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Amin Maalouf: Quelques livres de l'écrivain:

Les Echelles du Levant - Roman

"Echelles du Levant", c’est le nom qu’on donnait autrefois à ce chapelet de cités marchandes par lesquelles les voyageurs d’Europe accédaient à l’Orient. De constantinoples à Alexandrie, en passant par Smyrne, Adana ou Beyrouth, ces villes ont longtemps été des lieux de brassage où se côtoyaient langues, coutumes et croyances. Des univers précaires que l’Histoire avait lentement façonnés avant de les démolir. Brisant, au passage, d'innombrables vies.

Le héros de ce roman, Ossyane, est l’un de ces hommes au destin détourné. De l’agonie de l’Empire Ottoman aux deux guerres mondiales et aux tragédies qui, aujourd’hui encore, déchirent le Proche-Orient, sa vie ne pèsera guère plus qu’un brin de paille dans la tourmente. Patiemment, il se souvient et il raconte son enfance princière, sa grand-mère démente, son père révolté, son frère déchu, son séjour en France sous l'Occupation, sa rencontre avec sa bien-aimée fugitive, Clara, leurs moments de ferveur, d'héroïsme et de rêve ; puis la descente aux enfers.

Dépossédé de son avenir, de sa dignité, privé des joies les plus simples, que lui reste-t-il ? Un amour en attente. Un amour tranquille mais puissant. Peut-être, en fin de compte, plus puissant que l'Histoire.

Le Rocher de Tanios -Lire un extrait-

"Dans le village où je suis né, les rochers ont un nom. Il y a le Vaisseau, la Tête de l'ours, l'Embuscade, le Mur, et aussi les Jumeaux, encore dits les Seins de la goule. Il y a surtout la Pierre aux soldats; c'est là qu'autrefois on faisait le guet lorsque la troupe pourchassait les insoumis; aucun lieu n'est plus vénéré, plus chargé de légendes. Pourtant, lorsqu'il m'arrive de revoir en songe le paysage de mon enfance, c'est un autre rocher qui m'apparaît. L'aspect d'un siège majestueux, creusé et comme usé à l'emplacement des fesses, avec un dossier haut et droit s'abaissant de chaque coté en manière d'accoudoir - il est le seul, je crois, à porter un nom d'homme, le Rocher de Tanios.

Tel est le début de ce roman où le lecteur fera provision d'énigmes, d'émotions et de péripéties. On y rencontre, entre autres, un muletier savant, un cheikh prénommé Francis, une prostituée géorgienne, un patriarche que la Mort attend, embusquée derrière le fusil du consul d'Angleterre, et cette femme, Lamia, qui porte sa beauté comme une croix. On y rencontre, surtout, un jeune homme aux cheveux déjà blanchis, et qui devint par hasard ou par fatalité, le héros d'une étrange légende.

Le Rocher de Tanios est, enfin, un roman d'aventures et de fidélité. On y entend le bruit de ce Destin qui "passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne".

Les jardins de lumière - Roman

Les Jardins de lumière, c'est l'histoire de Mani, un personnage oublié, mais dont le nom est encore, paradoxalement, sur toutes les lèvres. Lorsqu'on parle de « manichéen », de « manichéisme », on songe rarement à cet homme de Mésopotamie, peintre, médecin et prophète, qui proposait, au IIIe siècle de notre ère, une nouvelle vision de monde, profondément humaniste, et si audacieuse qu'elle allait faire l'objet d'une persécution inlassable de la part de toutes les religions et de tous les empires.

Pourquoi un tel acharnement? Quelles barrières sacrées Mani avait-il bousculées? Quels interdits avait-il transgressés?

"Je suis venu du pays de Babel, disait-il, pour faire retentir un cri à travers le monde".

Plus que jamais, en cette époque déroutante qui est la nôtre, son cri mérite d'être entendu. Et son visage redécouvert.

C'est à Mani que ce livre est dédié, c'est sa vie qu'il raconte. Sa vie, ou ce qu'on peut en deviner encore après tant de siècles de mensonge et d'oubli.

Samarcande - Roman

Samarcande, c'est la Perse d'Omar Khayyâm, poète du vin, libre penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hassan Sabbah, fondateur de l'ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l'Histoire.

Samarcande, c'est l'Orient du XIXe siècle et du début du XXe, le voyage dans un univers où les rêves de liberté ont toujours su défier les fanatismes.

Samarcande, c'est l'aventure d'un manuscrit né au XI siècle, égaré lors des invasions mongoles et retrouvé six siècles plus tard.

Une fois encore, nous conduisant sur la route de la soie à travers les plus envoûtantes cités d'Asie, Amin Maalouf nous ravit par son extraordinaire talent de conteur.

A la suite d'Edgar Allan Poe, il nous dit "Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande! N'est-elle pas reine de la Terre? Fière, au-dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées?"

Léon L'Africain

Cette autobiographie imaginaire part d'une histoire vraie. En 1518, un ambassadeur maghrébin, revenant d'un pèlerinage à la Mecque, est capturé par des pirates siciliens, qui l'offrent en cadeau à Léon X, le grand pape de la Renaissance. Ce voyageur s'appelait Hassan al-Wazzan. Il devient le géographe Jean-Léon de Médicis, dit Léon l'Africain.

Ainsi, après avoir vécu à Grenade, sa ville natale, a Fès, à Tombouctou, au Caire, à Constantinople, Léon passe plusieurs années à Rome, où il enseigne l'arabe, écrit la partie hébraïque d'un dictionnaire polyglotte, et rédige, en italien, sa célèbre "Description de l'Afrique", qui va rester pendant quatre siècles une référence essentielle pour la connaissance du continent noir.

Mais plus fascinante encore que l'oeuvre de Léon, c'est sa vie, son aventure personnelle, que ponctuent les grands événements de son temps: il se trouvait à Grenade pendant la Reconquista, d'où, avec sa famille, il a dû fuir l'Inquisition; il se trouvait en Égypte lors de sa prise par les Ottomans; il se trouvait en Afrique noire à l'apogée de l'empire de l'Askia Mohamed Touré, il se trouvait enfin à Rome aux plus belles heures de la Renaissance, ainsi qu'au moment du sac de la ville par les soldats de Charles Quint.

Homme d'Orient et d'Occident, homme d'Afrique et d'Europe, Léon l'Africain est, d'une certaine manière, l'ancêtre de l'humanité cosmopolite d'aujourd’hui. Son aventure méritait d'être reconstituée, d'une année à l'autre, d'une ville à l'autre, d'un destin à l'autre.

On pouvait difficilement trouver dans l'histoire personnage dont la vie corresponde davantage à ce siècle étonnant que fut le XVIe. A cela s'ajoute le style d'Amin Maalouf, celui d'un grand écrivain.

Les croisades vues par les Arabes -Lire un extrait-

"Chaque fois que nous évoquons les croisades, c'est à travers les récits des croisés. Mais il y a aussi ceux qui ont été envahis par les croisés, et qui étaient les habitants de ces territoires. Justement, Amin Maalouf publie chez Jean-Claude Lattès Les croisades vues par les Arabes. Voilà l'autre bout de la lorgnette! Il faut bien constater que les versions orientales et occidentales ne coïncident guère. Nous avons, nous écrit notre propre vision; pendant ce temps, ils ont écrit la leur. C'est pourquoi cette nouvelle histoire des croisades ne ressemble à aucune autre".
Alain Decaux - L'Académie française, France Inter

"Un ouvrage remarquable qui complète plus qu'il ne contredit celui de René Grousset".
Eugène Mannoni, Le Point

"Amin Maalouf a écrit une histoire attachante, agréable à lire, qui constitue une image renversée de ces contes de fées que sont pour nous les croisades"
The New Yorker

"Les croisades vues par les Arabes nous offre une perspective inhabituelle de la confrontation entre l'Europe occidentale chrétienne et le Moyen-Orient musulman"
The Economist, Londres

Les Identités meurtrières

"Depuis que j’ai quitté le Liban pour m’installer en France, que de fois m’a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde si je ne me sentirais pas "plutôt français" ou "plutôt libanais". Je réponds invariablement: "L’un et l’autre!" Non par quelque souci d’équilibre ou d’équité, mais parce qu’en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est cela mon identité…"

Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d’assumer en toute liberté ses diverses appartenances? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entre-tuer au nom de leur identité?

C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir.

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