Karim
Dakroub - Gepetto libanais propos recueillis par Emilie Thomas
(Agenda culturel n'284 du 18 au 31 octobre 2006)
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Pas
besoin d'un grand discours, il suffit de regarder les yeux espiègles
et rieurs de Karim Dakroub pour comprendre instantanément
sa passion. Depuis tout petit, il s'amuse à donner la
vie à des marionnettes. Aujourd'hui, ce sont elles qui
sont toute sa vie. L'Agenda Culturel a eu le plaisir de rencontrer
le Gepetto libanais et en ressorti littéralement rajeuni...
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Après
avoir monté plusieurs pièces de marionnettes depuis
1992, Karim Dakroub s'est donné pour objectif de propager
ce véritable art au Liban et de favoriser l'interaction avec
son entourage arabe et méditerranéen. Ce magnifique
pari l'a mené à la création en 1996 du Théâtre
libanais de marionnettes, ainsi qu’à l'organisation
de nombreux festivals.
L'Agenda Culturel: Qu'est ce qui vous a amené à côtoyer
ce monde féerique de la marionnette et à en faire
votre métier?
Karim
Dakroub: L'art de la marionnette est une activité
magique, mystérieuse. Des qu'on y touche, on ne peut plus
s'en séparer... Et puis, il y a une satisfaction complète
de donner vie à un objet. Je m'amuse avec des marionnettes
depuis que je suis tout petit. Pendant la guerre et pendant mon
adolescence, elles ont été pour moi comme une sorte
d'abri psychologique. L'art de la marionnette était une façon
d'échapper au quotidien difficile que nous vivions. Ensuite,
j'ai décidé d'en faire mon métier. Je suis
donc parti en Russie, à Moscou, puis St. Pétersbourg,
ou j'ai étudie la mise en scène et les marionnettes.
Mon projet de fin d'études a été présenté
à Charleville-mézières en France, la capitale
de la marionnette.
A.C.: Pourquoi avoir choisi la Russie?
K.D.:
Quand j'étais jeune, j'ai commencé les marionnettes
au Club culturel arabe avec Maha Nehmé, puis avec la Défense
civile et enfin au Centre culturel russe qui m'a permis d'obtenir
une bourse pour aller étudier en Russie.
A.C.: A votre retour au Liban, dans quel état se trouvait
le théâtre de marionnettes?
K.D.:
C'était clair que la profession n'existait pas.
Bien entendu, il y avait des activités de marionnettes mais
cela restait dans le domaine familial. Le Liban a connu, tout comme
la Syrie, la Jordanie, la Palestine, une grande tradition de théâtre
de marionnettes, notamment avec le célèbre personnage
Karakoz, venu de Turquie et avec le théâtre d'ombres.
Mais elle s'est amenuisée jusqu'à disparaître
au début du XXème siècle. Dans les années
60, les marionnettes sont revenues dans les familles mais c'est
tout.
A.C.: Vous avez créé le Théâtre libanais
de marionnettes en 1996, comment le projet a-t-il été
accueilli?
K.D.:
Cela a été difficile. C'était bizarre
pour les gens que je sois diplômé en marionnettes!
Et puis il fallait tout faire, tout inventer. C'était la
fin de la guerre et les activités artistiques commençaient
juste à renaître. Mais les spectacles ont été
bien accueillis. Les gens ont fini par apprécier ce nouveau
langage, frais, avec une identité propre.
A.C.: Quelle identité?
K.D.:
J'ai essaye de faire un mélange entre mon identité
libanaise et arabe et celles que j'ai pu rencontrer lors de mes
voyages. J'ai aussi essayé de ne jamais imiter l'occident.
Grâce à cette identité très claire, j'ai
trouvé cette identité à la fois multiple et
unique. Et puis le théâtre de marionnette à
cette particularité de mêler d'autres arts, d'autres
techniques, tels que la danse, la vidéo, les arts plastiques,
etc. On s'amuse ensuite avec tout ça. Il y a de nombreuses
techniques de marionnettes qui dépendent des traditions de
chaque pays, j'ai voulu dépasser ces traditions tout en les
utilisant.
A.C.: A qui vous adressez-vous à travers cet art?
K.D.:
Aux enfants la plupart du temps, mais aussi aux adultes, surtout
lors des projets que nous faisons pour les festivals à l'étranger.
Ces projets ne sont pas seulement des spectacles, ils peuvent êtres
des colloques, des échanges théoriques, des ateliers.
Un festival n'est pas but en soi, mais un moyen de faire connaître
l'art de la marionnette comme une discipline large et indépendante
adressée à la fois aux enfants et aux adultes.
A.C.: Vous avez lancé le Festival méditerranéen
de la marionnette au Liban chaque deux ans...
K.D.:
Oui, c'est une belle expérience d'échange
que nous vivons depuis 1999 avec le soutien des centres culturels
et de l'Union européenne. Ce festival est une occasion de
présenter des spectacles venant de différents pays,
d'organiser des colloques, des stages, des ateliers comme par exemple
"Marionnettes et thérapie". Le champ est vaste!
Nous participons à de nombreux festivals, notamment en Tunisie,
en Turquie. Nous arrivons juste de Lyon en France où nous
avons participé à un festival organisé par
le Théâtre de Guignol en avril. Il s'agissait d'un
colloque sur le théâtre d'ombres.
A.C.: Parlez- nous de l’association Khayal
K.D.:
Khayal en arabe veut dire deux choses à la fois,
ombre et imagination. C’est une association coopérative
pour l’art et l’éduction. Notre but est d’introduire
l’art sous toutes ses formes dans la société.
Nous voulons montrer la nécessité des arts dans la
société libanaise comme un langage civilisé
pour la communication. Nous voulons promouvoir une éducation
esthétique et artistique afin de réanimer le rôle
des artistes dans la société. Nous ne faisons pas
seulement des spectacles, nous travaillons en étroite collaboration
avec des ONG, des organisations internationales. Il y a des points
communs entre nos objectifs: l’environnement, le droit des
enfants, l’éducation, la santé, la promotion
de l’art.
A.C.: Cela rejoint votre initiative de théâtre ambulant
K.D.:
Oui, avec cette initiative, nous allons dans tout le pays,
dans des endroits reculés, afin d’y amener les arts
et de faire découvrir les marionnettes à des gens
qui n’ont pas d’accès à la culture. C’est
une des choses les plus intéressantes dans mon métier!
Nous avons déjà fait des représentations dans
plus de 300 villages sans avoir besoin de scènes équipées.
Nous faisons avec les moyens du bord et ça marche. Nous apportons
nos propres programmes mais aussi des programmes de sensibilisation.
Par exemple, nous allons prochainement présenter, en septembre,
un programme de sensibilisation à l’environnement dans
les écoles publiques du pays, en partenariat avec l’université
de Balamand.
A.C.: Quels sont vos autres projets à venir ?
K.
D.: Nous ne sommes pas au Liban cet été,
nous partons en tournée en Jordanie, au Danemark et en France.
Nous présentons notre création “Mille et une
roses” à Avignon et au festival de Charleville-Mézières.
En septembre, nous avons des activités au Portugal avec le
réseau “voyage de gestes” qui regroupe des formateurs
de différents pays et de différentes disciplines (danse,
chante, contes…). En octobre, nous commencerons notre nouvelle
création qui sera présentée au théâtre
Tournesol et au théâtre Athénée de Jounieh.
Et en février 2007, nous invitons une artiste française,
Lucia Carbone, qui s’adressera aux enfants de 0 à 4
ans.
A.C.: Pouvez- vous nous donner un avant-goût de votre prochaine
création?
K.D.:
Notre spectacle abordera la notion de futur, comment nous serons
dans 40 ans et comment nous verrons le monde de maintenant avec
le recul. Nous parlerons aussi du mur, de façon symbolique,
entre les gens, entre les générations. Ce sera un
spectacle sur la communication.
A.C.: Le théâtre de marionnettes se porte donc plutôt
bien au Liban?
K.D.:
Nous essayons en tout cas de faire vivre le théâtre
de marionnettes et d’encourager les gens à travailler
sérieusement dans ce domaine. Et la réponse semble
positive. C’est bien parti, on espère que ça
va durer.
Karim
Dakroub - Gepetto libanais propos recueillis par Emilie Thomas,
Agenda culturel n'284 du 18 au 31 octobre 2006.
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