Fouad
Ephrem Boustany - Une sommité internationale par Joseph Sokhn
– Culture Générale, Beyrouth 1998
Le départ pour la retraite du Recteur de l'Université
Libanaise Fouad Ephrem Boustany a pris l'allure d'un départ
pour de nouvelles découvertes et pour achever une œuvre immortelle
de "Dictionnaire encyclopédique" (le 17e tome vient
d'être publié).
Ses proches collaborateurs et amis sont émerveillés
par l'ardeur avec laquelle il avait gardé de sa carrière
universitaire et éducative lors de la mémorable cérémonie
qui lui a été consacrée à l'Université
libanaise (Faculté de Droit) vers le début de juillet
dernier.
En effet, Fouad Boustany commença sa carrière rectorale
en 1953. Son nom a toujours rayonné bien avant cette date.
Partout on a loué l'humaniste, le conférencier de
classe, l'éminent professeur, le Recteur et le grand homme
de lettres. La biographie de cet écrivain est jalonnée
d'événements sensationnels où s'affirment,
souvent le merveilleux courage et la ténacité du Libanais
de la haute montagne. Les œuvres de Fouad Boustany dont le nombre
a atteint l'an dernier cent vingt volumes, plus réalistes
que doctrinaires, sont hautement méritoires. Chacun de ses
écrits qu'il veut infaillible est un éclatement de
son être, le cri de sa joie et de son angoisse, tandis que
sa vie mouvementée l'incite à envisager de continuels
projets. Il doit sa célébrité autant à
ses activités culturelles et éducatives qu'à
la valeur de ses écrits et à son talent.
Parallèlement à cette vie débordante d'activité,
Fouad Boustany mène une vie familiale discrète et
paisible. C'est un chef de famille d'une rare compréhension
et d'un rare dévouement.
Vie et Enfance
Pour se rendre bien compte de la valeur réelle de l'œuvre
de Fouad Boustany, il est utile de suivre dès l'origine l'influence
de la famille Boustany au Liban et en Orient Arabe sur la formation
de la langue. Cette influence hors de proportion avec les services
rendus et le mérite réel nous oblige à nous
arrêter avec quelques détails sur l'historique de cette
illustre famille de souche typiquement libanaise qui a produit de
grands talents sur le plan religieux, littéraire, politique
et social. La famille Boustany est originaire de Bkerkacha (Liban-Nord)
à quelques kilomètres des cèdres millénaires.
L'ancêtre Mahfouz El-Boustany et ses fils vinrent s'installer
à Deir El-Kamar en l'an 1560, et de la dans certains villages
du Chouf notamment à Doubbieh, Dolhamié et Bkechtine.
Les Boustany firent preuve de qualités peu communes d'esprit,
de caractère et de positivisme. Ils étaient attirés
par les Lettres Arabes.
Fouad Ephrem Boustany naquit à Deir El-Kamar le 15 Août
1906; il est l'aîné de sept garçons. Son père,
Georges, occupait de hautes fonctions dans le cadre de l'armée
libanaise, sa mère, Emilie El-Kobh, une sainte femme, douce,
aimable et intransigeante sur les principes. Elle éleva ses
sept garçons en les orientant vers l'amour de Dieu et du
prochain. Dans l'allégresse et la vie paisible du foyer,
le petit Fouad se rappellera plus tard la beauté des journées,
les tendres baisers de sa mère, la présence bienveillante
de son père, du bois de Deir, de la place publique et de
la fontaine. Il donna de très bonne heure des preuves d'une
rare précocité d'intelligence, il commença
ses études primaires au collège des Frères
Maristes à Deir El-Kamar puis vint à Beyrouth achever
ses études secondaires et universitaires à l'Université
Saint Joseph. Les Pères Jésuites frappés par
sa surprenante imagination et ses dons exceptionnels et plus tard
par sa double personnalité humaine et savante, l'engagèrent
à partir de 1933 comme professeur de Littérature Arabe
et d'Histoire à l'Institut de Lettres Orientales.
Il a été également professeur de Philo chez
les Frères Maristes à Jounieh (1931-1934) et au Collège
de La Sagesse. Certes, Fouad Boustany avait été envoûté
depuis son âge le plus tendre par l'appel de la littérature;
à 14 ans il rédigeait déjà dans le journal
de Deir El-Kamar des articles de toute beauté. Ce devait
être le prélude à plusieurs autres élans
en direction des œuvres littéraires et historiques. Son esprit
se passionnait pour les lettres arabes et la culture islamique.
Epris de philosophie et de sociologie il avait découvert
à 16 ans le secret de la réussite de grands penseurs
internationaux et orientaux. En même temps qu'il achevait
ses études secondaires il se forgeait un avenir culturel
brillant. Il aimait la littérature avec les hommes de lettres,
la poésie avec les poètes et la politique avec les
politiciens. Le 15 Août 1939 il épousa Souad Sarraf
dont il eut sept enfants: Hind, Yahia, Harez, Adi, Mounzer, Marina,
Guiasse.
A ses heures de loisir, Fouad Boustany méditait attentivement
le poème touchant de Victor Hugo intitulé "L'Art
d'être grand-père".
L'Homme
Fouad Boustany possède une très vive imagination.
Il est surtout écrivain. C'est qu'en effet l'homme chez lui
s'explique tout entier par la puissance de sentir. Toute idée
vient chez lui d'un sentiment, son activité intellectuelle
a été multiple et s'est pas limitée à
des études spéciales.
Il a contribue pour une large part à l'étude des institutions
islamiques, surtout quand il fut nommé professeur d'histoire
et civilisation des pays du Proche-Orient à l'Institut des
Sciences Politiques (1945 - 1955). En outre, il a été
professeur de Littérature Arabe, de Philosophie Musulmane
et d'Histoire Arabe à l'académie des Beaux-arts (1947
- 1953).
L'Educateur
Fouad Boustany a passé quarante ans au service de la jeunesse
libanaise. Comme éducateur il cherchait surtout à
améliorer ses étudiants, a leur communiquer son souffle
patriotique. Nommé directeur de l'Ecole Normale en 1942,
il accomplit sa tâche d'une manière parfaite et dota
le Liban d'un corps enseignant officiel d'un niveau élevé.
L'éducation, disait-il est l'agent du progrès qui
est le patient apprentissage du mieux, elle sert à briser
le monde monotone dans lequel nous enfermaient la routine et l'hérédité
et elle fait les fils meilleurs que les pères. Il est utile
de signaler ici que les anciens élèves de Boustany
occupent actuellement, de hauts postes et sont les piliers de l'administration
officielle. En outre parmi les grands maîtres qui ont formé
notre jeunesse, ceux dont nous avons conservé le meilleur
souvenir ne sont pas les spécialistes les plus brillants
ni les moralistes les plus humains mais les hommes indulgents et
honnêtes tels que Fouad Boustany qui ne cherchait ni a nous
étonner pas la suprématie de son esprit ni à
nous humilier par ses critiques; ses qualités d'éducateur
se résument en quelques mots: Il agissait comme le père
de famille qui fait preuve d'une humeur égale avec tous ses
enfants quels que soient leur caractère, leur intelligence
et leur âge. La pédagogie de Fouad Boustany se base
sur le principe suivant: Former des hommes capables de penser juste
et épris d'idéal, ainsi que des êtres capable
d'aimer et de sacrifier. C'est en ce sens qu'on peut dire de lui
qu'il est un être rayonnant de chaleur humaine.
Le Conférencier
Ecrites dans un style riche et simple parfois imagé et élégant,
les conférences de Fouad Boustany dont le nombre dépassa
en trente ans les 4000, lui ont valu une large audience à
l'étranger. En effet, notre illustre conférencier
fit entendre sa vois aux Etats-Unis, en France, en Afrique du Nord,
en Espagne, en Allemagne, et dans presque tous les grandes capitales
des pays Arabes. Il a surtout traité des thèmes littéraires
concernant l'évolution de la langue Arabe de la culture islamique
et de thèmes socio-éducatifs. Il a toujours écrit
pour un public déterminé. Parmi ses plus brillantes
conférences on peut citer celle concernant les "Maronites"
où il dit notamment:
"Les Maronites se groupèrent en communauté solidaire
dans la vallée de l'Oronte où il vivait leur patron
Saint-Maron au Vème siècle et ils construisirent prés
de Hama un monastère immense et prestigieux entouré
de trois cents cellules habitées par des moines". Et
il ajoute:
"Après la destruction du monastère de Saint-Maron
un grand nombre de Maronites guidés par leurs moines se refugièrent
au Liban-Nord et constituèrent une espèce de caste
pour éviter les persécutions. Ils sont d'une essence
très particulière, la vallée sacrée
de Kadisha creusée de cellules d'ermites, les cèdres
des hauts sommets, symbole de leur vitalité et de leur indépendance
et le monastère patriarcal de Kannoubine, résument
toute leur histoire". Et il conclut en affirmant que la Bibliothèque
du Vatican regorge de documents utiles et précieux sur les
Maronites.
On peut signaler enfin que les conférences de Fouad Boustany
traçaient une certaine ligne de démarcation entre
le vrai et le faux, entre vous et moi... et le moi et le monde extérieur,
c'est une nouvelle école où il a tendance à
lutter pour la vérité et la justice. C'est cet esprit
de sage tout imprégné de bonté et de positivisme
que nous retrouvons partout dans ses conférences.
Le Recteur
Avec la nomination du Docteur Fouad Ephrem Boustany comme Recteur,
en 1953, l'Université Libanaise accéda presque à
l'autonomie tout en entretenant des liens administratifs avec le
Ministère de l'Education Nationale. Des efforts exceptionnels
furent déployés par le nouveau recteur pour la création
et la bonne orientation des différentes facultés notamment
celle de pédagogie grâce à sa perspicacité
et sa compétence dans le domaine universitaire. Toutefois
ces quelques dernières années l'université
connut une grande diversité de réactions d'une faculté
à l'autre. Certes, il ne se passait pas de semaine sans que
l'insatisfaction des étudiants ne se manifesta quelque part.
Cette insatisfaction souvent d'ordre politique revêtait aussi
un cachet moral et prouvait que les étudiants se trouvaient
de plus en plus concernés par la chose publique... Mais grâce
à la lucidité et au bon sens du Recteur Fouad Boustany
toutes les exigences et les revendications des étudiants
ont été minutieusement analysées et obtinrent
satisfaction. La société du XXème siècle
est aujourd'hui en bien mauvaise posture, dit-il, les problèmes
libanais et internationaux les plus aigus sont intellectualisés
et c'est précisément au sein de l'Université
qu'ils devraient trouver leurs solutions. Il est donc urgent de
modifier certaines lois concernant les problèmes éducatifs
et universitaires car la loi est faite pour les hommes et non les
hommes pour la loi comme les programmes sont faits pour les étudiants
et non les étudiants pour les programmes.
L'Ecrivain
Qui ne connait pas l'auteur de "Au temps de l'Emir" et
d'"Al-Rawaeh" depuis cinquante ans qu'il écrit
sur des thèmes éducatifs et littéraires, publie
des livres percutants, parle hautement dans les Cénacles,
les cercles et les salons, inonde maints journaux libanais et étrangers
de ses articles exaltants II est rare de rencontrer un homme qui
foisonne d'idées, d'une bonté et d'une simplicité
exemplaires et qui jongle avec le génie.
Fouad Ephrem Boustany mêle à un réalisme dans
les faits qu'il raconte surtout au temps de l'Emir Béchir,
une sorte de démarche rêveuse qui donne à tout
ce qu'il écrit une singulière touche d'authenticité,
partage sa vie entre la capitale et sa résidence historique
de Deir El-Kamar et comme son œuvre imposante est inspirée
par une bonne part par sa vie personnelle on imagine à juste
titre que les intrigues du Palais de Beit-Eddine et la vie intime
de l'Emir Béchir dont il décrit les différentes
étapes revêtent un ton particulièrement vif
et naturel. C'est en quelque sorte un étonnant tableau et
une suite de faits historiques captivant de la vie et de la cour
du grand Emir Libanais.
Ainsi donc l'ouvrage de Boustany sur l'Emir Béchir est-il
pour tout Libanais ou étranger qui visite le Palais de Beit-Eddine
un complément indispensable au guide touristique. Nombreux
sont ceux qui ont été séduits par les brillantes
qualités intellectuelles de cet éminent écrivain
et sur l'étendue de sa culture et la finesse de son jugement
en matière littéraire et historique. Les qualités
du cœur valent chez lui les qualités de l'esprit:
Comme écrivain il est classique et il est sans conteste un
des éléments les plus représentatifs de la
littérature arabe et islamique du XXème siècle.
L'Historien
Fouad Ephrem Boustany n'a jamais jugé un fait selon son optique
personnelle, mais il a effectué des enquêtes sérieuses
et a étudié les documents nécessaires pour
se faire une idée de ce passé qui s'anime et revit
sous ses yeux. Ainsi l'on peut affirmer que l'ensemble des événements
internationaux dignes d'être rappelés, n'échappèrent
guère à l'imagination et à l'intelligence de
notre éminent historien. Dans son livre "Histoire du
Liban", en collaboration avec le Docteur Assad Rustom (1933),
il a réussi à atteindre son but en nous dévoilant
les secrets des événements qui marquèrent l'histoire
de notre pays depuis l'ère gréco-romaine jusqu'aux
Ottomans.
Quoi qu'il en soit Fouad Ephrem Boustany n'a jamais douté
de la cause du Liban auquel il est parfaitement attaché et
dans ses œuvres nous remarquons avec quel accent de fidélité
il parle de l'Emir Fakhreddine et de l'Emir Béchir ainsi
que du Patriarche Maronite, Monseigneur Elias Hoyek et du Général
Gouraud.
La Carrière de Professeur de Fouad Ephrem Boustany
Pour connaître et juger Fouad Ephrem Boustany, sa personne
et son œuvre, une étude des étapes de sa carrière
professorale est édifiante. Depuis 1933, il est titulaire
de la chaire de Professeur d'histoire de la civilisation arabe et
d'institutions islamiques à l'Institut de Lettres Orientales.
Professeur d'Histoire et civilisation des Pays du Proche Orient
à l'Institut des Sciences Politiques (1945 - 1951) Professeur
de Littérature Arabe, de Philosophie Musulmane et d'Histoire
Arabe à l'Académie des Beaux-arts (1947-1951) Directeur
de l'Ecole Normale (1942-1953). Secrétaire Général
de la commission internationale de traduction des chefs d'œuvres
classiques depuis 1949. Recteur de l'Université Libanaise
(1953). Membre de la commission nationale de l'Unesco.
Fouad Ephrem Boustany est titulaire de vingt distinctions honorifiques
libanaises et étrangères notamment:
Ordre national du Cèdre (1970)
Ordre national tunisien (1956)
Ordre Alphonse le Saxant (Espagne 1952)
Ordre de Saint Grégoire Le Grand (1950) Vatican, etc...
Il est Docteur ès-lettres Honoris Causa de l'Université
de Lyon en 1957 de l'Université de Saint-Edouard Austin (Texas)
et de l'Université Georgetown (Washington) 1958.
L'Œuvre
de Fouad Ephrem Boustany
L'œuvre de Fouad Ephrem Boustany porte sur des études approfondies
sur la culture islamique et arabe, des traités socio-éducatifs,
des légendes du temps de l'Emir Béchir, des récits
historiques et des thèmes philosophiques dont le nombre s'élève
a plus d'une centaine. Mais il a fait mieux encore. Malgré
ses charges écrasantes de Recteur de l'Université
Libanaise, il a donné à la langue arabe, la grande
série de l'encyclopédie qui nous manquait (Tome 1
à 17), séries qu'il comptait achever.
Fouad Ephrem Boustany travaillait 14 heures par jour. Ses livres
sont extrêmement directs il dit ce qu'il pense, ce qu'il voit
il s'intéresse à tous les sentiments humains dans
ce qu'ils ont de plus général, il a toujours peint
la vérité, ainsi il a réalisé ce qu'il
y a de plus urgent en lui: être lui-même.
En Littérature
"Al Rawaeh" (1927) 57 ouvrages.
"Au temps de l'Emir" (1926). "Critique littéraire"
(1930) "Bagdad (1934) Alep (1938)". "Diwan de Nicolas
El-Turk" (1949); "Aristote" et "Al-Moutanabi"
1930) "l'Expression orale et le style chez les Arabes"
(1941).
En Histoire
"Le Liban au temps des Emirs Chéhab" (1933), ouvrage
écrit avec le Docteur Rustom.
"Le Liban
au temps de Fakhreddine" (1936).
"Histoire du Liban" (1937). "Al-Rachid" (1936).
"Cinq jours en Syrie" (1950) "Les Ommayades et les
Chrétiens d'Orient" (1938). "Le Liban Préhistorique"
(1946) "Mar Maroun" 3ème édition (1968)
"Le peuple Libanais" (1949) "L'historique de l'enseignement
au Liban" (1950).
Le Roman
"Au temps de l'Emir" (1926) 3ème édition
1952. "Pourquoi?" (1930) "Les traités éducatifs
et historiques". "Les témoins de l'ère de
l'Emir Béchir" (1948) "Le dialectal libanais"
(1951) "Al-Moutannabbi" (1946) "Le philosophe Al-Mouarri"
(1945).
Les Traductions
Fouad E. Boustany a traduit les œuvres du Père Lammens:
"Le Fikh musulman" (1933). "Le Hilm chez les arabes"
(1934). "La vengeance chez les Jahilites" (1935), "Al-Ahabiches"
(1936), "Les chrétiens de la Mecque avant l'Hégire"
(1937). "Le culte des prières a l'époque préislamique"
(1939), "Les Hauts-Lieux à l'époque préislamique"
(1939), "Mongid Al-Toullab" 8ème édition
(1966), le dictionnaire encyclopédique tome 1 à 16
(1972).
Voici un extrait du livre Studia Libanica
Les Grandes Etapes de l'Histoire de Beyrouth
A l'Aube de l'Humanité
Fondation de la ville par le Dieu El ou Ilyun, maître de Gebeil.
Il la confie à Bou Seydoun (Poseidon), dieu de la mer (de
Sidon), armé du trident. Notre ville serait donc postérieure
à Gebeil qu'on estime être la première ville
du monde, et postérieure à Sidon.
Quoi qu'il en soit, les habitants la nomment Birut (pluriel de bir
= puits) à cause de ses nombreux puits, dont il reste un,
encore de nos jours. C'est le Bir el-Krawyé, entre la place
Debbas et la rue Béchara el-Khoury.
A l'Epoque Cananéenne (Phénicienne)
Beyrouth est connue dès la fin du IVe millénaire.
Elle n'occupe qu'une place secondaire parmi les grandes cités
phéniciennes: Gebeil, Sidon, Sour... Mais son commerce paraît
très prospère. Elle exporte notamment le fer que l'Egypte
appelle: Beret, du nom de notre ville. Soumise à la souveraineté
des Pharaons vers le XVIe - XIVe s, elle retrouve son indépendance
vers le Xe s. avant J.C. Beyrouth est fière de compter parmi
ses enfants célèbres, à cette époque,
le fameux Sanchoniation, le père de l'Histoire, bien avant
Hérodote.
A l'Epoque Grecque
Beyrouth subit l'influence de la nouvelle civilisation. Elle ouvre
son port au commerce occidental, et son esprit à la culture
hellénistique. Beaucoup d'écrivains, de poètes,
d'orateurs, d'origine beyrouthine s'expriment agréablement
dans la langue d'Homère, tout en conservant leur propre langue
phénicienne ou araméenne, prouvant ainsi que le bilinguisme
libanais est aussi ancien que le Liban lui-même.
A l'Epoque Romaine et Byzantine.
C'est l'âge d'or de Beyrouth. Nommée pompeusement par
l'empereur Auguste: Colonia Julia Augusta Felix Berytus, elle se
voit dotée de tous les droits et privilèges inhérents
à toute colonie romaine: embellissements divers: temples,
forums, portiques, théâtre, hippodrome, thermes et
un aqueduc long de 240 m. (Qanatir Zbaydeh). Son pouvoir s'étend
sur la montagne environnante et sur toute la plaine de la Beqaa;
tandis que son commerce fait le tour de tous les marchés
de l'époque.
Plus important encore sur le plan culturel est sa fameuse Ecole
de Droit, fondée vers la fin du 2e siècle de notre
ère. Elle servit la culture juridique et littéraire,
par ses célèbres professeurs, les "Maîtres
Œcuméniques" (Papinien, Ulpien, Gaius, Anatolius...)
et par ses anciens élèves, dans le monde romain et
byzantin prés de trois siècles, et acquit à
la ville de Beyrouth le titre glorieux de Berytus nutrix Legum.
C'est également l'époque de l'expansion du Christianisme.
Beaucoup de saints, confesseurs et martyrs, illustrent le calendrier
de notre ville de cette période. Beaucoup d'églises
y sont également fondées. Et Beyrouth semble atteindre
son apogée spirituel, intellectuel et économique.
Toute cette prospérité fut anéantie d'un seul
coup par le fameux séisme de 551 suivi de plusieurs incendies
et d'un terrible raz de marée.
Beyrouth fut complètement détruite et 30.000 de ses
habitants périrent.
C'est à cette époque que nous voyons mentionner, pour
la première fois dans un texte littéraire, la forêt
de pins de Beyrouth. Nous sommes redevables, en effet, à
Nonnus, poète grec du IVe - Ve s, de la première description
poétique de la forêt dans laquelle il place une scène
importante de son épopée Dionysiaca. C'est le chant
XLII qui décrit la scène de la forêt. Et depuis,
la plupart des voyageurs, géographes, historiens de Beyrouth
réservent une bonne place à notre pinède. Au
douzième siècle, le géographe al-Idrisy parle
d'une forêt de pins de 12 milles de superficie, atteignant
la montagne du Liban. A la même époque, Guillaume de
Tyr, l'historiographe des Croisades, dit que les Croisés
employaient le bois de cette forêt à la construction
de leur machines de guerre. Un peu plus tard, Salih ibn Yahya, l'historien
de Beyrouth, assure que le Grand Emir Yalburga al-Umary fit construire,
en 1365, toute une escadre, du bois de la même forêt
pour attaquer Chypre. En 1411, un voyageur allemand prétend
que la superficie de la forêt n'était plus que de 2
milles. Mais Fakhr-ed-Din II s'en occupa au début du XVIIe
s. et augmenta notablement cette superficie. La dernière
description enthousiaste de cette forêt est celle de Lamartine
dans son Voyage en Orient, en 1830, où il croyait voir, à
travers les touffes d'arbres, les premières maisons de Baabda
(qu'une erreur typographique a transformé en Bagdad!).
Mentionnons également, à cette époque, la genèse
de l'histoire de St-Georges qui donna son nom a la belle petite
baie de Beyrouth, endroit présumé du combat du Saint
avec le Dragon, symbole de la lutte éternelle entre le bien
et le mal, lutte qui aboutit finalement à la victoire de
la spiritualité, de la justice et de l'esprit chevaleresque
sur la force brutale. Une petite église fut construite, il
y a très longtemps, à côté de la grotte
qui servait d'antre au terrible monstre, prés de l'embouchure
de Magoras, fleuve de Beyrouth. Les Musulmans, qui honorent le même
Saint sous le nom d'al-Hadir, se joignaient aux Chrétiens,
tous les ans, le 23 Avril, pour célébrer la fête
du Patron de la ville.
Depuis la conquête Arabe
Beyrouth eut, tour à tour, des heurs et des malheurs, sans
jamais occuper une place de choix. Sur le plan linguistique, mentionnons
la pénétration, lente mais sûre, de la langue
arabe. A côté des langues syriaque, latine et grecque,
Beyrouth se familiarisait avec la langue des conquérants.
A ses gloires intellectuelles des siècles passés,
elle ajouta, au VIIIe s, la figure humanitaire de l'Imam Auza'y.
Sous les croisés (1109 - 1187; 1198 - 1291)
Beyrouth connut les fastes d'une grande métropole, surtout
à la 2e époque sous la dynastie sage et éclairée
des contes d'Ibelin. Fortifications, palais, églises, poussaient
dans tous les quartiers. La cathédrale St-Jean-Baptiste construite
en 1110, et transformée en mosquée, au départ
des Croisés, existe toujours sous le vocable Mosquée
al-Umary.
L'Epoque des Mamlouks
Elle fut une époque de décadence pour notre ville.
Elle continua son commerce avec les ports italiens surtout. Mais
ce fut un commerce intermittent et soumis à beaucoup de dangers.
Les Emirs Buhturides gouvernaient la ville et les environs pour
le compte du Sultan du Caire et la défendaient contre les
attaques toujours possibles des "Francs".
Sous les Maan
Avec l'avènement des Ottomans (1516) c'est la famille des
Emirs Maan qui acquit la suprématie sur tous les princes
féodaux du Liban. Faher-ed-Din II, retour d'Italie en 1618,
éleva Beyrouth au rang de capitale, après Deir el-Kamar
et Saida. Il y construisit un grand palais, entouré de jardins
d'orangers et de grenadiers, selon les principes de l'architecture
florentine. Il restaura ses vieilles fortifications, agrandit son
port, étendit sa forêt de pins et l'ouvrit au commerce
européen comme aux missionnaires catholiques, spécialement
Capucins et Jésuites.
Sous les Chéhab
Cédant le pas a Deir el-Kamar, capitale de la Montagne, à
St-Jean-d'Acre et à Saida, principales ville de la côte,
Beyrouth redevient une ville secondaire.
Epoque Contemporaine
Elle ne devait reprendre sa prospérité d'antan qu'après
le départ de Béchir II, suivi des tristes événements
de 1840, 1845 et 1860, et partant, par l'exode de milliers de montagnards
vers la côte. Ce fut alors une montée rapide dans tous
les domaines: commercial, industriel, intellectuel, spirituel et
politique. Des centaines d'établissements: maisons de commerce,
filatures, fabriques, écoles, collèges et universités,
églises et mosquées, imprimeries, journaux et revues,
bains publics et théâtres, faisaient de Beyrouth la
véritable capitale du Liban bien avant la proclamation officielle
du 1er septembre 1920. Des 5.000 habitants qu'elle comptait au début
du XIXe siècle, elle peut s'enorgueillir des 600.000 à
700.000 qui se réclament d'elle de nos jours. Variété
de races, de religions, de langues et de mentalités. Une
véritable mosaïque humaine mais bien assortie, aux couleurs
vives parfois, mais toujours harmonieuses.
Conclusion
Portant allégrement ses 88 ans, Fouad Ephrem Boustany est
un des Libanais dont le nom est mondialement connu. Fils de la montagne,
il est demeuré simple. De ses séjours à Deir
El-Kamar et à Beyrouth, il a acquis une précieuse
expérience des milieux ruraux et citadins.
Converser avec Fouad E. Boustany est toujours un plaisir, que cette
conversation se confine à la vie sociale ou qu'elle s'élève
au niveau de la politique ou de la culture, elle donne toujours
lieu à des réparties savoureuses de notre grand écrivain
qui marie avec une égale dextérité l'humour
quand il s'agit de propos frivoles et la logique toute cartésienne
quand on aborde des sujets graves de l'actualité.
Disons pour terminer que Fouad Ephrem Boustany par ses idées
largement humaines, ses recherches historiques et littéraires,
ses vues philosophiques et morales s'appliquant aux problèmes
contemporains, reste l'un de meilleurs écrivains de langue
arabe.