Art painting, sculpture, photography, craft, poem, calligraphy, illustration, artisans, poets, writers, illustrators, gallery, event, musicians, actors, fashion designers

Home   Registration form   Advertising
 

Contemporary Artists

Past Artists

Events

Articles

Links

Sale

About

 





HotelsCombined.com - Hotel Price Comparison

 

 
Georges David CormGeorges David Corm

Clicker pour la version Anglaise du texte!

Biographie:

Georges David Corm: 1896-1971

1896 - Né à Beyrouth; Second enfant de David Semaan Corm et de Virginie Naaman, après Charles, frère de Jean et de Marie.

1919-1921 - Etudes de peinture à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

1921 - Médaille d'or en peinture à la Foire-Exposition de Beyrouth.

1922 - Gagne le concours de réalisation de la maquette de la médaille du Mérite libanais.
-Membre du Jury pour le choix d'un projet de monument aux morts de l'armée du Levant.

1922-1928 - Promoteur puis membre du comité exécutif pour la création du musée d'Antiquités et des Beaux-Arts de la ville de Beyrouth.
-Secrétaire du Congrès archéologique international, tenu à Beyrouth en 1926.
-Promoteur et membre du Jury du Conservatoire national de musique libanais.

1928 - Emigre en Egypte où il épouse Marie Bekhyt et ou il crée en 1934 avec quelques artistes et écrivains l'Atelier, groupement pourla promotion et la diffusion des Lettres et des Arts.

1936 - Officier d'Académie de France.
Deux tableaux achetés par le musée d'Anvers (Belgique).

1937 - Médaille d'honneur du Mérite libanais.

1955 - Elu membre d'honneur du Mérite libanais.

1955 - Elu membre de la "Royal Society of Arts" de Londres.

1956 - Retourne au Liban.

1958 - Officier de l'ordre du Cèdre.

1971 - Décède à Beyrouth, le 13 décembre.

Un itinéraire…

Tout prédisposait Georges Daoud Corm à la carrière artistique. Pourtant, sa vie fut un bien difficile, mais patient itinéraire, pour maintenir intacte la foi dans l'art et donc dans l'Homme.

Né en 1896 à Beyrouth d'une famille de lettrés du Kesrouan, Georges Corm était le petit-fils de Semaan Corm, qui s'illustra comme précepteur des fils de l'Émir Béchir, et le fils de Daoud Corm, l'un des pionniers de la peinture au Liban, qui se rendit célèbre aussi bien par ses toiles religieuses que par ses très beaux portraits de notabilités libanaises, égyptiennes et romaines.

Daoud Corm tenait ses racines bien ancrées dans le XIXe siècle libanais qui avait vu le déclin de l'aristocratie traditionnelle; il mourut, disent ses biographes, chargé d'honneurs. Georges Corm se trouva donc devoir assurer le rôle difficile d'un artiste, fils d'un autre artiste bien arrivé, et ceci dans une société entrée dans un processus de changement rapide.

Il fallut d'abord choisir entre des talents divers dont la nature et le milieu familial l'avaient doté. Les nombreux cahiers de poèmes de jeunesse qu'il a laissés en témoignent (dont un, Chez les humbles, publié en 1915). La passion de la musique et les soirées de musique de chambre qu'il a animées en tant que pianiste dans le Beyrouth du début du siècle, ses efforts pour la mise sur pied du Conservatoire de Musique, sont un autre témoignage de ses capacités artistiques complexes. De même ses nombreuses activités dans divers domaines artistiques entre 1922 et 1930 sont un autre indice de ses attaches aux diverses formes de l'Art et aussi d'un inlassable désir de développer les arts libanais.

Pourquoi la peinture prit le dessus, seul l'artiste pourrait peut-être répondre. L'ombre d'un père dans une société encore profondément marquée par le patriarcalisme, sans doute, mais aussi le sentiment, inspiré là encore par l'expérience paternelle, que la peinture mieux que la musique ou la poésie permettrait d'assurer un minimum de conditions matérielles d'existence. En réalité, Georges Corm devait faire tout au long de sa vie l'expérience amère de la condition d'artiste dans une société en mouvance rapide et qui donc ne saurait se préoccuper de l'Art, et encore moins du statut social et des conditions d'existence de ses artistes.

Une partie de son œuvre s'en ressentit, lorsque vivant de sa seule peinture, il dut sacrifier beaucoup de ses élans picturaux spontanés mais si bien structurés à la confection de certains portraits trop bien léchés de personnalités de la bonne société : portraits manifestement faits pour plaire à leur modèles, lesquels auront malheureusement trop souvent tendance à chicaner l'artiste.

On ne s'étonnera pas qu'à partir des années 1950, où les conditions de vie matérielle de l'artiste se dégradent de plus en plus, disparaissent de son oeuvre les somptueuses natures mortes des années 1930, ou les si fins paysages libanais des années 1920, suivis de paysages égyptiens dans les années 1930 et 1940.

En revanche, et comme à titre de compensation, certains des rares paysages de Georges Corm, à partir de 1950 auront souvent une composante fantastique et symbolique cachée, qui se laisse deviner dans la forme de rochers (tels ceux surplombant une vue de la baie de Jounieh), ou dans celles de stalactites (toiles représentant l'intérieur de la grotte de Jeita), ou encore dans L'Homme dans la Planète et le Cygne.

De même, de nombreuses toiles de nus féminins de cette période, d'un érotisme si manifestement contraire au romantisme mystique de l'artiste, viennent s'inscrire comme un contrepoint vengeur de tous ces visages mignons et esthétisés des dames de la bonne société.

En fait, Georges Corm ne réussit jamais à être tout à fait un homme du XXe siècle, ni à s'adapter au jeu social de la nouvelle élite libanaise ou égyptienne. Certes, lorsque à l'occasion de son mariage avec Marie Bekhyt, fille de Youssef Bekhit, riche courtier de coton à la Bourse d'Alexandrie, il s'installe dans cette ville en 1928, il ne fait pas de doute que la brillante vie cosmopolite de cette cité levantine le séduit. Il y produira de remarquables portraits, de splendides natures mortes, et des paysages de mer tout en nuances. Cependant, l'art seul ne suffit point à faire vivre une famille qui s'agrandit, et avec la dépressions des années 1936-39 en Egypte, les affaires commerciales initiées par lui deviendront un sujet additionnel de tourment pour lui et pour son épouse.

En 1948, Georges Corm abandonne définitivement toute activité commerciale et ne vivra plus que du maigre produit de ses portraits et de quelques leçons de peinture. Il s'installe alors au Caire.
La nostalgie permanente du sol natal aggravée par le dépaysement engendré par les changements sociaux et culturels de l'Egypte à cette période, le ramène définitivement en 1956 à Beyrouth; il s'y retirera cependant assez rapidement de la vie publique et sociale; il cessera même d'exposer après 1967, lorsque la vague de peinture abstraite déferla sur la bonne société libanaise, au point d'ailleurs que le critique d'art d'un grand quotidien de Beyrouth estima avec emphase et assurance que la poussière avait rongé son pinceau.

A la fin des années 1950, restant fidèle à sa vocation première de promoteur des arts libanais, il avait pourtant présenté à nouveau au Gouvernement libanais un plan pour la mise en place d'un Institut des Beaux-arts; il ne fut point donné suite à ce plan, et jamais l'Etat libanais de l'Indépendance ne songea à recourir à lui ou à l'honorer, si ce n'est par l'attribution de l'ordre du Cèdre en mai 1958.

Lorsqu'il dut abandonner en 1964, contraint et forcé, son atelier et son petit jardin de Khandak el-Ghamik, construit en 1922, par ses propres soins, sur la grande propriété de Daoud Corm, son père, sa santé se déclina rapidement. Une intervention chirurgicale en 1966 lui permit un répit de cinq années. Cette année là, il exposa deux portraits au salon de Printemps de Paris, qui lui valurent plusieurs commandes qu'il ne put toutefois réaliser en raison de son état de santé.

En 1966, son Essai sur l'Art et la Civilisation de ce temps est un réquisitoire violent contre l'influence corrosive du marxisme stalinien et du mercantilisme américain sur les arts contemporains, et une dénonciation des modes artistiques lancées à coup de campagnes publicitaires. Georges Corm, dans cet essai, exprime avec véhémence toute sa nostalgie de l'humanisme classique dont il était entièrement pétri, mais aussi sa foi dans l'émergence d'une nouvelle civilisation humaniste … adaptée aux besoins de cette ère industrielle et atomiste.

Ce fut son unique cri public de révolte contre la civilisation de son siècle qui l'avait meurtri sur plus d'un plan, un cri qui aujourd'hui, en cette fin de siècle, n'est pas sans trouver d'étranges résonances dans la résurgence des mouvements de fondamentalisme mystico-religieux au Moyen-Orient, mais aussi dans les pays occidentaux. Passé ce frisson de révolte, exprimé en dépit de sa pudeur naturelle, l'artiste vivra les dernières années de sa vie dans le silence et le recueillement, tant il avait conscience de l'approche du grand départ. Seuls quelques élèves fidèles, tel le très dévoué Joseph Matar, continuaient de l'entourer de leur affection; de même il avait plaisir à revoir cet autre grand solitaire qu'était Omar Onsi. Il s'éteignit serein au soir du 13 décembre 1971, emportant avec lui toute la douceur d'un Liban romantique, aujourd'hui disparu à jamais, et que cet ouvrage s'efforce de faire revivre.

C'est certainement Marie Corm, son épouse si discrète mais si présente à la fois dans son existence, qui a le mieux défini cet artiste à cheval entre deux siècles et donc deux sociétés et qui pourtant ne voulut jamais compromettre. C'était, dit-elle, un pur, un authentique. Il est vrai qu'il a souffert de l'incompréhension des gens autour de lui. Mais par-dessus tout, il est resté lui-même et, jusqu'à ses dernières heures, continuait à imprégner les autres de la beauté qu'il portait en lui.
Puissent ces pages et ces reproductions contribuer à ouvrir la voie à ce message de beauté qui, comme bien d'autres messages libanais, a été recouvert d'un voile de poussière opaque et sanglant, par ceux mêmes qui, dans la vanité, ont cru édifier le Liban en terre symbole de l'humanisme universel; Liban, pour qui l'artiste a disparu écrit dans sa jeunesse:
Ô mon pays, à toi les plus beau chants de gloire, les plus beaux chants d'amour.
Sa vie et son oeuvre auront en tous cas accompli pleinement et fidèlement cette promesse.

Beyrouth, septembre 1980.
par Georges G. Corm.
 


Le portrait comme recherche de l'homme :
Extraits d'article, "Le maitre incontesté de la nature" par Ethel Adnan.

Dans l'œuvre de Georges Corm il y a un nombre majeur de portraits. Il est certain que la plupart sont des commandes et l'artiste demeure fidèle à ses sujets : quand ces derniers sont superficiels, il produit des œuvres essentiellement mondaines, belles, bien faites, mais sans grand intérêt. Cependant son instinct se réveille entièrement devant les êtres exceptionnels; il trouve en eux sa propre mesure. Il est remarquable que ses meilleurs œuvres de portraitiste soient non pas seulement ceux de rois, princesses et poètes, mais également celles de gens simples, de paysans, de fellaha égyptiennes … Ces gens du peuple ont une aristocratie similaire à celle de l'artiste : leur valeur ne leur vient ni de l'argent ni d'une position sociale mais d'une sorte de nature humaine mise à l'état nu. Le jeune artiste libanais, exilé et dans ce sens lui aussi "nu", se retrouve parmi ces êtres fiers, au regard fort et de feu, qu'il poursuit de ses crayons et de ses couleurs.
J'irai plus loin. Je dirai que dans l'art du portrait Georges Corm trouve une liberté absolue. Devant les visages humains, l'absence de tradition nationale en peinture ne joue plus. Le sujet humain écrase par sa présence toute aliénation que le peintre pourrait ressentir par rapport à sa situation historique vis-à-vis de l'Art. Il n'a plus de question à se poser quant aux écoles à suivre, ou si il se les pose, elles importent peu.
Fasiant le portrait d'Abdul Aziz Ibn el Seoud, le souci majeur c'est de rendre le personnage, son histoire à lui, sa grandeur immédiate. Il en va de même pour les autres. Devant ces hommes et ces femmes assis devant lui, l'urgence est de capter la vie, et cette urgence apaise ses inquiétudes que l'artiste libanais ne pouvait ne pas avoir en se souvenant de ses camarades parisiens qui eux venaient, chargés de musées célèbres et de traditions glorieuses. Ces longues années de labeur étaient donc des années de libération.
Georges Corm est humaniste, il le dit dans son "Essai sur l'Art et la Civilisation de ce temps". Pour lui, faire un portrait est une étude plus importante, du moins au début de sa carrière, que de faire un paysage, parceque dans la hiérarchie des êtres, l'homme est au sommet. Point de vue chrétien, assurément, chez ce fils de la montagne libanaise. Il devait sentir la noblesse de sa fonction en peignant un Khalil Moutran ou la fameuse Mme C H. …




Paysan égyptien, fusain 65 x 50 cm - Année 50


Autoportraits:
Extraits d'article, "Le maitre incontesté de la nature" par Ethel Adnan.

Mais moi, ce qui me frappe le plus dans cette œuvre, ce sont les autoportraits de Georges Corm. Lui qui a étudié, on suppose patiemment, d'innombrables visages, a laissé du sien des témoignages bouleversants.
Curieuse destinée que celle d'un peintre qui pouvait se voir comme on aimerait que d'autres nous voient. Extraordinaire pouvoir.
Nous avons de lui un autoportrait de jeunesse, et quelques-uns de sa maturité.
Jeune, il a le regard sur lui-même de Dorian Gray : Alexandrie est en lui, une sensualité raffinée au cours des âges, une lourdeur des paupières, un teint fiévreux de jeune homme, un rose qui n'est pas du fard, une tête qui rivalise à travers l'extrême fragilité des couleurs, avec la solidité des marbres des jeunes éphèbes de l'hellénisme alexandrin. Le peintre sait qu'il a un double regard (que nous saisissons dans le tableau) : celui du jeune esthète philosophe qui juge tous ceux qui le regardent, et celui du jeune artiste qui se désintéresse du public pour réfléchir à ses problèmes techniques et à son tourment intérieur. J'ai pensé, en le voyant, ce portrait, à ces autobiographies minces et intenses de Joyce ou d'Evtouchenki, et à ces admirables autoportraits où Modigliani sait, et sait prouver, qu'il est dandy et qu'il dépasse infiniment le dandysme.
Il y a un autoportrait que j'intitulerai volontiers L'artiste dans son laboratoire. Georges Corm se met dans son atelier, en tablier blanc, comme un médecin. Que de fois n'a-t-il pas dû examiner derrière les rides la tragédie personnelle de telle femme qu'il peignait et qui voulait à tout prix n'être vue que sous son aspect le plus superficiel, jugé par elle comme étant le meilleur?
Et un atelier n'est-il pas un laboratoire où l'artiste étudie chaque forme comme un biologiste, une amibe? De la configuration d'une fleur dépend l'être de celle-ci. Du mouvement du corps d'un marchand de quatre-saisons dépend la lecture de sa joie ou de son effort. Tout studio d'artiste véritable est le creuset d'une alchimie personnelle, d'un savoir intransmissible à d'autres: laboratoire pour un seul savant et une seule connaissance.
Mais la connaissance de soi ne pouvait être que la connaissance ultime pour cet être essentiellement classique dans sa pensée. Georges Corm se regarde sans pitié et surtout avec une concentration intérieure inouïe. Ce seul tableau le surprend, lui-même, dans toute sa profondeur. Les yeux en même temps hagards et sûrs, le front haut, le regard porté sur l'extérieur et en même temps d'une infériorité infinie, le cops mince, droit, n'ayant d'existence que pour porter un psychisme pur; le dandy a disparu. Il reste devant nous un esprit au faîte de ses pouvoirs, un personnage connaissant le passé, venu de loin, mais ayant une force spirituelle semblable à celle d'un acier qui transpercerait le futur. Suprême autoportrait qui devrait figurer parmi les plus connus de l'histoire de l'art.
Il y a aussi un portrait de la maturité. Ni dandy ni chirurgien de l'âme, l'artiste ici s'est placé à un niveau intérieur intermédiaire, un peu comme s'il était son propre romancier. Cet homme d'une élégance rare, être racé, regarde le monde comme il se regarde, sans véritable passion, sans parti-pris favorable ou défavorable, mais avec une sensibilité parfaite à la noblesse fondamentale de tout ce qui est. Il semble se définir avec une conscience aiguë de sa propre valeur, d'une valeur que l'expérience, la familiarité avec sa propre vie, lui ont prouvée. L'artiste véritable est toujours en contact avec son inconscient et son histoire temporelle, il ne saurait savoir quoi que ce soit s'il ne se connaissait pas. La qualité de ce portrait est une sorte de garantie de ses autres connaissances.


Autoportrait de l'artiste dans sa jeunesse, huile 27 x 22 cm - Année 30
 

La femme, la source, et la Nature:
Extraits d'article, "Le maitre incontesté de la nature" par Ethel Adnan.

Nous tenons à mentionner un tableau tout particulier, un de ces tableaux dans lesquels parfois un grand peintre arrive à exprimer toutes les dimensions de son être.
Le tableau présente, à sa gauche, debout, dans un geste qui pourrait être celui de se laver, une femme. Le nu est vu de dos. Il a, de la chair, la couleur ocre-or de la plupart des femmes de la Méditerranée. Le corps, dans la tradition classique, est pur, fort, sculptural. Il se lave à une source, devant un terrain haut et sombre qui appartiendrait à une montagne.
Ce tableau s'analyserait comme une œuvre complète. Essai philosophique, comme on pourrait dire d'un tableau de Léonard qu'il représente la pensée du grand peintre italien.
Je retrouve dans cette peinture une sorte de microcosme. La femme est dans la nature mais elle est aussi, elle-même, la nature, d'où ce sentiment de force qu'elle communique. Classique de facture, elle est également pensée romantique par cette appartenance à son milieu ambiant.
La nature, elle, n'est pas une image, un détail, tel lieu précis uniquement. Précise et rappelant ces grottes et ces vallées du Liban, mystérieuses malgré le plein soleil qui les baigne de jour, la nature dans ce tableau atteint cette autre dimension que nous ne pouvons que qualifier de panthéiste, de par sa relation au personnage féminin et de par ce sentiment de présence éternelle qu'elle aussi possède. Chef-d'œuvre qui ne nous fait que regretter l'éparpillement un peu partout dans le monde des œuvres de Georges Corm et regretter surtout que les vicissitudes de la vie quotidienne ne lui aient pas permis de développer jusqu'au bout, dans sa peinture, les infinies richesses de sa pensée et de son talent.


La jeune femme et la nature, huile 60 x 50 cm - Liban
 

Le paysage libanais:
Extraits d'article, "Le maitre incontesté de la nature" par Ethel Adnan.

 


Vue de Ain Mreissé, huile 64 x 49 cm - Liban, année 20


Le paysage libanais est particulièrement difficile pour un peintre. Il est beau, c'est évident. Il est dramatique, escarpé, déchiré, inattendu, il est surtout extrêmement nerveux. L'œil a à peine le temps de s'habituer à un contour que le changement est survenu. Relativement petit d'un point de vue mathématique, il projette le sentiment d'avoir de grandes dimensions. Il est même grandiose par endroits. Cette beauté évidente du paysage libanais est un piège pour un artiste car elle agit comme un véritable mirage.
Il y a des dessins d'un coin de mer, de quelques arbres, d'une route qui tourne, études en même temps précises et rapides, instantanés qui saisissent la structure essentielle des formes. Ces dessins sont toujours aigus, dépouillés, appartenant à cet aspect de l'esprit du peintre qui est incisif, sans pitié. Des autoportraits à ces dessins de la nature prosaïque, il y a un passage tout naturel bien que peu évident. Ils témoignent également d'un même pouvoir de perception.
Les paysages faits à l'huile sont parmi les meilleurs de la peinture libanaise. Il n'y a que Saliba Douaihy (avant son voyage en Amérique) et Omar Onsi qui ont pu rendre le paysage libanais avec la compétence de Corm.
La montagne libanaise est baignée d'une lumière qui se résout en fumée bleue. Le problème du peintre est de rendre la force du rocher que l'œil pressent derrière la buée impalpable qui l'entoure et la recouvre. Sa tâche est presque inhumaine.
Lorsqu'un Cézanne peint une maison de Provence, il a des ombres et des couleurs réelles devant lui. Quand il peint des arbres, il a des formes solides qu'il lui est aisé de rendre. Ce n'est que quand il peint la Montagne Sainte Victoire qu'il a un problème analogue à Celui du paysagiste libanais: une montagne en même temps massive et irréelle. C'est pourquoi, d'ailleurs, il a passé sa vie à se buter contre elle, à y revenir sans cesse, jusqu'à sa mort. Cette montagne était sa contradiction à résoudre, son défi à surmonter, sa vérité.
Georges Corm s'attaque au paysage libanais le plus difficile à rendre: il ne peint pas les petites maisons de la montagne, les jardins et leurs merveilleux jeux d'ombre, mais il les étudie en montagne: ces grandes vallées qui s'étagent en lignes diagonales, parsemées de villages, ces étendues arides. Ces paysages, vus de loin, fondent dans la lumière, et il faut faire revivre leurs couleurs sans pour cela trahir la grisaille ou le rose dans lesquels ils se résolvent. Il réussit admirablement et il demeurera à jamais, avec les quelques-uns que nous avons cités, le maître incontesté de la nature libanaise.
Mais le Liban n'est pas que pays de montagne. Celle-ci descend jusqu'à la mer en chutes tantôt brusques tantôt plus lentes et la côte elle-même présente, pour un peintre, des difficultés nouvelles. En été, il ne saurait être question de peindre la côte: elle est noyée dans l'éclat du soleil. En automne, en hiver, au début du printemps, la saison, unique du point de vue de la richesse des couleurs, présente des sujets passionnants. Je pense en particulier à ses paysages de mer, subtils, austères, toute la mystérieuse rencontre de la terre et de la mer étant ici communiquée. Georges Corm ne s'arrête pas à l'anecdote, à tout ce chatoiement sensuel de la côte libanaise que Georges Cyr a bien rendu, ni surtout à l'aspect folklorique et charmant du genre Ain Mreisseh, mais plutôt à la côte saisie dans sa mystérieuse simplicité purement planétaire.
Il en est de même de cet autre aspect de la côte libanaise moins immédiatement rocheuse et plutôt sablonneuse. Le sud de Beyrouth, tel que Georges Corm avait pu le connaître jusqu'au début des années 60, présentait un caractère particulier et frappant : quatre éléments se partageaient l'espace, d'une façon constante : le ciel, la grande diagonale des montagnes descendant jusqu'à Tyr, la pente plus adoucie d'une vaste étendue de sable, et la mer. Les couleurs souvent étaient d'une complémentarité étonnante : entre le ciel bleu ou gris et la mer bleue ou verte il y avait toujours le contraste du mauve dans lequel se perdait la montagne et les couleurs orange du sable. Ces paysages que j'ai contemplés si souvent, vus de la corniche, Georges Corm les a peints avec une perspicacité et un pouvoir qui me ressuscite ce passé.
J'aimerais mentionner également des études du terrain qui entourait Beyrouth, à mi-hauteur de la ville et de la montagne. Le sable se solidifie sur le rocher, sa couleur orange passe au rose foncé, quelque chose du désert lutte contre le début de la forêt. Quelques pins, si typiques au paysage libanais, sur ces terrains, commencent en quelque sorte à marcher en file. Georges Corm a fait de ces endroits aujourd'hui disparus presque entièrement, des chefs-d'œuvre.
On ne peut terminer cette étude sans parler des tableaux et dessins qui sont des natures mortes, des bateaux sur le Nil, l'intérieur d'une chambre.
Ce qui est surtout à noter, c'est l'unité de cette œuvre picturale à travers la diversité de ses sujets. Un peintre qui va du portrait à la nature morte, par exemple, n'est pas éclectique, si la facture reste égale à elle-même, si la qualité ne fléchit pas. On pourrait même aller plus loin et dire qu'il y a une unité encore plus profonde dans cette œuvre (à l'exception des quelques portraits mondains) : il y a un sens platonicien qui se transmet par la peinture, une idéalité, la présence de la méditation du peintre derrière l'objet décrit. Les bateaux sur le Nil parlent de la durée de l'Egypte ; les paysages libanais rappellent les sentiments religieux qui ont vu leur existence dans cette partie du monde ; une minuscule aquarelle de quarts de pastèque représente la passion de vivre. Et c'est ainsi que dans cette œuvre dispersée et je dirai étrangement discrète il y a un visionnaire de génie.

Quelques Oeuvres de l'artiste sont disponibles à la Galerie Bekhazi Beyrouth, Ashrafieh - Telephone: 01-321487 Fax : 01-200749

Les informations sont extraites de l'ouvrage "Georges Daoud Corm, Peintre et portraitiste libanais 1896 - 1971", Beyrouth, 1981, ouvrage bilingue français - arabe, 162 pages, série couverture toile, numérotée de 100 à 600 et série couverture cuir numérotée de 1 à 100. Cette ouvrage est disponible à la même Galerie Bekhazi.

►► Quelques oeuvres de l'artiste
►► Meet the artist in Art Direct Sale!

Contact: gecorm@inco.com.lb

.



Contemporary Artists | Past Artists | Events | Articles | Links | Sale | About | Registration Form | Advertising | Home

Design, layout, & graphics are copyright © 1997-2017 OneFineArt - The Art for Everyone. All artworks are
copyrighted by their respective artists & owners. Do not use any graphics or artworks without permission.