Les
Débuts de la Photographie au Liban à travers son Histoire
(Suite)
Extraits
du Livre "Sarrafian - Liban 1900 - 1930"
Alors
que la photographie connaît un essor technologique dans la
première moitié du XIXe siècle, le Liban doit
faire face à de nombreuses tragédies et bouleversements
historiques.
En 1805, Muhammed Ali se proclame Pacha d'Egypte et s'attelle à
la difficile tâche de moderniser son pays. Il règne
en tenant le pays d'une main de fer, et provoque ainsi divers épisodes
politiques sanglants, comme le massacre de Mamelouks en 1811, qui
inspirera plus tard une multitude de peintures orientalistes. Ses
ambitions le mènent jusqu'à l'invasion de la Mecque
en 1813 et plus tard entre 1822 et 1828, à jouer un rôle
dans la guerre d'indépendance en Grèce. En 1831, il
conquiert le Mont-Liban. Béchir II, émir de la province
centrale du Mont-Liban et allié au vice-roi d'Egypte, conseille
à ce dernier d'occuper sans trop tarder les villes côtières
libanaises, dans le but personnel et secret de se débarrasser
du joug ottoman. L'occupation égyptienne du Mont-Liban s'achève
à la fin de l'année 1840. Muhammad Ali doit battre
en retraite vers l'Egypte sous les pressions militaires conjuguées
des Ottomans et des Britanniques auxquelles s'ajoute le soulèvement
de la population locale du Mont-Liban menée par les notables
traditionnels, et qui était excédée par le
recours de l'administration égyptienne aux travaux sans contrepartie
financière, à diverses sortes de corvées, au
prélèvement des impôts ainsi qu'aux tentatives
de désarmement de la population. Le régime de double
Qaimaqamat, druze et maronite, est alors adopté au Mont-Liban;
dès le début, le double Qaimaqamat présente
de sérieuses difficultés. L'année 1840 marque
certes la fin de l'Emirat, mais aussi la naissance d'une insurrection
et le début d'une période de graves troubles, qui
culminent avec le massacre des Chrétiens du Liban fomenté
par le Wali de Damas malgré une résistance farouche
menée par les trois principaux chefs Youssef Bey Karam au
Nord-Liban, Youssef el-Chantiry au Metn et Abou Samra Ghanem à
Jezzine. Ces hostilités ont débuté en Syrie
et surtout à Damas en 1860. Les tueries ont fait prés
de 20 000 victimes chez les Chrétiens. Les massacres se sont
poursuivis au Liban tout au long des mois de juin et juillet avant
que les Ottomans ne se décident à intervenir. Finalement,
sous la pression internationale, Khurshid Pacha convoque les chefs
chrétiens et druzes à Beyrouth et leur fait des propositions
de paix qui sont acceptées sur le champ; les deux camps s'engagent
à oublier le passé.

Youssef el-Chantiry
entouré de ses armes
Ces événements dramatiques de 1860 amènent
le corps expéditionnaire français dans la région,
à Beyrouth et au Chouf. Le Liban, devenu sujet de droit international,
fait l'objet officiel de conférences diplomatiques. Désormais,
son sort échappe légalement à l'autorité
exclusive du sultan de Constantinople.
Une commission internationale représentant la Grande-Bretagne,
la France, l'Autriche la Russie, la Prusse et l'Empire Ottoman est
établie à Beyrouth, et siège pour la première
fois le 5 octobre 1860 afin de pacifier la situation, statuer sur
les responsables de ce conflit, et évaluer le montant des
indemnisations dues aux victimes. La commission veut, par la même
occasion, apporter des modifications à l'organisation administrative
de la Montagne. Après huit mois de travaux sans relâche,
de profondes divergences surgissent entre trois des membres influents
de la commission. Pendant toute la durée de la conférence,
le représentant de la France, Bêchard, assure continuellement
les intérêts du Liban pour une large autonomie et de
plus amples territoires, tandis que le représentant de la
Sublime Porte Fouad Bacha et le représentant britannique
Lord Dufferin s'opposent aux désidératas français.
Les représentants de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse
jouent le rôle de conciliateurs. Finalement, le 9 juin 1861,
un statut organique pour le Liban, sur lequel tous les membres de
la commission de Beyrouth se sont mis d'accord, est officiellement
signé. Ce statut, connu sous le nom de Règlement Organique,
fait du Liban une province ottomane autonome sous la garantie des
six puissances signataires. En 1867, l'Italie adhère au statut
en tant que septième gérant.
Napoléon III considère alors que la mission confiée
au corps expéditionnaire est terminée et retire ses
troupes du Liban. Le gouvernement français obtient l'insertion
d'une importante disposition dans le Règlement Organique
prohibant l'accès du territoire libanais à l'autorité
ottomane. Ainsi, sous le régime en vigueur à partir
de 1861, un gouverneur chrétien, relevant directement de
la Sublime Porte, est nommé. La nomination des gouverneurs
locaux, Qaimaqams, l'application du Règlement Organique et
l'amendement de ses dispositions dépendent dorénavant
des sept puissances. Sous ce régime d'indépendance,
le territoire du Liban s'est trouvé amputé et le confessionnalisme
consacré; ainsi, chacune des sept circonscriptions administratives
était gérée par un Qaimaqam appartenant à
la confession de la majorité locale: maronite pour Batroun,
le Kesrouan, le Metn et Jezzine, grec-orthodoxe pour le Koura, grec
catholique pour Zahlé, druze pour le Chouf. La Cour d’appel
est dirigée par un Druze, et les affaires politiques par
un Grec-Orthodoxe et un Musulman, chef du bureau turc. Ce mode de
répartition s'étend aux postes les plus modestes.
Le confessionnalisme va peser longtemps sur l'avenir du Liban, empêchant
notamment, jusqu'à nos jours, l'institution d'un véritable
régime de droit civil, imposant le mariage religieux, la
répartition des sièges des ministres, des députés,
de l'armée et de l'administration publique.
Le Liban est certes resté économiquement incapable
de prospérer, pendant de nombreuses années, suite
à ces événements. Cependant, de nombreux éléments
convergent à cette époque en faveur du développement
de Beyrouth et du Mont-Liban. Une fois l'occupation égyptienne
achevée, le port de Beyrouth devient le principal port de
la région et des mesures sont prises pour améliorer
les infrastructures et centraliser les administrations. Pour la
première fois, les Beyrouthins peuvent participer d'une manière
directe à la gestion de leur cité par l'intermédiaire
d'un conseil municipal, comme initié en Europe et introduit
en Egypte par l'occupation française de Bonaparte: des rues
sont pavées, les quais et entrepôts agrandis, et un
service de quarantaine établi.
D'autre part, la deuxième moitié du XIXe siècle,
période d'expansion et d'industrialisation massive, est l'une
des époques les plus florissantes pour le Mont-Liban grâce
à la sériciculture.
L'industrie textile européenne et en particulier la soierie,
a connu un essor exceptionnel au cours de la deuxième moitié
du XIXe siècle.
C'est donc sous l'impulsion des besoins croissants de l'industrie
française, en particulier la soierie, que se développe
la production séricicole au Liban.
Le Mont-Liban offre tout particulièrement des conditions
climatiques optimales pour la culture du mûrier et l'élevage
des vers à soie. La main-d'œuvre y est habile et bon marché,
essentiellement chrétienne et féminine (environ 10.000
personnes dont une écrasante majorité de femmes),
car il n'était pas d'usage que les femmes musulmanes travaillent
dans les usines.
Il existe deux cents filatures au Liban, dont la majorité
est exploitée par les Français. Elles appartiennent
à des noms prestigieux de la soie européenne, Mourgue
d'Algue, Eynard, ou encore la Veuve Guérin. Les magnaneries
locales d’Akl Chédid, Youssef Tohmé et Assaad Toubia,
quant à elles, étaient parmi les plus réputées.
Au début des années 1900, la culture du murier commence
à décliner, du fait de la concurrence extrême-orientale
sur le marché de la soie. Les mûriers sont remplacés
par des agrumes sur le littoral et par les cultures de tabac, de
vignobles et d'arbres fruitiers dans les régions montagnardes.
Le voyage revêt alors une teneur symbolique très
particulière, qu'il s'agisse de la recherche de la vérité,
de l'immortalité ou du spirituel.
Avec la progression à cette époque de l’expansion
coloniale européenne, se développe un grand intérêt
intellectuel, artistique et scientifique pour des destinations lointaines
et exotiques, telles que les pays du Proche-Orient. Même si
seuls les aristocrates pouvaient initialement s'offrir une aventure
si coûteuse – ainsi, le prince de Galles, le comte de Chambord
et leur cour effectuent de nombreux déplacements dans cette
région – un voyage vers l'Orient devient rapidement «
à la mode ».
Au fur et à mesure, le port de Beyrouth agrandi reçoit
de plus en plus de bateaux, la région devient plus «
populaire », et des voyages organisés vers le Proche-Orient
se développent. Ces expéditions menées par
Thomas Cook permettent d'ouvrir l'Orient à toute une nouvelle
classe de voyageurs. Cependant, un tel engouement ne durera guère;
une ou deux décennies plus tard, bien qu'il ne s'agisse pas
encore de tourisme de masse, le voyage vers l'Orient a déjà
perdu son attrait. Le voyageur « serieux » commence
à se plaindre des « groupes bruyants » et de
leur « attitude révoltante ». Vers la fin du
siècle, Pierre Loti se déchaine en évoquant
sa visite à Jérusalem:
« Arrivèrent deux autres convois pleins de ces touristes
en « voyage organisé »: des hommes en chapeaux
bon marché, des femmes grosses coiffées d'outre et
de voiles verts… Oh! Leurs manières, leurs cris, leurs éclats
de rire en ces lieux saints où l'on avait pour habitude d'arriver
avec humilité et recueillement tout en marchant sur les pas
des prophètes. »
Les touristes voyageant en groupes organisés par Cook sont
surnommés, par dérision, « Cooks et Cookesses
», et les populations locales se mettent à les appeler
« Kukkiyeh ». Tous ne sont pas contre ces tours organisés
par Cook, ainsi Dame Isabel Burton, résidant à Beyrouth
à l'époque, observe en 1871, « on ne pourra
jamais dire assez de bien de Monsieur Cook et de son institution.
Il permet à des milliers de profiter de l'éducation
d'un voyage, qui autrement n'auraient jamais eu cette chance… »
Pour l'Européen des années 1860, le voyage en Orient
est devenu un rite de passage bourgeois à travers lequel
un double but est atteint: connaissance de la région, visite
des villes légendaires telles que Bagdad et réappropriation
d'un héritage perdu, ainsi qu'un retour aux sources. Les
racines des religions du monde occidental et de sa civilisation
sont en liens étroits avec de multiples lieux d'Orient, dont
les noms semblent d'eux-mêmes briller d'une certaine aura
telle que Jérusalem.
Le XIXe siecle se nourrit d'une multitude de connotations orientales
à caractère symbolique et magique, principalement
à travers la littérature de l'époque. Chaque
endroit représente (et représente toujours) quelque
chose d'émouvant pour les Occidentaux. En 1852, Bridges cite
le Dr. Samuel Johnson dans un court paragraphe qui résume
parfaitement l'attirance de l'Occident pour le Levant:
« Le but de tout voyage est de voir les rives de la Méditerranée.
Sur ces rives avaient prospéré les quatre plus grands
empires du monde-Assyrien, Perse, Grec et Romain. Toutes nos religions,
presque toutes nos lois, presque tous nos arts, quasiment tout ce
qui nous sépare des sauvages nous est venu des côtes
de la Méditerranée. »
Lorsque la liaison maritime entre Marseille et Alexandrie est établie
en 1835, un grand nombre de voyageurs commencent à traverser
la Méditerranée vers l'Orient. Plusieurs Français
occupent alors des postes importants en Egypte: l'ingénieur
Linant de Bellefonds, par exemple, est directeur des Travaux Publics
et l'archéologue Auguste Mariette devient directeur des Antiquités
et fonde le Musée d'Archéologie Boulaq au Caire.
La plupart des lieux en Orient revêtent un attrait quasi magique
pour les Européens. La portée biblique et religieuse
de sites tels que Jérusalem, Nazareth, Jéricho, le
Jourdain ou encore le Mont Sinaï chargent d'émotion
les écrits d'auteurs du XIXe siècle. Peut-être
comprend-on mieux cela dans la préface écrite par
W.H. Barlett dans son livre Quarante jours dans le désert:
« Il est dit que celui qui a bu de l'eau de Nil ne sera en
paix que lorsqu'il y goûtera à nouveau… L'Orient doit
rester pour toujours la terre de l'imagination, puisqu'il est le
berceau de l'histoire de l'art, de la science et de la poésie;
le berceau de notre religion… Nos pas sont à jamais sur les
traces des sages et des poètes, des prophètes et des
apôtres, ou de Lui qui est plus grand que tous. »
Les voyageurs sont de plus en plus nombreux à faire escale
à Beyrouth en route vers Jérusalem ou l'Egypte, et
à s'arrêter à certaines étapes, telles
que Baalbek, Tyr, Saida, avec des détours pour faire halte
dans les monastères de la montagne.
La seconde moitié du XIXe siècle est l'époque
la plus active pour le développement de la ville de Beyrouth.
Il convient de relever quelques événements qui ont
contribué à l'expansion de Beyrouth et du Mont-Liban;
le développement de la sériciculture dans le Mont-Liban,
la vente des balles de soie fabriquées dans les magnaneries
au Liban et vendues à Lyon en France, la construction de
la route Beyrouth-Damas confiée au comte de Perthuis, l'installation
de la voie ferrée, l'agrandissement du port de Beyrouth…
De surcroit, le journalisme, les publications et l'imprimerie se
développent.
En 1885, le Moutassarif de Beyrouth, en accord avec la Municipalité,
décide de construire un nouveau sérail en dehors des
murs de la ville ancienne et aménage un jardin public au
centre du Burj qui devient une place des plus attrayantes avec un
kiosque à musique. Les édifices riverains de cette
place sont construits en conformité avec les règles
d'urbanisme, tenant compte de l'esthétique, de la perspective
et de la circulation des fiacres.
Tout autour de la place, des constructions à deux ou trois
étages sont érigées. Elles adoptent un style
architectural recherché mariant harmonieusement les styles
européens et locaux. C’est dans cet espace que s’installent
les administrations publiques, la gendarmerie, la Compagnie des
Eaux et des Chemins de Fer et la Banque Ottomane.
La demande pour construire des hôtels augmente avec ce que
cela implique de cafés, salons et restaurants. La ville commence
à s'étendre, des routes sont tracées, et les
quartiers se peuplent rapidement de populations venues des montagnes
proches. Les rez-de-chaussée des immeubles sont investis
par de nouveaux commerces, tels que des pharmacies, des couturiers,
des libraires et des détaillants en tout genre. Les Sarrafian
s'installent à Bab Idriss. Le tramway sillonne la ville.
C'est au café-théâtre Zahret Souriya et prés
de la place Khan el-Tyan, sur la place du Burj, qu'est projeté
le premier film en 1899. Cet emplacement ne tardera pas à
devenir le fameux café Parisiana, très fréquenté
par les officiers français sous le Mandat.
Les maisons enchevêtrées et les petits sentiers tortueux
et dallés qui sont dans l'enceinte de la muraille de Beyrouth
laissent place à des rues plus larges permettant de relier
l'ancienne ville aux environs plus récents. Sous la pioche
des démolisseurs et sur ordre du Wali de Beyrouth apparaissent
les vestiges d'une basilique Byzantine aujourd'hui disparus, dont
il ne restera qu'une photo, immortalisée par Sarrafian. Sous
le Mandat Français, de nouveaux bâtiments voient le
jour le long des nouvelles avenues baptisées Foch et Allenby.
La carte postale est le témoin fidèle de ce qu'est
le Liban du XXe siècle sans ajout ni retouche.
Avec l'aspect de Beyrouth qui change de jour en jour, les acheteurs
de cartes postales ne trouvent bientôt plus de clichés
fidèles à la réalité de la ville car
la production des cartes postales n'a pas suivi l'évolution
des modifications que ce soit dans la capitale, dans les autres
villes du littoral ou même encore dans les centres de villégiature.
Avec le temps, la carte postale devient de moins en moins un support
de message. Elle commence à s'imposer plutôt comme
une image en soi qui se passe de correspondance, que l'on acquiert
pour elle-même et qui constitue une petite documentation.
En effet, les voyageurs se mettent à acheter des cartes postales
en grande quantité pour garder des souvenirs de leur voyage
ou pour envoyer à leurs proches de belles images baignant
dans la lumière des paysages exotiques, bien loin de la grisaille
de l'Europe.
Beyrouth devient un centre régional pour le commerce, une
destination incontournable pour les missionnaires et les chroniqueurs,
et le passage obligé de voyageurs et auteurs célèbres.
La construction de la route Beyrouth-Damas, confiée au comte
de Perthuis, l'installation de la voie ferrée en 1893, l'agrandissement
du port de Beyrouth… De surcroit, le journalisme, les publications
et l'imprimerie se développent dans ces régions.
Le nombre croissant de voyageurs au Proche-Orient crée ainsi
de nouveaux itinéraires touristiques et engendre une demande
inédite de services - service postal, cartes postales, magasins
de photographies - propices au développement de la photographie.
L'afflux de voyageurs allait également de pair avec la demande
grandissante et impressionnante de cartes postales. Les premières
cartes postales du Liban, datant de la fin du XIXe siècle,
représentent des vues générales de Beyrouth
et de Baalbek, imprimées dans des médaillons surmontés
de l'inscription « Gruss aus » signifiant « Souvenir
de ». Editées en Allemagne et en Autriche, elles sont
vendues en librairie à Beyrouth.
L'un des premiers photographes à s'installer au Liban en
1867 est Félix Bonfils, dont le travail impressionnant contribue
largement au développement de l'art photographique au Liban.
D'autres photographes lui succèdent et s'installent au Liban,
tel qu'Abraham Guiraguossian.
A partir de 1900, les cartes postales sont directement éditées,
imprimées et vendues au Liban, dans les magasins de souvenirs
et d'antiquités établis à Beyrouth, tels que
ceux de Dimitri Tarazi ou Dimitri Habis. Le nombre de magasins de
photographies ne cesse de grandir au Liban.
Le développement de l'impression va mettre sur le marché
des cartes postales à moindre coût et à la portée
du grand public.
Parmi les 120 éditeurs connus, les frères
Sarrafian ont produit à eux seuls le cinquième des
cartes postales imprimées au Liban entre 1895 et 1930.
On peut qualifier les frères Sarrafian de « géants
de la carte postale » tant leur travail est prolifique et
varié et tant leurs témoignages sont avant-gardistes,
précis et uniques. Reporters photographiques d'une autre
époque, les frères Sarrafian ont eu le génie
d'être là au bon moment:
- A l'occasion de l'ouverture officielle de la gare routière
au port de Beyrouth, de la mise en service de l'horloge du Grand
Sérail en 1900 et de celle de la fontaine Hamidie pour les
25 ans de l'accession au trône du sultan Hamid. Ils ne manquent
pas de tirer le portrait de cheikh Ibrahim el-Yazigi, fondateur
de la revue al-Bayan.
- Ils furent également présents pour l'inauguration
de l'Ecole des Arts et Métiers, en présence du wali
et des notables de la ville en 1907, ainsi que pour celle de la
Poste Ottomane prés du Khan Antoun Bey en 1908, ainsi que
de l'hôpital psychiatrique de Asfourieh en 1900.
- Leurs clichés d'impression s'arrêtent sur la libération
des prisonniers nationalistes de retour d'exil en 1908, les bombardements
de la ville de Beyrouth par deux cuirassés de la flotte italienne
et sur le naufrage du bateau « Aoun Allah » dans la
rade du port de la ville en 1912. Et plus tardivement sur les images
poignantes d'enfants, victimes de la famine de 1916 et sur Beyrouth
sous la neige en 1920.
- Inimitable, leur série sur la vie quotidienne au Liban
reprend un à un tous les métiers et les scènes
urbaines et rurales dans toute leur authenticité, souvent
sans se défaire de certain humour. A la fin du mois de Ramadan,
sur la Place as-Sour baptisée plus tard Place Ryad el-Solh,
il était d'usage de célébrer une procession
traditionnelle au cours de laquelle les parents portaient sur leurs
épaules les enfants circoncis. Enfin, ils immortalisent les
vieilles demeures destinées à la démolition,
lors des chantiers d'élargissement des rues Foch et Allenby
à Beyrouth.
Les frères Sarrafian ont aussi été les photographes
officiels du Syrian Protestant College devenu plus tard l'Université
Américaine de Beyrouth pour qui ils ont édité
une série de cartes postales d'une grande rareté.
Les souvenirs égrenés de notre patrimoine ne sauraient
être complets sans évoquer le Petit Sérail de
la Place des Canons de Beyrouth. Construit en 1884, dessiné
par Béchara Effendi, ce petit joyau d'architecture ottomane
est détruit en 1951, par un laisser-faire négligent.
Il est remplacé en 1952 par une construction moderne, l'immeuble
Rivoli. Ce dernier est a son tour détruit durant la guerre
de 1975. Des fouilles archéologiques ont mis à jour
les arcades du sous-sol du Petit Sérail.
La question qui se pose est la suivante. Ne pourrait-on pas, à
l'instar de certaines villes européennes qui ont vécu
les affres de la guerre, reconstruire les monuments historiques
du passé?
A titre d'exemple, dans la ville de Dresde, quasiment détruite
par les bombardements des Alliés à la fin de la seconde
Guerre mondiale, les édifices anciens ont été
fidèlement reconstitués, dans le seul but de faire
revivre le passé de la cité, pour qu'une tranche de
son histoire ne sombre pas dans l'oubli. En hommage à ses
habitants, par respect pour leur mémoire.
De la cathédrale de Dresde ne restait qu'un pan de mur, à
partir duquel à été rebâti l'ouvrage
dans toute sa splendeur d'antan. Et la population de la ville en
est fière.
Et si le Petit Sérail était à refaire? Il ne
tient qu’à sa municipalité d'engager ses efforts pour
rebâtir ce joyau historique et architectural, lui donner une
place de choix dans le Centre Ville.
Pour mémoire, Monsieur Robert Debbas m'avait demandé
l'intégralité des cartes postales représentant
le Petit Sérail sous toutes les perspectives, car le Premier
Ministre Rafic Hariri, quelques mois avant sa mort, avait été
intéressé et même emballé par l'idée
de reconstruire ce Sérail, après avoir vu les cartes
postales.

Beyrouth
après la neige de Fèvrier 1920

Ecole
d'arts et métiers dirigée par les pères jesuites

Beyrouth
Haut Commissariat

Innauguration
de l'école industrielle

Fuite
des Libanais, Bombardement des Italiens au port de Beyrouth 1912

Libanais
mourant de faim - 1914
Extraits
du Livre "Sarrafian - Liban 1900 - 1930"
One
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