danse, petite!
L'air est suave de fraîcheur;
Balance-toi! L’heure est passée
Où par le soleil oppressée
Tu pâlissais sous sa chaleur...
Une
petite Histoire
Ce
n'est pas le récit du navire novice
Qui n'avait de sa vie encore navigué;
A lire on y trouve un... un presque délice,
C'est un délassement pour l'esprit fatigué.
Aussi n'est-elle ni longue, ni languissante,
N'a rien d'impénétrable ou de mystérieux;
Elle est très, très courte et, peut être, intéressante!
Prêtez-moi pour l'entendre in intérêt sérieux.
Avis:
Mon
histoire est un peu géographique.
J'étais
en pension La ville nostalgique
Que
baigne l'Océan vous tous la connaissez;
Ses sables sont toujours par les flots caressés...
Et c'est Beyrouth... Beyrouth la porte de Syrie,
Dont l'azur est riant et la rive fleurie.
Et
c'était l'examen qu'on dit simestriel.
Notre examinateur, un excellent mortel,
Avait mis de côté tout intérêt de science
Et n'agissait qu'avec une extrême indulgence;
Devant lui l'élève à l'autre se succédait,
Ecoutait tous ses mots, pensait, y répondait.
Arrivait
le beau tour d'une enfant. Fort à l'aise
En face d'un dessin de la terre Française,
Elle attendait un geste, un mot, une question.
"Où sont les Alpes?" dit-il d'un aimable ton.
Le doigt fier, esquissant un fort immense geste,
D'une voix qui voudrait être toute céleste
Elle répondit...
"Les Alpes sont dans la mer Méditerranée!"
Spectre
Chopin
a murmuré son coeur
Dans ses valses lentes et tristes,
Et sur les gammes pessimistes
Il a déversé sa douleur.
Aux
accents doux et nostalgiques
De sa Marche, ami du cercueil,
J'ai vu frissonner un linceul
Sous les bouquets mélancoliques.
C'était
un rêve, un pale rêve
Non exempt de suavité,
Où, dans ton sépulcre habité
J'au vu ta forme qui se lève...
O saison
de l'Inoubliable,
Des genoux frôlant les tombeaux,
Des doigts tâtonnant l'Impalpable
Et des esprits tout en lambeaux...!
...Saison
de plainte monotone
Et de rire a jamais fini...
De sanglot profond qui chantonne
Sur les bribes de l'infini...
Ton
âme en parcelles frissonne
Sur les souvenirs alarmés...
Tu n'es en somme Autonome! Autonome!
Que la Saison des Yeux Fermés...
A
Mademoiselle C.
Vos
yeux si beaux, chère belle,
Que leur regard est torturant;
Votre nom je l'aime et l'épelle
Votre nom de flot murmurant.
Je
suis brune et vous êtes blonde,
Ce contraste est délicieux,
Un peu des profondeurs de l'onde
Se mêle à l'azuré des cieux.
Car
je suis la nuit, vous le Jour,
Un Jour rose et bleu qui scintille;
Moi, le lac; vous, l’astre qui brille;
Vous, le rêve et moi... moi l'amour.
Suite
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