Un Phénicien des temps modernes -SUITE- © Dr Joseph HARB
Rêves et perspectives
L’hiver ralentissait davantage l'entrain de ces villes d'Orient. En cette saison, les hommes suivaient de près le rythme de la nature, tout était en dormance hormis la neuvaine de Noël qui précipitait les gens dans les églises. Le froid étant source de toute maladie, à l'heure des vêpres, il fallait les voir tout vêtus d’étranges accoutrements : emmaillotés de la tête aux pieds comme les santons d'une crèche vivante. Dans la journée les mères de famille s’affairaient à élaborer les desserts et à sortir de la réserve les fruits secs minutieusement préparés depuis la fin de l'été. Figues, abricots, dattes et raisin rendaient une lueur de soleil à ces nuits de veillées qui se profilaient après les offices et alimentaient l'imaginaire des conteurs et des lecteurs de fables et d'épopées.
L'originalité de EID tenait entre autre à un fort accent nordique qu'il n'a jamais contrarié ou dissimulé, quand il racontait ses histoires, elles avaient une saveur de montagne.
Tel cet ours qui rôdait près de Tannourine dans la forêt de noyers, il avait été repéré à plusieurs reprises aux alentours de la ville ; les rumeurs les plus extravagantes circulaient sur ses intentions quand les bergers perdaient une bête hormis les attaques de loups à la pleine lune. Avant d’atteindre la ville, la nuit tombante surprit un étranger qui décida de se hisser sur un majestueux noyer au bord de la route. Il se cala contre le tronc, enfourchant une grosse branche, ainsi suspendu en pleine lune à l'abri de toute mésaventure. Les lueurs de la ville se devinaient au loin. Fatigue, faim et froid le plongèrent dans le sommeil malgré l’inquiétude qu'inspirait sa situation. Au début quelques bruissements sollicitèrent sa vigilance, il s’employa à conforter sa position et finit par s'en accommoder pour dissiper les peines de sa traversée. Il s'avisa de délier le ruban qui le ceinturait et s'attacha au fût. Au beau milieu de la nuit, il fut secoué à plusieurs reprises par l’ébranlement de l'arbre comme s’il voulait se débarrasser de son hôte, bien entendu il essaya de bouder son infortune. La dernière secousse résista à son entêtement et finit par le réveiller dans le désordre. Notre homme se ressaisit, ramassa ses sens et ses membres dispersés pour se cramponner solidement au tronc. Le bruit de quelques branches cassées lui fit ouvrir grand les yeux, il se retourna et vit au clair de lune une main tendue pleine de noix écrasées. Il hurla de colère : au diable les noix ! Surpris, l'ours recula et dévala l'arbre de toute sa masse. Dans la frayeur, notre homme se détacha du haut de son perchoir et chevaucha la route en hurlant sa terreur pour se donner courage dans le monde des fauves. Au village, il fut recueilli et apaisé et ce n'est pas sans réticence qu'il accepta de conduire la battue jusqu'au lieu-dit. L'ours les attendait paisiblement au pied de l’arbre, l’agitation tourna court à la curiosité devant le gisant de la bête. Depuis on surnomma l'arbre : le noyer de l'ours.
EID amusa l'assemblée comme à l'accoutumée ; les jeunes de son âge avaient rarement droit au chapitre. Quand les adultes s'affairaient en milieu de soirée autour des jeux de cartes ou de jacquet, les jeunes faisaient leur cercle en retrait pour discuter entre eux.
Très jeune il déserta l'école de la paroisse tout comme sa sœur Atf, lui pour seconder son père dans les champs et Atf sa mère à la maison. Tannourine est un haut lieu du Nord du Mont Liban où prend source la rivière Des Noix. C'est un plateau posé sur les cimes d’une montagne comme sur le dos d'un chameau avec des cols en avant et en arrière. L'entrée de la ville reste impressionnante, gardée par le jambage de deux rochers géants à peine entrouverts par génie juste pour laisser à l’homme l’accès à ce paradis ; elle se trouve immédiatement barrée par une immense tour en roc qui veille sur les lieux. La famille était installée au cœur de la ville mais possédait des terres et un pâturage au col du Hariss qui trône en hauteur et domine le paysage. Là, ils passaient les estives dans une ferme où ils cultivaient céréales et fruitiers grâce à une source qui donnait vie à l’endroit. Les lièvres hantaient toute cette contrée et leurs galeries finissaient dans le poulailler où ils avaient élu domicile. La ferme était restée à l'abandon une quinzaine d'années pendant les événements du Mont Liban. EID n'avait que deux ans quand son père avait laissé les armes pour reprendre le chemin des champs.
A l'âge de quinze ans EID rejoignit son aîné Tannous au service d'un riche négociant de Tripoli Mohammed Afandi Sabbagh. De taille moyenne, robuste et bien bâti, son agilité était en harmonie avec son caractère irritable malgré sa trompeuse réserve naturelle. Il était employé à l'entretien de l'exploitation comprenant un grand jardin d'agrumes et des écuries ; il prit la relève de son frère qui fut promu à veiller sur les affaires commerciales de Mohammed Afandi, devenant ainsi son régisseur. Le petit frère Jiris, était désormais seul à s’occuper de la ferme auprès de son père.
Ce fut leur oncle Michael qui avait ouvert la voie vers Tripoli des années auparavant. Il avait été propulsé dans un comptoir d'import-export sur l'échelle du levant par un gentilhomme influant de Tannourine de la famille Tarabey. Mohammed Afandi avait souvent recours à Michael pour son commerce et c'est ainsi qu'ils étaient entrés en confiance.
EID s'appliquait dans son travail et donnait entière satisfaction à son employeur ainsi qu'à sa famille. Il passait ses meilleurs moments au port chez son oncle à observer embarquements, débarquements, chargements, déchargements et le va-et-vient des passagers ; les ballets du port lui donnaient envie. Il avait lié quelques relations avec des matelots et des pêcheurs qui l'amenaient quelquefois dans leurs petites embarcations juste de quoi avoir le mal de mer, ce n'était pas du goût de l’oncle. Plein de curiosité, il n'avait cesse d'importuner Michael qui restait néanmoins évasif devant les tentations obsessionnelles de son neveu. Il se contentait de lui raconter l'historique du port animé jadis par les commerçants de Marseille le plongeant ainsi dans le passé par crainte du futur, il redoutait les reproches de Boutros quant aux désirs du petit.
Il lui fit le récit des consuls de France à l'échelle de Tripoli et de leurs drogmans (traducteurs attitrés) : une lignée de Tarabey de père en fils avec le prestige et les déconvenues de leur fonction. Etant des intermédiaires de première ligne dans les tractations entre le consulat et les gouverneurs, ils étaient toujours suspects aux yeux des Turcs. Par leur notoriété auprès des consuls, ils avaient sauvé des vies y compris celle du patriarche contre les assauts des Métoualis au siècle dernier. Sous Napoléon Ier, le consul en personne avait été menacé par le pacha de Tripoli, son drogman Tarabey avait voulu le mettre à l'abri à Tannourine mais il s'avisa de le confier au père de Youssef Beck KARAM pour ne pas éveiller les soupçons du pacha.
EID enregistrait tous ces récits en gardant les yeux rivés sur l’horizon et revenait toujours pour en écouter d'autres avec une religiosité qui seule lui permettait de baigner dans l'ambiance maritime. Il savait pertinemment que son oncle s'esquivait par mille emphases à ses questions incessantes au point de le désespérer. Au bout de trois ans passés à Tripoli il était conscient que l'issue se trouvait ailleurs peut-être à Beyrouth ; l'idée lui était venue un an auparavant lors d’une visite chez sa tante à HADATH.
Nous étions en plein carême, EID était allé voir un caravanier de la ville dénommé Asseed Bésile afin d’organiser son expédition à Tannourine pour les Pâques. Asseed était un jeune homme jovial et accueillant, n'hésitant pas à pousser la chansonnette et à improviser quelques vers après un verre d'arak. Le hasard fit qu’il devait aller dans le Nord chercher une commande de sésame et de crème de caroube pour le moulin de haléoué au début de la semaine sainte. De la sorte, EID passa les fêtes de Pâques en famille pour la joie de sa mère et le désespoir de son père quand il lui eut décliné son dessein de prendre le large. Boutros soupçonna Michael de l’avoir inspiré à défaut de lui avoir inculquer cette folie. EID rétorqua que Michael se refusait à l'aider et se contentait de faire voyager les autres ; il lui racontait toutes les histoires du port sans s’intéresser cependant à la sienne. Après quelques jours, la colère de son père tomba sous l'effet des retrouvailles, des festivités et surtout de sa femme. Un soir il isola son fils pour le confesser et lui reprocher sa fugue permanente de la ferme, de la maison, de Tannourine, de Tripoli et maintenant de HADATH :
-- de plus en plus étranger mon fils même dans ton propre pays, un nomade pire un bédouin. EID rétorqua :
-- je veux être mon propre patron, un vieux sage m’avait dit : « mieux vaut être la tête d'un chien que la queue d'un lion. »
-- tu comprends mon fils, quelle joie un père peut éprouver en perdant son fils à jamais, rien que pour de l'argent ? !
-- je promets de revenir.
-- à part les oiseaux je n'ai vu revenir personne.
-- je finirai par revenir comme un oiseau, j'aime bien la confusion régnante des ports. Si tu bénis ma démarche, tu me donneras la force de revenir.
-- rappelle-toi toujours que tu es un maronite libanais, deux choses tu ne trahiras: « ta Foi et ta Patrie ». A quand ce départ et vers où ?
-- au Brésil à la fin de l'année prochaine, dès que j'aurai mon passe (passeport).
-- juste avant tu repasseras par la maison et tu auras ma bénédiction.
Sur ces bonnes paroles, il rebroussa chemin vers HADATH le cœur léger avec la bénédiction forcée de son père et les larmes languissantes de sa mère. Au retour il était autant chargé de sentiments que lesté de produits de la montagne: quichque (farine de blé au lait caillé), fromages, noix et autres marchandises destinées à sa tante ; une gourde d'arak et une tresse de tabac pour l’oncle, le tout bien emballé dans deux tapis en poil de chèvre qui équilibraient le bât de l'âne qui l’attendait. Jiris devait l'accompagner pour ramener la monture. Ils prirent le chemin en badinant et en se racontant leurs histoires.
À la sortie de la ville, EID se retourna pour faire ses adieux à sa terre natale et se rendit compte de la solennité du moment : cette porte naturellement austère et fortifiée se refermait derrière lui. Il décida d'emprunter la route de Byblos pour se dépêcher au mieux vers son destin. Jiris avait déjà quinze ans et souhaitait épouser la voie de son frère vers Tripoli mais il était très sensible aux injonctions de sa mère pour rester au bercail. Depuis le mariage de Atf il était seul à veiller sur les parents. Doté d'une âme sensible, il continuait à fréquenter l'école paroissiale pour s'instruire et peut-être un jour se cultiver. Il s'évertuait à servir la messe et à lire les Saintes Ecritures en syriaque pour le bonheur de son curé. Sans avoir de vraies manières, il restait le plus délicat de sa fratrie, entre poésie et romantisme. Dans ses confidences, Jiris avoua son admiration pour les Tarabey qui parlaient le français à la maison afin d’initier leurs enfants à prendre la relève et perpétuer ainsi la tradition. Ceci leur dispensait quelques risées déplacées en ville. Avec émotion EID venait de découvrir la maturité de son frère et fut envahi d'affection.
Arrivés à Byblos, EID conduisit Jiris au marché où il croisa la caravane du nord chargée de sel, prête à partir vers Beyrouth. Il acheta une livrée de sel et donna quelques pièces à son frère pour ramener une jarre, des cruches et quelques poteries à la maison. Après une longue accolade il partit en chevauchant.
Le prélude
Il s'était fait des amis parmi les familles nordiques installées à HADATH en quête de quelques affaires ou à la fuite d'autres. Les KARAM présidaient au destin de la paroisse Notre-Dame en la personne du curé et de sa nombreuse filiation. Les affinités entre les gens du nord viennent naturellement, un des fils KARAM vivait au Brésil, raison de plus. Après avoir réconforté sa tante, EID alla confesser ses projets au curé. En signe d'amitié, le révérend appela son fils aîné, le cheikh Tanous pour faire lecture de la dernière lettre de Rio de Janeiro où son fils semblait plutôt heureux, il était journaliste et poète des immigrés du Mont Liban ; nonobstant le curé s'employait à le faire revenir. Peu de temps après, la rumeur s'ébruita dans la ville et chacun se devait de se prononcer gratuitement au sujet de cette aventure, c'est la tradition. En attendant EID faisait les démarches nécessaires à Baabda pour obtenir son passe.
Fort de l'approbation de son père, il fit en cette année 1879 le déplacement à Tripoli chez l’oncle Michael pour avoir les recommandations nécessaires auprès de la Compagnie des Messageries Maritimes en vue de son premier voyage. Il en profita pour passer vider son sac chez son frère Tannous. Il fit quelques descentes à Beyrouth auprès de la capitainerie du port afin de s'organiser. La capitale étant aux mains des Turcs, celà nécessitait les précautions d'usage, à chaque déplacement il était sommé de faire quelques commissions pour le voisinage. Il faut dire que Beyrouth laissait sur lui beaucoup d'impression avec ses rues, ses avenues, ses marchés et ses palaces par rapport à tout ce qu'il avait vu auparavant ; alors, que devait être Istanbul !
Sa tante le regardait se débrouiller avec effervescence. Chaque semaine, il passait une journée ou deux dans les administrations pour les formalités, des heures d'attente sans compter l’alignement des bakchichs : c'était l'élixir des Turcs.
À la fin de l'été tout était prêt ou presque, il lui restait une dernière confrontation requise par son père. Asseed BESIL était affairé dans le khan derrière la maison à décharger une récolte de blé de la Békaa. Il lui donna un coup de main et convinrent ensemble de la prochaine expédition vers les salines du nord.
Arrivé à la maison, il déclina tout à sa mère en attendant le retour de son père. Celui-ci ne tarda pas à se pointer fatigué, accompagné de Jiris, le seul le fils qui lui restait. De suite, Boutros conclut à l'aboutissement de l'obstination de EID. Après le dîner, il l'amena au dehors et lui tendit un pistolet, celui qu'il portait du temps de Youssef Beck KARAM en qualité de messager auprès des seigneurs du Nord, de Tripoli en particulier.
-- mon fils, ça peut toujours servir ; tu le dissimuleras dans ton sérouale. Si tu es juste, tu n'as rien à craindre, en toutes circonstances je préfère te savoir vivant que victime.
-- mon père ?
-- je ne suis pas commerçant pour te conseiller dans tes besognes. Sache que ton honneur vient de ta famille, ton emportement de moi et ta persévérance de ta mère. Tu es décidé, que Dieu t'accompagne et si tu revenais, j'aurais à te dire…
Le lendemain sa mère lui glissa dans la poche une bourse qu’il lui rendît sur-le-champ en disant :
-- mère, tu sais, je suis déjà trop riche pour quelqu'un qui ne possède rien, tout le fruit de mon travail est dans ma ceinture, j'en ai assez ainsi.
Sa tante devint de plus en plus fébrile à l'approche imminente de l’échéance, elle lui préparait quelques marchandises pour l’expédition en dépit du défilé permanent des voisins et des proches venant faire leurs adieux. En effet, la maison ne désemplissait pas, à part de vagues curieux, certains venaient transmettre des messages à leur gente d'outre-mer et d’autres insistaient à le tarer de quelques breloques sans valeur à livrer à l'autre bout du monde.
EID se laissa faire mais il était rarement présent, il devait effectuer des achats à Beyrouth et commander çà et là quelques effets personnels. Le soir il faisait le tri avec sa tante en lui montrant son fonds de commerce : des mouchoirs et écharpes en soie brodée : Oya et Tantana, des peignes en corne ouvragés, des bagues et médailles en argent filigrané, des boîtes, en bois de rose marqueté de nacre, de différentes tailles emboîtées comme des poupées russes; somme toute, un ensemble hétéroclite de tout ce qui est léger et relativement précieux.
La veille de son départ, il rendit visite au père Boulos KARAM en quête d'une bénédiction, le curé en profita pour lui remettre une lettre à son fils au Brésil en lui formulant ses vœux et en implorant la providence pour protéger le bateau et ses passagers. Il récupéra chez le cordonnier ses solides chaussures qui devaient braver terre et mer des mois durant. Il passa l'après-midi en compagnie de sa tante à entasser le tout dans deux sacs militaires qu'il s'était procurés aux puces. Quand ils eurent fini, grande était sa surprise de se voir doté d'un troisième sac exhalant une odeur de pain frais du jour, plein de conserves et de fruits secs ; il se résigna à l’accepter avec moult protestations. Asseed était venu ce soir examiner le chargement et expliquer à la famille qu’il l'accompagnerait seul jusqu'au port pour éviter les palabres des gardes turcs aux portes de Beyrouth.
Le lendemain, la famille l'accompagna jusqu'aux abords de la ville avec un cérémonial de retenue auquel les larmes n'ont pas manqué. Après une courte halte, les deux montures disparurent de bas en haut dans le célèbre bois de pins à l'est de la ville. Sans détour Asseed le conduisit au port et le confia à la capitainerie pour le visa. Après la fouille des bagages par les douaniers renifleurs de tabac, il lui fit un signe d'adieu et marmonna : un client de perdu !
Il monta à bord bardé du bagage qu'il entassa au milieu de la cale avec d'autres balles contribuant au désordre ; le seul impératif était d’épargner l'accès aux différents compartiments aménagés contre les parois, faisant fonction de couchettes. On s'affalait sur des matelas sales à même le sol. Les quelques cabines à l'étage étaient réservées aux riches personnages embarqués avec leur suite. Sur le pont il n'y avait que la cabine du capitaine dans le prolongement de la grande salle à manger qui accueillait les passagers des deux côtés d'un triptyque : trois planches faisaient fonction de table en hauteur et de bancs en contrebas. Seul le capitaine était servi sur une table ronde à laquelle il invitait alternativement les personnes de son choix. Ces bateaux en fait étaient suffisamment éventrées pour engouffrer le maximum de marchandises et de bêtes, c’était des embarcations de taille moyenne pouvant accueillir une cinquantaine de personnes dans l'inconfort et le désordre.
EID tint bon jusqu'au moment où on leva l'ancre, la traversée du port se fit sans encombre tant que le bateau était tiré hors de la digue par une chaloupe mue par des rameurs à cadence d’automates. Décidément, l'étroitesse du bassin ne permettait pas les grandes manœuvres. Pour tendre les voiles les matelots de bord étaient tous suspendus à leurs cordages, bouts et poulies à la main comme des singes de cirque jouant à étendre du linge. Dès que la première vague caressa la carène, le monde vacilla sous les pieds de EID, le vide creusa ses entrailles au point de croire le bateau déjà englouti comme Jonas dans la gueule de la baleine ! Une demi-heure plus tard, il remonta de la tanière où on l'avait blotti sous le pont, sa curiosité de voir son monde disparaître était plus forte que son étourdissement résiduel. Il constata que Beyrouth avait disparu, les montagnes révulsaient leur tête dans une chute inéluctable derrière l'horizon sans faire de bruit : il venait de découvrir que la terre est ronde. Ça y est, il était en route pour le Nouveau Monde.
- Suite du livre -
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