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Farid Aouad 1924 - 1982

Biography and Statement:

Farid Aouad was born at Al Maydan in the south of Lebanon in 1924. He studied at ALBA (Lebanese Fine Arts Academy) from 1943 until 1947. He then went to Paris where he spent one year at the Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts and, from 1948 until 1951, he worked in the studios of Othon Friesz and André Lhote.

Aouad returned to Lebanon where he remained for seven years, but in 1959 he settled permanently in Paris. The last years of his life were spent in poverty and ill-health.

He has held numerous exhibitions both in Lebanon and abroad. He exhibited at Galerie Cazeneuve and in the Salon des Réalités Nouvelles (1963, 1964). He also held an exhibition in Sulsbach-Murr in Germany (1969) and at Galleria La Barcaccia, Rome (1972).

Since the end of the 1960's he has followed the experimental school and there acquired that ardor in seeking a logical response to the problem of the relation between man as plastic enigma and the cosmos as infrastructure of a violence which reveals the secret of this enigma.

The art of Farid Aouad may thus be considered from a dual point of view: as a conscious attempt to exploit the durable techniques of the various experimental schools that were master of the field at the beginning of the Seventies, and yet it is equally
the product of the stubborn quest by this artist who has now acquired the right to go beyond his provincialism in order to resolutely tackle the path of artistic research on an international level.

However, with Farid Aouad the quest for adventure is not carried out at the expense of his work but rather at that of the idea we might give ourselves of his future production. From this point of view, he may become one of those rare witnesses of artistic boldness in a generation of Lebanese artists that is nevertheless very rich.

In 1982, the year of his death, Aouad was paid a special tribute by the Sursock Museum, along with other artists who had died since 1975.

In French:

La place des Martyrs, ou place des Canons, à Beyrouth, a joué, pour Farid Aouad, un rôle mythique et fondateur. En ce lieu propice à l'observation du spectacle du monde, il a occupé, dès l'enfance, une chambre du meublé que tenaient ses parents, au début de la rue Gouraud. Il est resté attaché toute sa vie à cette géographie humaine, au point qu'installé à Paris, c'est à des lieux semblables qu'il tenta de recourir pour catalyser sa peintre, par une sorte de fixation émotionnelle.

Farid Awad est le contraire de l'artiste "professionnel". C'est un créateur. "Je produis peu", dit Aouad, à cause de mon tempérament et de mon caractère. Ma conception de la peinture me porte à une telle sévérité que j'ai constamment envie de détruire et de recommencer mon œuvre, de traiter la même toile très longuement."

Faid Awad est né en 1924 au village de Maidan (Caza de Jezzine, Liban-Sud). Il étudie à l'Académie Libanaise des Beaux-Arts (1943-1947). En 1947 il va à Paris achever sa formation à l'école Nationale des Beaux-arts durant une année, puis à l'atelier d'Othon Friesz et à celui d'André Lhote.

En 1951 il revient à Beyrouth. Et après une série d'exposition, il s'établit en 1959 à Paris tout en faisant de brèves apparitions au Liban pour y exposer ses œuvres.

Les critiques soulignent l'affinité de son art avec celui des peintres existentialistes français. Cela se manifeste dans "le choix des couleurs volontairement pauvres, révélatrices d'un pessimisme douloureux atténué cependant par quelques taches jaunes ou turquoise qui y remettent un peu d'espoir". Plus précisément, certains critiques le classent parmi les artistes du Montparnasse. En tous cas, Farid Aoud qui, durant sa vie à Paris, a connue ces dernières manifestations bizarres qualifiées d'art moderne ne s'intéresse qu'au "visible". En même temps il imprime à sa vision une sorte de lyrisme poétique.

Dans toute sa peinture il apparaît comme un de ces "chevaliers d'antan" qui durant la période intermédiaire entre l'impressionnisme et l'Art abstrait on été les derniers bastions de l'Art gréco-romain ou du classicisme académique. Lui aussi a fréquenté les bars et les a peints ainsi que les ports avec le va-et-vient des gens, et les tunnels du métro. Mais en cela il ne faisait qu'obéir à un appel intérieur.

A Beyrouth, il s'accroupissait à même le sol, au Souq an-Nouriyyé (marché aux légumes) et il dessinait l'ensemble de la scène, le port, les gens et les choses. Ses couleurs étaient pâles, évanescentes, comme s'il les avait frottées avec un bout d'étoffe mais elles étaient l'expression d'un tempérament romantique.

A Paris, sa vision, ses couleurs et ses lignes on dû s'harmoniser avec un style de peinture déterminé qui met en relief l'aspect dynamique du monde, grâce à une interprétation sentimentale à base de réminiscences et de sensations.

Sur le plan de la sensibilité, la peinture de Faird Aouad se rattache au réalisme lyrique et romantique. En même temps son coloris donne lieu à un combat d’un genre unique avec la couleur blanche capable d'animer comme de tuer un tableau. Car Awad s'entête à vouloir domestiquer la couleur blanche, à l'incorporer à toutes les autres. Il est persuadé qu'elle est la plus adéquate pour donner à la toile un cachet romantique et musical. Autrement dit, il veut faire de la couleur de base dans laquelle il incruste les autres.

Cette expérience durera peut-être toute sa vie. Mais une chose est certaine: il ne reviendra pas en arrière. En outre il tient avant tout à la construction parfaitement équilibrée de la toile (Parmi ses expositions à l’étranger : Galerie Cazenave à Paris en 1964 ; Salon « Réalités Nouvelles à Paris en 1964 et 1965 ; Sulsbach-Murr, en Allemagne en 1969.)

Extrait du Dictionnaire de la peinture au Liban – Michel Fani

(...) Aouad vivait peut-être trop intensément sa propre situation pour avoir conscience de la dimension tragique qu'elle impliquait et qui l'eût dévoré s'il en avait pris la mesure. Il n'en a pas moins vécu son existence comme quelque chose qu'il lui fallait volontairement poursuivre dans la solitude, la détresse, le désarroi absolus, auxquels il ne pouvait échapper s'il voulait continuer à peindre. Il avait cessé de lutter avec la couleur, derrière la porte de l'atelier, et n'arrivait plus à chasser les ombres, les désordres, les mystères auxquels il n'est pas de réponse. Le monde lui apparaissait sans joie possible, dépourvu du bonheur de peindre. Il luttait avec les formes qu'il fallait quitter, et celles de ce monde ne lui disaient plus rien, puisque celles qu'il connaissait par la peinture lui étaient désormais inaccessibles et celles auxquelles il accédait étaient figées dans le seul contraste du noir et du blanc. Comme si un voile eût tout couvert et qu'il lui eût fallu éteindre ce soleil noir pour retrouver la forme reconnaissable d'un ultime souvenir. Ses dernières toiles ne sont que souffrance et détresse, au-delà même de la lassitude et du désenchantement. Elles récusent la peinture comme histoire, continuité, et dressent, de manière abrupte, le constat d'un refus de peindre pour les vivants et d'une volonté de le faire pour le peuple de morts qu'étaient les vivants à ses yeux.

Il fallait qu'il revécût sur la toile le sujet qu'il devenait lui-même et qui se transformait en objet de cette toile. Il se rendait volontairement vulnérable. Il ne pouvait répondre à l'identité picturale que par la répétition, le transfert émotionnel de Beyrouth à Paris, un questionnement du moi qu'il ne parvenait pas à alléger. Il a voulu, en quelque sorte, passer d'un tragique intérieur que toutes les formes du monde exprimaient par la couleur, à un monde extérieur où, formes et couleurs se donnant plus volontiers, la liberté semblait donnée de surcroît.

Sa dérive solitaire semblait faire tout tourner au drame; plus jouait le désir d'identification, et plus il paraissait se désindentifier, plus s'émoussait l'émotion première; elle ne subsistait plus que dans la touche, le travail pictural même. Sa période abstraite n'a été – on le constate de façon frappante – qu'une crise du réel. Il fallut découper, pour les encadrer, les parties peintes de toiles qu'il ne pouvait mener à leur terme. Mais il serait injuste de lui faire le reproche de n'avoir pas suivi le courant de l'abstraction. Il avait une passion pour Kandinsky et Pollock et possédait l'inébranlable conviction qu'une peinture devait être absolument soutenue par un homme.

On a parfois le sentiment qu'Aouad n'a pas pu cultiver son autonomie pour toute une série de raisons – atelier trop exigu, toiles de petites dimension ou harcèlement de la misère. L'homme qui toussait et crachait le sang dans son atelier de la rue des Haies n'était pas un artiste maudit. Mais il peignait le souvenir d'un monde où la couleur n'était plus, comme un aveugle qui titube dans le noir.

Avec Aouad s'acheva, pour la peintre libanaise, le temps où il était possible de peindre dans l'innocence et de se croire délivré du monde par la couleur. Il marque aussi la fin de la possibilité d'une lecture romantique de cette peinture. Du même coup, il inaugurait, pour sa génération, toutes les possibilités de la réussite, et dessinait les limites de l'échec dans le dialogue avec Paris, face au piège que tend une ville à tel point soucieuse des apparences qu'elle finit par faire oublier l'essentiel. Mais lui précisément, voulait aller à l'essentiel en se fiant aux apparences. Quand il comprit que la peinture ne relevait que de la peinture, il était déjà malade, et ses forces amoindries ne lui permettaient plus que de saisir une chose: les formes du monde les plus incompréhensibles n'avaient pas à être comprises. Peindre: vieille lutte pour la durée, pour apprendre à vieillir.

Une partie du drame pictural tient à l'écart entre les moyens utilisés et les formes données à ces moyens. Aouad ajouta à cette problématique la fraîcheur et la détresse d'un regard sur le monde, conscient qu'il n'y trouverait pas de réponse à tout ce qui le rendait vulnérable. C'est pourquoi, de toute chose, sa peinture ne pouvait qu'être le reflet dans un miroir, dépourvue de l'illusion d'aller au-delà de ce qu'elle montrait. Il ne lui restait que sa propre souveraineté, le désir de la préserver et de peindre au plus près de cette exigence. Il lui fallait tout dire d'un seul coup, dans une urgence absolue. Il se savait acculé et malade. S'il fut mené par la situation et sa culture à des images convenues il n'en apparaît pas moins, avec le recul du temps, comme ayant exploré tout le domaine de la figuration libanaise des années cinquante. Ne disposant pas des moyens de détruire la sorte de naïveté qu'on lui prêtait, il demeura obstinément seul face à un monde qui le blessait. Mais s'il avait eu ces moyens, s'il avait pu comprendre, eût-il mesuré les conséquences de ce qu'il aurait compris? Un enfant regarde obstinément le monde. L'homme qui porte en soi cet enfant continue de la regarder comme au premier jour, comprenant que le monde recèle une signification et que la violence de celle-ci va bien au-delà de l'intelligible. Ce fut une émotion avouée et dévastatrice qui le mena au bord de l'autisme. L'artiste, en lui, se trouve alors confronté à l'impossible formulation de l'image interdite, celle de l'horreur et de la répétition du souvenir. Cette image, il est impossible de la peindre, non du fait de l'interdit social qui pèse sur elle, mais en raison d'un nœud émotionnel et affectif. Il y a là une rupture dans la peinture dont l'explication n'est pas psychanalytique mais tient au rapport à l'image, où la vérité est liée à la terreur. Le peintre y est, tel le témoin innocent d'un meurtre, coupable du seul fait du partage du regard. Ainsi Aouad ne pouvait il plus communiquer avec le monde que par l'image, mais ne pouvait pas partager les images des autres: solidaire et dépossédé du même coup. (...)

►► Some of the artist's artwork

Contact: editorial@onefineart.com

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