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L’Evolution Artistique Libanaise par Joseph Sokhn Tome3, Couleurs Libanaise, Beyrouth

Au cours de ces dix dernières années, le Liban a connu une évolution artistique extraordinaire. Cette évolution est due, certes, à l’effort énergique et constant que déploient nos peintres et artistes pour produire et exposer des œuvres originales.

Chaque semaine le grand public libanais est invité à un vernissage. A l’heure actuelle la peinture internationale est en pleine crise. A partir des années 73-74, on assiste à une succession de styles et de techniques qui déroute les amateurs, comme en témoigne, par exemple, la biennale des jeunes à Paris. Dans tout cela le public devient passif, mystérieux, résigné et il ne participe plus à la compréhension de l’œuvre. En vertu même de cette constatation cette attitude du public occidental n’a pas le même ampleur au Liban, car le Libanais a un penchant naturel vers tout ce qui est beau, poétique et artistique; le coin même où il a vu le jour, l’incite constamment à la rêverie et à la poésie. Cette aptitude esthétique, que nous retrouvons généralement chez les Libanais, représente un des aspects éducatifs que nos artistes ont tendance à faire dégager, souvent dans leurs toiles et leurs tableaux. «Le monde même, dit Pascal, l’homme, l’humanité sont des aspects d’œuvre d’art, des jouets gigantesques pour nous par lesquels un Dieu s’est distrait à créer l’harmonie universelle ».

Une œuvre d’art vit a deux conditions : la première de plaire à la foule, la seconde de plaire aux connaisseurs.

Ainsi tout artiste qui atteint ces deux buts a du talent vrai et durable. La question revient a décider dans quelle mesure l’art éduque l’homme et à quelle époque se manifeste chez l’être humain la soif de découvrir la beauté, le naturel. C’est dans ce sens qu’on peut parler de la mission sociale de l’art. Quant a l’enseignement primaire du dessin et de la peinture, il n’a pas pour but de former des spécialistes et des professionnels de la peinture, il doit contribuer seulement à faire sentir aux écoliers le rapport qui existe entre le développement de leurs facultés et les inventions de la nôtre. L’assouplissement des doigts est guidé par les yeux et l’éducation de l’esprit qui marchent de paire lorsqu’on représente artistiquement les figures de la création depuis la rigidité des minéraux jusqu’aux formes humaines, animales et végétales les plus simples.

Au Liban, en étudiant l’art décoratif et pictural, nous avons l’occasion de voir à quel point la beauté et la finesse des œuvres de nos peintres contemporains se reflètent sur la formation artistique et esthétique de notre société d’aujourd’hui.

Ce nouveau souffle éducatif apprend a la génération montante à rester jeune c’est-à-dire, à être de son temps, a marcher avec lui et l’aimer. C’est ce que ne fait pas assez l’enseignement au Liban.

YOUSSEF HOYEK Sculpteur 1883-1962
Aoura est un village situé dans la haute région de Batroun. Il est entouré de plusieurs collines rocailleuses et donne sur quelques gorges profondes. Ses maisons, peu nombreuses, sont entourées de vergers. De gros rochers à l’entrée de la localité d’Aoura créent une note de fantasmagorie. C’est la que Youssef Hoyek bâtit son atelier de sculpture où l’on y remarque aujourd’hui une série de bustes, de portraits et d’autres objets que l’éminent sculpteur avait laissés à l’intérieur de cette modeste demeure protégée du soleil par un chêne séculaire sous lequel Youssef Hoyek passait des heures entières à méditer et à recevoir ses amis et parents.
L’enfance de Hoyek se déroula à Hilta son village natal. Son oncle, le Patriarche Elias Hoyek, frappé de ses dons exceptionnels et de la précocité de son esprit, engagea son père à lui faire quitter le village et à l’envoyer à Beyrouth au Collège de la Sagesse pour achever ses études. C’était en 1898. C’est durant son séjour à La Sagesse qu’il fit la connaissance de son camarade de classe Gebran Khalil Gebran. Il semble, d’après les cahiers intimes de Hoyek qu’on trouve actuellement chez son neveu le Professeur Joseph Richa, que ces deux artistes sont nés la même année (1883) et que leur amitié dura une trentaine d’années.

A Rome

Rome, la capitale de la sculpture internationale, accueillit le jeune artiste libanais en 1903. Ainsi sa formation créatrice et architecturale s’est produite durant la période allant de 1903 à 1908. L’art italien ouvrit de larges possibilités à son développement artistique. Etudiant à l’Institut de Peinture, de Sculpture et d’architecture de l’Académie des Beaux-Arts de Rome, le jeune sculpteur s’efforçait de connaître et d’assimiler ce que les grands maîtres du passé lui ont lègué de mieux, de le faire concorder avec ce que la vie quotidienne engendrait de nouveau. Dès cette époque l’artiste avait profondément conscience que les traditions libanaises et la nouveauté sont deux aspects inséparables de l’art véritable.

…et à Paris

Les voyages entre pris par Hoyek à travers les grandes capitales européennes et arabes lui ont permis de connaître les divers aspects de l’évolution artistique contemporaine. Il visita notamment Le Caire et les Pyramides, Athènes et l’Acropole, Rome, Florence, Milan et Venise, Paris et Madrid.

Dans ses mémoires, Youssef Hoyek nous parle de la liberté des peuples occidentaux et de leur civilisation, il décrit également le sort de son pays et les souffrances atroces que supportent les Libanais durant la première guerre mondiale tout en ayant une profonde foi en l’avenir, persuadés que le «Petit Liban» serait libre un jour et pourrait jouir de tous les bienfaits et de toutes les joies, apanages des peuples heureux.

A Paris, Youssef Hoyek commença son activité créatrice, et, en même temps que l’expérience, naissent sa conception et son sens de la plasticité, l’intégrité et l’expression émotionnelle de la forme. Nombre de ses travaux appartiennent au meilleur cru de l’art italien et parisien. Le projet de monument à Youssef Bey Karam, notre héros national, a été exécuté en 1930. Le très célèbre monuments à Ahmed Chawki, érigé au Caire, fait l’admiration de tous. Le buste du Patriarche Hoyek, son oncle, reflète l’âme et le caractère de notre grand sculpteur. A Rome, on a érigé au Pape Benoît XV un monument émouvant de nouveauté dans la forme et l’interprétation plastique, signé Hoyek. Le monument au roi Fayçal, son grand ami, fut érigé en Irak en 1930. Telle est la voie fertile des intuitions créatrices du sculpteur Libanais Youssef Hoyek.

Hoyek et les Ottomans

La nouvelle doctrine politique de Youssef Hoyek, ses idées sociales positives et son art furent répandus dans tout l’Orient Arabe, et son œuvre artistique qui porte sur les problèmes épineux de son pays, sur l’oppression et la terreur, attira l’attention de Djamal Pacha et de ses espions disséminés partout au Petit Liban qui lui adressaient, régulièrement, des rapports ultrasecrets sur les activités sociales et politiques des écrivains et des artistes. Hoyek s’enfuit en France et échappe ainsi à la potence. A Paris, il fit la connaissance du roi Fayçal I qui le nomma par la suite ministre des Beaux-Arts à l’étranger. Notons à cette occasion que le roi d’Irak, éloigné de son pays, forma un gouvernement provisoire arabe.

En outre, Hoyek était un interlocuteur valable auprès du Vatican, ce qui facilita la rencontre historique du Pape Benoît XV avec le roi Fayçal.

Profitant de son nouveau séjour à Rome, le sculpteur Hoyek exécute plusieurs bustes et monuments de nombreuses personnalités italiennes et libanaises. Une sculpture monumentales, nous dit Hoyek, doit nécessairement refléter l’âme et le caractère du héros. On peut tenter d’attirer l’attention des spectateurs par un raccourci exceptionnel, une généralisation de la forme, mais les recherches de figuration moderne qui ne sont pas dictées par la logique du caractère que l’on a saisi deviennent de vulgaires objets à la mode. C’est pourquoi, ajoute Hoyek le monumental ne réside pas dans des dimensions gigantesques mais dans la précision et la profondeur de la pensée, dans l’excellence de la forme, des proportions et du rythme. Il y a lieu de signaler à cette occasion que les œuvres de Youssef Hoyek le caractérisent comme un fin psychologue qui saisit les traits typiques de l’époque et sait les transmettre en les individualisant. Il sait également s’écarter de l’ordinaire en soulignant l’essentiel (Le buste de la femme enchaînée). Chaque portrait a son sujet (L’âme pure).

Youssef Hoyek et la femme

La vie sentimentale de Hoyek ne lui donna pas beaucoup de satisfactions. Il n’avait pas une âme passionnée et amoureuse. Toutefois, le charme et la beauté de la marquise italienne Paulini ont éveillé en lui un monde de sensations et de beaux rêves. Apres une période sentimentale assez troublée et fiévreuse il songea sérieusement au mariage. La gracieuse Marquise n’attendait qu’un mot de l’artiste libanais pour répondre a l’appel de son amant. De cette union (1925) naquit un enfant, qui devint plus tard un éminent avocat. Mais après un an, Youssef Hoyek se sépare de sa femme et rentre au Liban.

L’œuvre de Hoyek

En 1910, Youssef Hoyek offre a son ami Gebran Khalil Gebran, une magnifique toile (portrait d’une Parisienne) qui se trouve aujourd’hui au Musée de Gebran à Becharré. En 1939, après son retour d’Europe, il s’installe à Aoura. Parmi ses sculptures, une quantité de compositions à l’intérieur de l’Eglise de Notre-Dame du Liban à Achrafieh. D’autres sculptures a Ibrin, en la chapelle des sœurs maronites. Un monument à Saint-Elie, avec sa barbe à la Moise. Un monument à Antoun Saadé, et plusieurs sculptures portant sur l’amour, la maternité, la vie paysanne, la sensualité, enfin un magnifique monument au Patriarche Douaihy a Ehden. Notons que la sculpture monumentale est l’aspect le plus important de l’art de Hoyek. A Freiké, un buste d’Amine Rihani exécuté par l’artiste est une synthèse de la sculpture et de l’architecture. On trouve également à Aoura les bustes de nos contemporains et des thèmes historiques.

Le testament de Hoyek

Au début de l’année 1962, la santé de Hoyek se détériore. Les médecins lui conseillent de quitter Aoura. Il vint a Haret-Sakhre (Jounieh) passer les dernières jours de sa vie chez sa sœur Mhabbé. C’est la qu’il écrivit son dernier testament et le confia a son neveu, Joseph Richa, ou il dit notamment:
« Ma dernière volonté est la suivante : Je ne voudrais pas qu’on distribue des faire-part après ma mort, j’exige un enterrement simple et un cercueil modeste. Je prie mon neveu de m’enterrer à Hilta auprès des miens. Je n’aimerai pas qu’on me décerne des distinctions honorifiques ni qu’on inscrive mon nom sur le cercueil. »

Abordant l’évolution artistique au Liban, Youssef Hoyek a écrit : « Le civisme, la dignité humaine, la force de la raison et des sentiments devraient caractériser les œuvres de nos sculpteurs et peintres. L’art d’associer la gaieté à l’amertume, l’esprit à la tristesse, le patriotisme à l’histoire, la beauté à l’innocence est pour tout artiste une particularité spécifique de son style. Chaque toile, chaque monument, chaque portrait doit forcer l’admiration du grand public. L’art a un rôle éducateur. L’aptitude esthétique que nous retrouvons généralement chez nos jeunes peintres et artistes contemporains, représente un des aspects éducatifs qu’on a tendance à faire dégager souvent dans leurs toiles et leurs tableaux.

«L’Etat libanais n’encourage pas assez l’art qui est la pierre de touche de l’évolution et de la civilisation des peuples».

En perdant Youssef Hoyek, notre pays perdit le doyen de la sculpture libanaise contemporaine.

CESAR GEMAYEL Peinture 1898-1958

A l’est de Bickfaya, dans un cadre typiquement libanais, avec cette nature imposante par ses rochers, ses torrents et ses plateaux presque nus qui nous incitent à la méditation, se dresse la vieille demeure de César Gemayel. Toute la région, depuis Sannin et Baskinta jusqu'à la vallée de Nahr EL-Kalb, est splendide par ses collines, ses forêts de pins et ses clochers qui se découpent sur le bleu limpide du ciel. Quelle était cette influence, qui demeure sans doute le plus grand titre de gloire de César Gemayel? On peut dire qu’elle a joué auprès des jeunes peintres libanais un rôle direct au cours des dix dernières années qui suivirent la mort de l’artiste. Sa conversation, son accueil, son hospitalité, le carrefour même que représente son salon, son physique agréable, tout cela favorisait la création artistique chez ses anciens élèves de l’Académie Libanaise des Beaux-Arts, fondée entre 1939 et 1942, avec l’architecte musicologue Alexis Boutros. En effet, on ne trouve que chez Gemayel ce reflet direct de ses théories sur la peinture moderne et impressionniste, le choix rigoureux et exigeant des thèmes et des couleurs.

En somme, César Gemayel, disciple de Salibi, dans ses portraits, recherche la joliesse, la cote d’amour et la séduction. Il a longtemps conçu ses femmes dans un style un peu mièvre et s’est fait féminin par amour de la femme.

Vie et enfance

César Gemayel vit le jour à Ain El-Touffah en 1898. Il entra au Collège de Kornet Chehouane où, semble-t-il, à cette époque il eut une certaine vocation religieuse. En 1911, il perd son père et quitte le séminaire. Son cousin, Cheikh Youssef Gemayel, l’oncle de Cheikh Pierre Gemayel, chef supérieur des Kataeb qui était pharmacien, l’engagea comme employé dans sa pharmacie afin qu’il puisse subvenir aux besoins de sa famille, car il était l’aine de ses frères et sœurs.
Après la première guerre mondiale, César Gemayel s’installe à Beyrouth et, devant ce monde nouveau qui se révélait à lui, demeure rêveur et observateur. Il était toujours curieux et ouvert à tout ce qui se passait devant lui. Toutefois, on remarquait que tout ce qui touchait à l’art ne lui était pas indifférent. Il sentait un impérieux besoin de dessiner, de peindre. Il exécutait très discrètement le portrait des clients qui fréquentaient la pharmacie.

Khalil Salibi et César Gemayel

Parmi les éminents peintres libanais qui eurent une influence marquante sur l’évolution artistique libanaise au début de ce siècle, figure Khalil Salibi. Il avait son atelier face à l’Université Américaine et son nom n’était pas méconnu au Liban et au Proche-Orient. Or, un jour Khalil Salibi (assassiné en 1935 avec sa femme américaine) entre à la Pharmacie Youssef Gemayel pour acheter un médicament. César Gemayel, selon son habitude, se mit à dessiner le portrait du client. Apres une dizaine de minutes, on remet a Salibi le médicament avec le portrait. Il s’agit la d’un dessin remarquable susceptible d’être comparé aux œuvres d’un grand portraitiste. Khalil Salibi examina son portrait et félicita chaleureusement Gemayel, lui demanda quelques renseignements portant sur son adolescence et lui dit: «La personne qui s’adresse a vous est Khalil Salibi, peintre et portraitiste. Je vous invite à visiter mon atelier à Ras Beyrouth; je suis sur que tu n’es pas né pour être pharmacien, tu seras un grand peintre».

Le lendemain, César Gemayel se rend à l’atelier de Salibi. Tout l’intéresse dans le spectacle qui lui offre cet atelier dont il subit l’influence dès la première visite. Que de fois n’avait-il pas rêvé, alors qu’il travaillait chez son cousin Youssef Gemayel, de rencontrer à l’époque un maître qui l’orienterait et l’initierait é tout ce qui est peinture et dessin.

Caractère

La personnalité de César Gemayel était très attachante. D’origine villageoise il avait pris le goût et le ton de la bonne compagnie et fréquentait les écrivains, les peintres et les poètes. Il était élégant, d’une taille élancée et avait beaucoup de manières. Il se plaisait au milieu des belles et recherchait la beauté. Il avait le front large et noble, les yeux brillants et railleurs. Langage fin, esprit cultivé exercé aux études de la forme et de la couleur, il répétait souvent a ses élèves : « Tout l’univers visible n’est qu’un magasin d’images et de signes auxquels l’imagination donnera une place et une valeur relative ».

César Gemayel à Paris

Nul peintre libanais ne saurait ignorer les avantages des voyages à l’étranger et la formation artistique qu’ils permettent d’acquérir.

Ainsi César Gemayel, encouragé par son maître Khalil Salibi se rend à Paris, où il fréquente l’Académie Jullian, auprès du maître Pougean, ainsi que l’atelier Cola Rossi. Il continue à expérimenter, pinceau en main, tous les procédés, toutes les techniques, que les peintres de Paris lui proposent. Il peint également sur les bords de la Seine que hantent les impressionnistes. Malgré les influences nombreuses et diverses qui s’exercent sur lui, il reste lui-même et en adapte à sa propre personnalité les leçons. Il est deja las de la capitale de l’art et des petites rivalités des peintres. Il a enfin compris que Paris ne peut pas être un but pour lui. Il a préféré regagner son pays natal ou le soleil a plus d’éclat, ou la couleur a toute sa splendeur. Notons que le passage de Gemayel en France a éveillé en lui un certain romantisme et une sensualité marquante qui se sont manifestes dans ses «Nus».

En sortant d’une exposition de César Gemayel, une ancienne élève de cet éminent artiste confie : « J’aime davantage Gemayel que mon père. Je suis réellement assaillie par le miracle incroyable de l’œuvre de ce grand portraitiste. Chaque nu, chaque arbre, chaque haie, chaque chemin creuse dans les collines de Knonchara et de Bickfaya et chaque portrait de ces gracieuses dames libanaises me cause une prodigieuse émotion ».

Disons enfin que les toiles de Gemayel exposées à Paris, au Palais de l’Art, suscitèrent des commentaires passionnés et ont obtenu un vif succès.

Le Portraitiste

César Gemayel cherche dans ses portraits l’essence d’une objectivité, d’un naturel. Mais il met de soi-même et peint des valeurs toutes vivantes, idées, personnes et faits. Et comme il aime la vie, les femmes qu’il peint sont belles ; leurs visages sont palpitants de vie et de grâce. C’est pourquoi ses portraits témoignent d’une profonde psychologie ; on peut y lire le caractère du sujet que l’on connaît avec une précision presque indiscrète. L’artiste a pénètré dans leur âme, en a saisi les nuances les plus subtiles comme les plus délicates. Enfin comme portraitiste, Gemayel nous persuade avec un sourire, de la beauté, du bonheur et de la transparence ; il cherche également à rendre le reflet de l’âme à travers l’éclat des yeux.

Gemayel et la femme

César Gemayel reste célibataire jusqu’au dernier jour de sa vie. Il nous laisse une série impressionnante de nus, de charmantes et exquises jeunes filles. Il a un sentiment très vif, très personnel de leur beauté. Et il ne peint que sous l’empire de sa vision comme tous les grands portraitistes. Quand Gemayel peint une femme nue, c’est le type de femme jeune et fraîche. En général, ses nus dégagent une sensualité remarquable. En restituant la femme à sa beauté, César Gemayel s’est intéressé surtout au corps et au visage. En un mot, le portrait pur, celui qui donne a un grand artiste une satisfaction complète et qu’il ne peint que pour lui-même. Ainsi le génie particulier de Gemayel, nous le retrouvons à chaque page de son œuvre, à fleur de toile comme dans les profondeurs.

Parmi ses nus si délicats, le corps de Nada est le seul qui fasse penser à l’amour. Jusqu'à sa mort, il garda cette petite toile dans son atelier; c’était sans doute le souvenir d’une aventure. Mais l’aventure ne le tente pas. Son âme charmante est toujours là et c’est elle qui s’interpose entre toutes choses.

Le paysagiste

Dans l’art de César Gemayel, c’est chaque objet qui devient un univers. Ses motifs sont choisis d’après la nature libanaise avec ses riches et féeriques couleurs. Il peint aussi des fleurs et des forêts. Il est naturel qu’un artiste ait des thèmes favoris mais les thèmes de Gemayel lui ont toujours apporté un enrichissement ou une découverte. Des horizons lointains et bas, des langues de terre prises entre ciel et eau ou s’accroche la vie, des paysages de lagunes mouillés de brumes et baignés d’une lumière diaphane. Toutefois, on observe chez César Gemayel dans certaines de ses toiles le jeu des ombres et des lumières qui ne forme nullement un équivalent coloré d’aucune lumière. Ses couleurs ne sont pas des équivalences sensibles, elles prennent la valeur d’images poétiques, mais ses paysages ou images ne peuvent naître que dans des circonstances bien définies.

En un mot, Gemayel vagabonde dans la nature libanaise et fixe ses impressions. Il révèle clairement des intentions beaucoup plus radicales. Parmi les nombreux aspects du style impressionniste qu’il souhaite exposer, il avait l’habitude de dessiner avec un pinceau et de peindre des toiles simples qui consistaient parfois en une série de paysages de la haute montagne et des fleurs sauvages. En insistant sur la couleur et la forme particulière des paysages, Gemayel proclamait ainsi d’une manière très convaincante sa conviction que le fait d’un tableau se suffisait à lui-même. Parfois il trouvait très naturelles les techniques lyriques d’association employées par les expressionnistes. Pour lui, le fait visible, seul, comptait. C’était son idéal artistique.

César Gemayel et les compositions florales

Qui dit art dit langage ; qu’il soit parlé ou qu’il soit peint, un langage n’est jamais une chose naturelle dont le sens apparaît tout de suite à tout le monde, il est une chose élaborée et construite. Quant aux Libanais, ils viennent d’être habitués pendant un demi-siècle à un art qui s’exprime par l’image naturaliste, et cet art leur parait plus normal que les autres. Les fleurs de Gemayel rappellent au grand public d’autres fleurs (Les roses). Le public n’aime pas savoir généralement ce que la fleur a été pour l’artiste, s’il a frémi devant elle de façon particulière et s’il est capable de nous communiquer ses frémissements ; il ne se demande point s’il a ajouté quelque chose au modèle, s’il le ressuscite dans les accords rares et dans une matière savoureuse: Le public libanais se borne à reconnaître ce qu’il aperçoit et, à l’image qui se trouve sur la toile, il substitue le souvenir des fleurs réelles qu’un jour il a admirées quelques part. En outre, le tableau peut-il être morne et mort ? Aux yeux du public, il possède une vie émouvante, celle que, sans le remarquer, ils lui apporte, Mais si la toile ne lui rappelle rien ou s’il lui rappelle des choses antipathiques? Alors, il reste froid, et la peinture sera déclarée laide ou incompréhensible. C’est pourquoi, César Gemayel a toujours donné à ses fleurs un cachet naturel et un souffle nouveau en habillant chaque tableau de son rêve, de son savoir et en respectant en même temps le goût du public. Il lui importait par exemple dans un paysage de Khonchara ou de la vallée de Baskinta, de traduire l’humidité de la terre si elle est près d’un ruisseau, et sa maigre sécheresse lorsqu’elle recouvre un rocher.

Oeuvres de César Gemayel

Les rapides progrès réalisés par César Gemayel notamment dans le domaine figuratif proviennent de sa solide formation artistique et de la beauté de son pinceau magique. Il a toujours exercé une vision psychologique et exprimé les émotions de l’être humain. En 1930, Cesar Gemayel expose à Paris plusieurs toiles représentant des thèmes nouveaux et originaux. Parmi les tableaux exposés, (le Krak des chevaliers) qui obtint le premier prix.

En1931, il fut nommé professeur de dessin au Collège de la Sagesse dirigé à l’époque par le regretté Monseigneur Jean Maroun et à L’Ecole Normale de Beyrouth au temps de Fouad Ephrem Boustany.

En 1937, César Gemayel voyage en Russie et visite la maison de Tolstoi et d’autres musées.
Il serait difficile, en outre, d’imaginer un César Gemayel loin du monde européen. Il entreprit, après la Russie, une série de voyages, visita l’Italie, l’Espagne, l’Angleterre et la Scandinavie. Parmi ses toiles les plus célèbres (Le portrait du Roi Abdallah), grand-père du Roi Hussein de Jordanie, (l’Empereur d’Allemagne Guillaume II), (l’Emir Bechir Le Grand), et un grand nombre de « Nus ».

Conclusion

César Gemayel nous laisse à Kayssarieh, sa localité qui a pris son nom de son prénom, un musée d’une richesse picturale unique. C’est précisément, à Ain-Touffah (banlieue de Bickfaya) que tout l’art de cet éminent artiste nous ouvre la porte d’un monde secret ou l’harmonie captivante des lignes et de la composition côtoient les plus beaux portraits des plus jolies femmes libanaises ainsi que les «nus» les plus passionnants. Les critiques d’art et les connaisseurs ont constaté que César Gemayel pouvait mieux exprimer dans ses toiles le reflet d’une beauté idéale.

Quand on lui demandait pourquoi il ne se mariait pas, il répondait qu’il avait une fois rêvé de mariage et qu’il avait l’embarras du choix, ce qui l’incita à se consacrer à ses toiles et à sa grande série de «nus».

Quoi qu’il en soit, César Gemayel voit que l’image de l’homme peut devenir monstrueuse pour deux raisons : D’un coté parce que l’artiste cherche à en augmenter le pouvoir expressif, de l’autre parce qu’il ne la considère plus comme un motif qu’il interprète a son gré, afin de mieux accuser l’autonomie et les vertus proprement plastiques de son œuvre.

Et d’ajouter : L’art moderne, en déformant les traits de l’être humain, le fait sortir de ses limites et lui découvre des affinités avec ce qui existe en dehors de lui.

Voilà pourquoi la plupart des portraits de Gemayel semblent livrer la pensée des personnes qu’ils représentent.

Quant à ses fresques, la souplesse et la grâce de leurs lignes nous prouvent à quel point cet éminent peintre transporte l’observateur dans le domaine de la naissance du sentiment de la beauté.

Il mourut le 28 avril 1958, vingt et un jours après le décès de sa mère à laquelle il était particulièrement attaché. >Page Suivante<

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