Liban
Costumes et Paysages (Par Maurice H. Chehab) - Lebanon Costumes
and Countrysides
Terre d’asile et îlot de libertés, le
Liban vit évoluer dans les replis de ses montagnes une population
aux origines et aux croyances très variées. De plus,
l’esprit démocratique, qui caractérisa même
le Liban féodal, priva le pays de cette variété
de costumes, qui généralement distingua les diverses
classes sociales. Cette distinction est marquée seulement
par la richesse des armes, des bijoux et des tissus. Souvent aussi,
les événements politiques, les contacts avec l’étranger
laissèrent leurs traces sur l’habillement, mais la
coiffure, marque distinctive de l’état social et personnel,
fut toujours la dernière à subir l’influence
de l’étranger.
A quelque religion qu’il appartint, le libanais fut coiffé
d’un turban, dont les dimensions et les plis révélaient
la qualité et quelquefois les croyances. Ainsi, les Emirs
portaient un gros turban proportionné avec leur dignité
; le druze initié pliait soigneusement le tissu de son turban
et lui donnait la forme d’une boule écrasée,
forme conservée de nos jours, par les plus initiés,
et sous des dimensions réduites, par le haut clergé
maronite. Quant au druze non initié, au musulman et au chrétien,
ils se distinguaient par la façon de poser le turban, dont
le tissu était roulé et presque torse. A la fin du
XVIIIe s., Volney nous signale que les maronites portait le turban
blanc et même vert, ce qui montre que le costume libanais
n’était soumis à aucun des oukazes que les pachas
ottomans dictaient quelquefois dans les provinces de l’Empire.
Princes et paysans, par leur vie à cheval ou dans les champs,
étaient amenés à porter le « shirwal
», cet ample pantalon, dont les plis arrivaient jusqu’aux
chevilles pour le cavalier et jusqu’aux genoux ou mollets
pour le paysan. Cependant, les gens de qualité mettaient
au-dessus la robe fendue et croisée, connue sous le nom de
« gumbaz ». Le «abayé » manteau aux
riches broderies et sans manches, tombait des épaules jusqu’au
sol. Le paysan le remplaçait le plus souvent par un trois-quarts,
rayé et à petites manches en laine rude.
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La princesse au “Tantour”
Habillée du shirwal et de la robe de brocart fendue
sur les côtés, elle a noué une écharpe
de soie autour de ses reins. A ses pieds, le narghilé
occupe ses loisirs. Cette princesse, s’est parée
d’une partie de ses bijoux, dont l’abondance
fit dire à un auteur étranger que les femmes
servaient de coffre-fort à leurs maris (Fin du XVIIIe
s.).
A princess wearing the "Tantour"
Wearing the Shirwal (loose trousers) and a brocaded outer
robe slit up the slides, this princess has knotted a silk
scarf around her hips. The narghilé (water pipe)
at her feet occupies her leisure hours. Like Eastern women,
she is wearing a great deal of jewellery. A traveling author
once remarked that such women serve as the treasure chests
of their husbands (Late 18th Century).
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Au XIXe s., le costume libanais subit de forts changements. L’émir
Béchir réduisit au début du siècle,
la richesse des habits et la longueur des tarbouches, supports des
turbans. Il emprunta aux maghrébins le tarbouche court. Bientôt
à l’exemple des pachas albanais et de leurs troupes,
les hommes remplacèrent le gumbaz et le trois-quarts par
une sorte de boléro aux riches broderies, appelé «
koubrane ». En 1838, l’Emir Bechir II, devant la simplicité
militaire d’Ibrahim, fils du pacha d’Egypte, jugea peu
décent de garder les gros turbans et conseilla à ses
féodaux d’y renoncer à son exemple et de ne
conserver que le tarbouche.
Après l’abolition du régime féodal,
la deuxième moitié du siècle vit supprimer
le luxe coûteux des broderies. Tout au plus des rubans en
remplacèrent les contours, et le plus souvent les vêtements
prirent une couleur sombre et furent privés de tout ornement.
A la fin du siècle, le costume national fut évincé
par le costume européen. Tell fut l’évolution
de l’habillement des hommes.
Quant au costume féminin, il suivit une courbe analogue
mais naturellement plus gracieuse. Les chemises du XVIIe s., eurent,
chez les femmes comme chez les hommes, des manches fendues et longues.
Mais la fente partait de l’intérieur du coude et les
pointes s’effilaient. Leur tissu de soie ou crêpe était
si mince et léger q’un voyageur le comparait à
un souffle de vie. Le « Shirwal » des femmes tomba jusqu’aux
chevilles et fut pour les femmes de qualité, en soie très
légère. Le « gumbaz » était fendu,
non seulement sur le devant, mais aussi sur les côtés
; pour les plus coquettes, les fentes du gumbaz partaient de la
ceinture. L’hiver, une « jubé » ou manteau
à courtes manches, ouverte sur le devant et légèrement
fendue sur les côtés, couvrait l’ensemble. Lorsque
les hommes adoptèrent le « koubrane », les femmes
aussi portèrent ce gracieux boléro, qu’elles
brodèrent de perles ou de fils d’or. Ce qui distinguait
le plus la mode féminine libanaise fut surtout le «
tantour », coiffure comique longue de 35 à 70 cm. et
fixée gracieusement droite ou de côtés. Du haut
de cette coiffure, pendait un voile qui couvrait les épaules
et le dos, plus loin que la ceinture. C’est cette coiffure
qui, au départ des croisés, donna naissance au hennin.
La longueur et la matière du tantour étaient sujettes
de la condition de la personne. Ces tantours pouvaient être
en corne, en argent ou en or, et, pour les émiresses, ils
étaient ornes de pierreries. Cependant le tantour était
réservé à la femme mariée de tout rang
; seules les demoiselles de la noblesse se permettaient de le porter.
Les autres demoiselles se contentaient d’une calotte en métal
repoussé ou filigrane. La matière de cette calotte
en argent ou or, ornée de pierreries ou de verre dépendait
de la condition matérielle de la personne ; quelquefois une
touffe de perles y était accrochée.
Comme pour le costume masculin, le XIXe s. apporta des changements
à celui des femmes. A part l’intrusion du koubrane,
les couleurs si harmonieuses et douces du XVIIIe s. furent de plus
en plus remplacées par des couleurs plus violentes, sous
l’action des tissus importés d’Europe dont les
dessins imitaient tissus orientaux et leurs broderies, et dont les
prix étaient assez bas. Un consul de France, en nous signalant
cette évolution, s’en plaint amèrement.
Avec la chute de la féodalité, l’usage du tantour
disparut rapidement et le gracieux koubrane fut remplacé
par un gilet à manches longues et étroites, serré
à la taille et ouvert sur la poitrine. Les robes très
amples ne furent plus ouvertes que sur la poitrine. Mais dans les
villes, le luxe se maintint quelque temps, par le « Izar »
de brocart, qui enveloppa tout le corps dans la rue, et par les
riches broderies d’or qui couvrirent le velours des robes
d’apparat, à la maison.
C’est cette évolution du costume libanais qu’évoquent
dans le présent album MM. Cyr
et Muiden, qui, tout en s’attachant à la vérité
historique, apportent à leur expression la saveur personnelle
de leur art.
Maurice H. Chehab
Conservateur Général des Antiquités du Liban
Liban Costumes et Paysages - Dix planches inédites dessinées
à la gouache par les maitres de la palette MM. Jacques Issel
Muiden et Georges Cyr
- Imprimé au Liban, sur les presses de l’imprimerie
catholique - Lebanon Costumes and Countrysides.
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