Jorj
Abou Mhaya, un talent voisin de la passion - Agenda Culturel Décembre
2011 / Janvier 2012
2007
fut une bonne année pour la bande dessinée
libanaise. Zeina Abirached était sélectionnée
pour les Belles étrangères et son album, ’Mourir,
partir, revenir - Le jeu des hirondelles’, aujourd’hui un classique,
publié par Cambourakis. ’Beyrouth juillet-août 2006’
de Mazen Kerbaj sortait chez l’Association. ’Samandal’, revue trimestrielle
trilingue actuellement incontournable, lançait son premier
numéro. Et les éditions de l’Alba commençaient
à publier les travaux des étudiants bédéistes.
2012
sera sans doute l’année de Jorj Abou Mhaya, dont la première
partie de Madinah mujawirah lil-ard (’Une ville voisine de la terre’)
vient d’être publiée par Dar Onboz.
On est immédiatement
plongé dans un monde particulier. Abou Mhaya a le talent
évident de créer une ambiance. La première
planche annonce la catastrophe qui se prépare. La deuxième
nous ramène au quotidien ’normal’ de Farid Tawil dans un
Beyrouth - clairement mentionné - étrange, alors que
le titre suggère un léger décalage et que la
Terre apparaît plus d’une fois dans un ciel sombre et menaçant.
Tandis que le basculement s’opère au détour d’une
page – où, rentrant du travail, Farid découvre que
sa maison a disparu –, le décalage s’impose petit à
petit, le temps pour le protagoniste, et pour nous avec lui, d’assimiler
les chamboulements qui bouleversent sa vie.
Tout cela est
extraordinairement rendu par un très beau dessin en noir
et blanc, détaillé, précis et en même
temps onirique. On ne s’arrête pas au fait que le sujet ne
soit pas original ; on n’est pas ralenti par des dialogues par moments
un peu bavards. On est scotché par le cauchemar (c’est lui
qui le répète) que vit cet employé banal malgré
son prénom (qui signifie ’’unique’’). Il semble avoir tout
perdu. Tous ses repères ont disparu. Il se déplace
dans une sorte de Gotham avec un Batman transformé en ministre
de l’Intérieur… L’issue ? La folie ?
C’est ce que
nous fera découvrir la deuxième partie qui, nous l’espérons,
ne devrait pas tarder. Après avoir publié Léna
Merhej en 2007 – décidément année charnière
– Dar Onboz se met-il sérieusement à la BD ?
Nadim
Tarazi



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