L'histoire
du théâtre libanais est une nouvelle merveille avec
le spectacle "Viva la Diva", interprété
par Randa Asmar, sur un texte de Hoda Barakat et une mise en scène
de Nabil el Azan est toujours à fleur de peau. Nayla
Rached, Agenda culturel no. 379, 2010
"Viva
la Diva" Un spectacle qui ne vous lâche pas.
Randa Asmar est seule
sur scène. Elle accueille les spectateurs, assise sur sa
chaise postiche, lunettes et manteau noirs, rouge écarlate
aux lèvres. C'est une Diva.
Une comédienne
qui a l'apparence d'une diva. Mais en fait, elle n'est plus la diva
qu'elle était ou qu'elle aurait rêvé être.
Elle n'est plus qu'une comédienne libanaise, ayant dépassé
l'âge de la gloire, l'ère de la gloire. Elle qui, pré-1975
a interprété les rôles les plus prestigieux,
de Maria Callas à Antigone, elle est là, seule, dans
"un pays paralysé" où les comédiens
n'ont plus leur place, réduits à doubler des feuilletons
nous venant d'Amérique latine. Elle est là, seule,
à rêver du Canada où elle compte rejoindre son
neveu. Le Canada ou ailleurs, qu'importe. Une terre promise aux
Libanais à qui la chance n'a pas souri, comme ils le désiraient.
Mais la chance auraient-elle souri ailleurs? Sourira-t-elle ailleurs?
Cet ailleurs convoité peut-il changer le destin d'une femme,
d'une comédienne, d'une artiste, d'une Libanaise? C'est la
souffleuse qui lui lance cette idée, en voix-off, la souffleuse
qui s'anime via l'affiche de la pièce, projetée sur
scène. Un dialogue s'instaure alors entre la comédienne
et sa souffleuse, entre la comédienne et sa conscience, entre
la comédienne et sa mort qui guette.
- Oum Koulthoum n'a pas
eu besoin de voyager pour briller.
- Mais l'Egypte est un très vaste pays
- Et Fairuz, alors?
- Fairuz n'est pas une femme. Elle est un ange. Elle a inventé
un pays...
Voici en quelques répliques,
une ébauche d'un texte merveilleux, signé Hoda Barakat.
Un texte qui vous empoigne à votre insu et ne vous lâche
plus une seule seconde. Randa Asmar donne magnifiquement corps à
ce texte, oscillant entre humour et ironie, violence et douceur.
Le mot est révélé, sans subterfuge, sans maquillage,
la merde côtoie l'ange, la guerre s'oppose au théâtre,
les miliciens font face à leurs victimes, les barrages se
meuvent contre la mémoire d'Abou Salim, de Fehmen, de Saadallah
Wannous, de Jalal Khoury...
D'un coup, la salle est
plongée dans le noir, l'image de la souffleuse se consume,
le décor devient oppressant. Cinq postes de télévision
éclairent la scène dans un grésillement de
fin de transmission. La comédienne est seule dans le noir,
dans la nuit. Le délire s'intensifie, la logorrhée
s'accentue...
Un parfait jeu de miroirs
est au cœur de la pièce, exacerbé par la mise en scène
épurée de Nabil el-Azan. Chaque mot, chaque détail,
chaque geste, renvoie à un délire chaotique ou tout
s'éclaircit d'un coup quand vibrent vos sens. Tout renvoie
à un "pays de merde, un pays paralytique", dont
la blessure ranime une tendresse incontrôlée. "Viva
la Diva" est un spectacle inoubliable autant par le texte poignant
de Hoda Barakat, que l'interprétation passionnelle de Randa
Asmar et la mise en scène subtile de Nabil el-Azan.
"Viva la
Diva" revient du 13 au 24 Octobre au Théâtre Babel.
Nayla
Rached, Agenda culturel no. 379, 2010
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