Un
artiste qui a rendu à la peinture sa vraie valeur et tout
son prestige - L'Orient le Jour, 28 Octobre 2006
La monographie de Shafic Abboud publiée à
Paris par la Galerie Claude Lemand
La première monographie consacrée à Shafic
Abboud vient d'être publiée par la galerie parisienne
Claude Lemand (16, rue Littré, Paris VI). Album d'hommage
et d'images, il déroule sur 367 pages les diverses périodes
qui balisent l'oeuvre du peintre libanais, décédé
à Paris en 2004, à l'âge de 78 ans. À
travers quelque 400 illustrations d'huiles, de temperas, de gravures
et de
céramiques empruntées à des collections privées
libanaises ou étrangères, ce
magnifique livre d'art retrace, dans une vision à la fois
dynamique et chronologique, les 56 années de fidélité
à la peinture, et l'évolution intervenue dans la manière
du peintre soulève un concert de louanges.
La monographie regroupe, en effet, des articles d'analyse signés
par des poètes, écrivains et spécialistes libanais
et étrangers, parmi lesquels, Adonis, Roger van Gindertael,
Joseph Tarrab, Jean-Pierre Burgart, Michèle Rodière,
Claude Lemand, Gérard Khoury, qui relate l'aventure céramique
de Abboud à Aix, et Alain Bosquet qui, dans les colonnes
du Figaro, résume le mieux son oeuvre: «La première
impression est celle d'une lumière où les volumes,
les formes et les profils se fondent en un grand bonheur abstrait.
Un peu comme si Bonnard ou Vuillard s'étaient contentés
d'une griserie insistante, sans la nécessité de donner
à leurs personnages ou à leurs intérieurs une
identité définitive. Dès que l'oil s'habitue
à cette belle ordonnance, il finit par y découvrir
des thèmes fuyants, parfois des silhouettes arabes, parfois
des marchés qu'on dirait dissous dans l'aveuglement de midi
(...). Alors, plus proche d'un Lanskoy, par exemple, que des Nabis,
Shafic Abboud laisse libre cours à ses humeurs, à
ses extases, à son éblouissement, où le réel
disparaît pour soudain réapparaître, le temps
d'une nouvelle fuite. Un art de feinte et de séduction, ce
qui n'est pas contradictoire, donne à ce peintre un cachet
assez unique et on ne peut plus savant dans ses refus.»
Né en 1926 à Mhaiteh, petit village grec-orthodoxe
près de Bickfaya, Shafic Abboud a tout d'abord fréquenté
l'Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) où César
Gemayel lui a donné ses premières leçons de
technique picturale. C'est le début d'une passion qui le
mènera, en 1947, à Paris, où il s'inscrit en
auditeur libre à l'École des beaux-arts. Il fréquente
l'atelier d'André
Lhote et là, il rencontre Istratti, Lindström, Raza
et se lie d'amitié avec Louis Nollard, Ida Karskaya et le
peintre suisse Wilfrid Moser, qui le fascine par sa grande culture.
Sa première exposition personnelle se déroule en 1950,
à Beyrouth, au Centre culturel français Armand du
Chayla, et sa première peinture, intitulée La famille
kurde, encore très figurative, est acquise par M. Henri Eddé.
Entre 1952 et 1956, il rentre à la faculté des sciences,
suit les corrections de Fernand Léger et pratique la technique
de la gravure à l'atelier d'Édouard Goerg où
il gravera les planches de son premier livre, Le Bouna (illustrations
et texte gravés à l'eau forte et tirés à
vingt exemplaires
sur les presses de Leblanc à Paris). En 1959, il participe
à la première Biennale de Paris et, en 1960, Abboud
est sélectionné par le critique d'art Roger van Gindertael
pour exposer aux côtés de la tribu des grands : Pierre
Soulages, Staël, Nallard, Lanskoy, Istrati, Gauthier, Wendt
et Pougny. En 1961, il décroche le prix Victor Chouquet du
ministère des Finances et, deux ans plus tard, lors des «Rencontres
internationales des artistes» au Musée des Oudaïas,
à Rabat, ses ouvres voisinent avec celles des peintres et
sculpteurs d'envergure internationale: Arp, Dufy, Hartung et Zao
Wou Ki, un des plus illustres représentants de l'abstraction
lyrique!
Sa production, qui «s'est intégrée dans des contextes illustratifs de la continuité et la modernisation de l'école de Paris», comme le souligne le critique Monder Ben Milad, va lui ouvrir grandes les portes du Musée d'art moderne de Paris et des plus importantes galeries parisiennes et européennes (Allemagne, Danemark, Hollande, Belgique et Londres). «Avec la même joie que j'avais eue à saluer les promesses d'un jeune artiste à l'occasion de sa première exposition en 1955, je n'hésite pas cette fois, devant les réalisations admirables de sa maturité, à reconnaître que Shafic Abboud s'est affirmé comme l'un des peintres actuels les plus capables de donner une vie nouvelle à la peinture et de lui rendre sa vraie valeur et tout son prestige», écrit van Gindertael. «Haute excitation» titre pour sa part Joseph Tarrab, en 1994. Au Liban et
après une interruption de 16 années de guerre, le peintre donne à voir, à la galerie Janine Rubeiz, des tableaux qui chantent «pour enchanter, captivent le regard et le comblent par la qualité singulière de ses coloris... où même les gris vibrent d'un je-ne-sais-quoi qui leur donne une vie secrète, à nulle autre pareille».
Témoignage fort de l'aventure picturale d'un des rares artistes libanais et arabes à notoriété internationale, cette superbe monographie est étonnamment introuvable chez les libraires libanais.
May Makarem
One
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