La
Bibliothèque Nationale du Liban – Gardienne du Temple et
Promesse d’avenir (Magazine Esquisse - Mai 2001)

Portrait
du Vicomte de Tarrazi
«
Ah! Qu’il fait bon d'être parmi des hommes qui lisent! »
Rainer-Maria Rilke
Collecter, stocker,
conserver et communiquer sont véritablement les missions
que toute bibliothèque nationale est censée remplir.
Véritable sanctuaire de la mémoire, garante du patrimoine,
vecteur du passé, du présent et de l'avenir, notre
Bibliothèque Nationale à plutôt joué
ces dernières années le rôle de l'Arlésienne.
Pourtant ça et là dans cette restructuration culturelle
que l'on vit actuellement, des voix averties et conscientes de l'urgence
d'avancer pour ne pas reculer se sont élevées pour
réclamer la réédification de ce temple du savoir
et de la connaissance au service de tous les Libanais. Car la Bibliothèque
Nationale du Liban n'est pas qu'un dépôt de livres
récoltés ça et là. Il faut d'abord et
surtout y voir un symbole, le triomphe de la culture, la victoire
de la mémoire sur l'oubli, pire ennemi de toute civilisation
et surtout une formidable promesse d'avenir pour que, dans la continuité
d'une grande œuvre, se propage le savoir. Le rôle de la bibliothèque,
occulté par des années de perdition et de chaos culturel,
se redéfinit aujourd'hui lentement, se dirige vers une finalité
évidente mais pas facile à établir, se reconstruit
pierre après pierre dans un même souci de rassembler
autour de soi et pour les générations libanaises futures
tout un travail sur la mémoire d'un pays, mémoire
nécessaire à toute survivance et phare pour le devenir
des peuples. Cette structure de rassemblement est invitée
donc à jouer le rôle primordial de matrice à
partir de laquelle toute cette longue tradition de culture et de
savoir qui a porté haut et très loin le nom du Liban
puisse enfin retrouver ses bases passées et assurer ses élans
futurs.
Il ne serait pas exagéré
donc de parler au Liban de véritable communion entre l'écrit
et l'homme tant il parait impossible de remonter dans l'histoire
de ce pays agité sans évoquer et les débuts
de l'imprimerie et la place importante qu'occupait le livre dans
tous ces lieux de culte qu'étaient les bibliothèques.
Une
Longue Tradition de l’Ecrit
Les bibliothèques
ont toujours trouvé au Liban une terre d'accueil perméable
à tout enseignement. Dans les principales villes et dans
l'esprit des hommes, les livres trouvaient un formidable réceptacle
aux enseignements prônés. L'alphabet de 22 lettres
des Phéniciens n'en finit pas de rappeler que Byblos fut
son premier berceau. Plus tard, c'est dans le sillage des Croisés
que les ouvrages traversaient les mers et s'installaient à
l'abri du temps dans la pénombre des siècles. Les
mosquées et les couvents ne se concevaient pas sans liens
solides avec le langage écrit qui attirait à lui chercheurs,
philosophes, hommes de loi et de religions. Le livre s'installait,
prenait ses marques et la première imprimerie de la région,
un modèle Gutenberg dont les lettres ont été
remplacées par les lettres de l'alphabet arabe, publiait
à Qozhaya en 1610 son premier livre en langues arabe et syriaque.
A partir de là, l'imprimerie prendra son essor timidement
d'abord, puis à partir du milieu du 19ème siècle,
Beyrouth deviendra le centre de l'imprimerie et de l'édition
au Proche-Orient. A la veille des dérapages de 1975, le Liban
couvrait plus de 70% du marché arabe du livre. Aujourd'hui,
l'édition poursuit au Liban sa formidable aventure avec chaque
année 7 a 8000 titres nouveaux en plusieurs langues mais
malheureusement, avec une baisse du nombre d'éditeurs tous
les ans. D’où l'urgence de réactiver un secteur miné
par les années de conflits, la crise économique et
peut-être un désintérêt fatal de la part
des Libanais pour qui le livre n'est plus une priorité.
Au lieu de se lamenter
sur un présent où la lecture oscille entre «
passe-temps intellectuel » et « prise de tète
onéreuse », parions sur un avenir qui prône le
retour du livre comme élément de culture indispensable
en effectuant un voyage nécessaire vers un passé riche
en rayonnement culturel et en édifications immortelles.
BIOGRAPHIE
D'UN HOMME DE LETTRES
Né en 1865 dans une famille de banquiers, Philippe de Tarrazi
développe très tôt un penchant pour les études
qu'il poursuivra au Collège des Pères Jésuites.
Il se distingue dans les Lettres arabes et françaises, l'histoire,
le latin et le syriaque. Des l'âge adulte, il s'adonne totalement
à sa passion des livres. Au terme de ses recherches, il publie
une Histoire de la Presse en 12 volumes, qui retrace les premiers
balbutiements de la presse dans la région jusqu'en 1940.
Aujourd'hui encore cet ouvrage est la principale référence
en la matière. Ses nombreux voyages le conduisent régulièrement
en orient et en Europe où il continue inlassablement à
rassembler ce qui constituera le véritable noyau d'une Bibliothèque
Nationale. Son intérêt pour les hommes le conduira
également à fonder des associations de bienfaisance
et à aider les plus démunis. Quand les troupes françaises
entrent au Liban des la fin de la première guerre mondiale,
il occupe le poste d'inspecteur général du ravitaillement
et est membre du comité chargé de gérer les
problèmes de Beyrouth. Encouragé par la puissance
mandataire, il fait don de sa collection personnelle d’à
peu prés 20 000 volumes et de 3000 manuscrits de grande valeur
et fonde les principes de la bibliothèque nationale dont
il est nommé conservateur. Jusqu'à sa retraite qu'il
prendra en 1940 à l'âge honorable de 75 ans, il n'aura
de cesse d'alimenter les collections et de recueillir les fonds
nécessaires à l'épanouissement de cette bibliothèque
qui aura été toute sa vie. Pour son rôle clé
au service de l'état et de ses institutions, le vicomte Philippe
de Tarrazi sera fait Officier de la Légion d'Honneur et recevra
également plusieurs distinctions honorifiques libanaises
et étrangères.
Ce passionné du
Liban épris de grandes réalisations, qui a toujours
porté le tarbouche, a disparu en 1956.
LES
FONDATIONS D'UNE BIBLIOTHEQUE NATIONALE: UNE PASSION D'HOMME
Parler de passion peut
engendrer un euphémisme flagrant tant l'histoire de cette
bibliothèque est liée à l'œuvre de toute une
vie. Un homme, Philippe de Tarrazi, épris de lettres et de
beaux livres, sillonnant les chemins de traverse pour amasser un
véritable trésor, fait don de son temps et de ses
collections à un pays en manque de repère. C'est en
1921, aux premiers temps du mandat français que ce passionné
de littératures française et arabe, cet érudit
en histoire, décide de bâtir les fondements d'un monument
historique, la Bibliothèque Nationale du Liban. Ce qui s'appellera
Dar el Kutub et Ahliyya, le foyer du livre familial et qui se situe
dans le quartier de Haouz el Saatieh, regroupe alors pas moins de
20 000 volumes et de 3000 précieux manuscrits qui constituent
l'intégralité de la collection personnelle du vicomte
Philippe de Tarrazi. Parmi les ouvrages importants, figurent en
bonne place, les premiers numéros de tous les journaux et
périodiques publiés dans le monde arabe, en turc,
persan, arménien syriaque, arabe... depuis leur parution.
Le vicomte est nommé alors conservateur de cette bibliothèque
qui franchira une nouvelle étape lors de la promulgation
en 1924, de la loi sur la propriété commerciale, industrielle,
littéraire et artistique. Cette loi appelée «
dépôt légal » fait obligation aux éditeurs
de déposer deux exemplaires de chaque titre édité
ou réédité à la Bibliothèque
Nationale. Le statut définitif de cette bibliothèque
est fixé en 1935 et elle devient service du Ministère
de l'Education Nationale. La bibliothèque riche maintenant
de 32 000 documents grâce aux nouvelles acquisitions du vicomte
lors de ses voyages en Europe, emménage alors en 1937 dans
de nouveaux locaux place de l'Etoile. Le vicomte sera alors nommé
conservateur et formera d'autres hommes à la passion des
livres. Passion communicative puisque après le départ
du vicomte à la retraite au printemps 1940, Hector Khlat,
Noureddine Beyhum, Ibrahim Moawad, Abdel Latif Charara, le bibliographe
Youssef Assaad Dagher seront mus par le même désir
d'alimenter ce trésor national. D'importantes personnalités
libanaises comme le président Béchara el Khoury feront
également don de leurs collections personnelles pour que
vive et croisse ce monument culturel. Malgré quelques moments
de stagnation et des lacunes dans les collections, 200 000 volumes
imprimés ou manuscrits gardés et encadrés par
une équipe de 35 personnes sont disponibles à la veille
de la guerre. Ouverte au public, refuge des chercheurs et des érudits,
la bibliothèque est précieuse pour son accès
à la documentation, ses archives dont les documents historiques
laissés sur place par les Ottomans et la puissance mandataire
française. D'après les souvenirs de ceux qui, comme
Maitre Phares Zoghbi, fréquentaient la bibliothèque
à la recherche de renseignements précieux pour leurs
études, les portraits de ceux qui ont marqué de leurs
plumes le paysage littéraire libanais ornaient les murs des
grandes salles de lecture et veillaient sur les livres, richesse
de toute une nation.
LA GUERRE
ENNEMIE DU SAVOIR
Aucune des tètes
penchées sur le savoir et les connaissances n'aurait pu prévoir
que d'un jour à l'autre, une aube sanglante se lèverait
et empêcherait ces hommes d'accéder aux livres. Dès
le début des combats, les collections inestimables qui se
sont nourries d'intelligence et de grandeur d'âme se retrouvent
otages d'un conflit innommable, place de l'Etoile, au siège
de parlement, centre des combats. Pillages et cambriolages n'épargneront
pas la Bibliothèque Nationale et d'importants manuscrits
seront sacrifiés à l'autel de la cupidité de
certains qui s'empresseront de les revendre sur les marchés
européens. Ajoutons à cela le mépris des hommes
de guerre pour toute forme de culture et nous obtiendrons une bibliothèque
saccagée avec des portraits piétinés et des
livres utilisés pour faire du feu. En 1979, l'état,
débordé, décide de geler les activités
de la bibliothèque martyrisée mais ce n'est qu'en
1981 et suite à de nouveaux pillages que les livres sont
entassés dans 3200 caisses et déménagés
dans le sous-sol de l'immeuble de l'Unesco. Mais c'est comme qui
dirait tomber de Charybde en Scylla puisque les périmètres
de ce nouveau refuge ne sont pas mieux lotis que le précédent.
Vitres brisées, taux d'humidité élevé,
et le temps qui fait somme toute son travail ont vite fait de transformer
ces caisses en autant de tombeaux pour les livres avec leurs lots
de moisissures et d'insectes. Heureusement des esprits avertis avaient
pris soin de confier les documents et manuscrits précieux,
les portraits ainsi que la collection historique au Centre des Archives
Nationales fondé en 1979 et dont le local se trouve à
Hamra. Des 3000 manuscrits existants la veille de la guerre, il
n’en reste plus que 1580 mais la collection historique qui renferme
les premiers numéros des périodiques a pu être
sauvée.
LES
LIVRES, RESCAPES DES EAUX
En 1992, suite à
une décision étatique, la Bibliothèque Nationale
relèvera du Ministère de la Culture et de l'Enseignement
Supérieur. En 1994, à la demande de Michel Eddé,
alors ministre de la Culture, une mission d'experts de la Bibliothèque
Nationale de France inspecte les caisses, estime la quantité
des ouvrages entre 150 000 et 200 000, propose des solutions de
sauvetage et met en évidence l'urgence de les mettre en lieu
sûr. Un local est trouvé à Sin el Fil et les
livres continuent leur voyage vers l'inconnu. Cette nouvelle adresse
répond mieux aux critères de conservation mais la
place manque pour déployer les collections et commencer le
dépoussiérage. Les choses restent donc en suspens
jusqu'en 1999 où, suite à plusieurs plaidoyers pour
une réouverture de la Bibliothèque, le dossier est
enfin abordé. Un nouveau rapport d'expertise met en valeur
l'importance d'une réédification de la bibliothèque
et le ministre de la Culture Mohammed Youssef Beydoun place le chantier
de la réhabilitation de la Bibliothèque Nationale
au centre des priorités de l'année1999. Pour sonder
l'opinion locale, le ministre Beydoun demande alors à Jean-Marc
Bonfils, vibrant défenseur de la Bibliothèque Nationale,
de monter une exposition au Musée Sursock pour présenter
au public les manuscrits et autres trésors patrimoniaux.
Devant le grand succès de cet événement qui
a démontré que la culture occupe toujours une place
privilégiée dans le cœur des Libanais, le dossier
de la Bibliothèque est remis à l'ordre du jour. C'est
alors que le Conseil des ministres et dans une démarche éclairée,
décide que le futur emplacement de cette matrice du savoir
allait être les locaux qu'occupe actuellement la faculté
de droit a Sanayeh et qui seraient disponibles dans trois ans. Suite
à cette décision judicieuse, une magnifique aventure
commence avec la nécessité de sauver ce qui reste,
organiser la réhabilitation, aménager les plans futurs
et préparer le terrain tant au niveau de l'esprit que de
la forme.
Une Fondation pour la
Bibliothèque Nationale du Liban est crée, Maud Stephan-Hachem
est nommée chef du projet et l'université Libanaise
de Hadeth met à la disposition du gouvernement un local provisoire
et enfin les caisses sont à même d'être déballées
et les ouvrages dépoussiérés.
LE DEPOT LEGAL DANS L'HISTOIRE
Cette institution présente
dans tous les pays du monde enjoint les éditeurs de déposer
à la Bibliothèque nationale deux exemplaires de tout
imprimé de toute nature. C'est ainsi que livres, périodiques,
brochures, gravures, cartes postales, affiches, cartes géographiques,
œuvres musicales sont recueillis en dépôt. Les œuvres
cinématographiques, musicales et photographiques mises publiquement
en vente, en distribution ou en location sont également données
à la Bibliothèque en deux exemplaires. C'est François
1er qui a crée cette notion mise en application dès
l'ordonnance de Montpellier du 28 décembre 1537. Elle revêt
une double importance: celle de conserver intacte la mémoire
de tout un pays à travers les réalisations de ses
fils et celle de consacrer la prééminence de la Bibliothèque
Nationale sur les autres bibliothèques. Au Liban, c'est en
1924 que la loi sur la propriété commerciale, industrielle,
littéraire et artistique est promulguée suite à
un arrêté signé par le général
Weygand. Le contrôle d'exécution du dépôt
légal est confié au ministère de l'Economie.
Cette institution a été plus ou moins respectée
et a contribué à enrichir les collections nationales
jusque dans les années 60 où les publications au Liban
ont cessé, par négligence et par manque de suivi,
d'être confiées à la Bibliothèque Nationale.
Il est primordial aujourd'hui de réactiver ce dépôt
légal et d'insister sur l'importance de cette notion, marque
principale et base patrimoniale de toute bibliothèque nationale.
ETAT
DES LIEUX
Sur les livres qui ont
disparu durant la guerre, on ne sait pas grand-chose. Le «
livre des livres », le catalogue, n'a jamais été
retrouvé. Actuellement, les ouvrages sont regroupés
à Hadeth dans un vaste local prêté par l'Université
Libanaise. Ils sont contenus dans 3200 caisses et les collections
de la fin du 19ème siècle et du 20ème siècle
sont estimées entre 150 000 et 200 000 livres, revues et
journaux publiés avant 1975. Il existe également une
petite collection entrée par dépôt légal
depuis 1996. Il semble d'après l'inventaire de quelques caisses
que la collection était constituée à 40% de
livres étrangers. Parmi les livres arabes, une grande partie
est publiée en Egypte. Vu l'urgence de sauver ce qui en reste
des moisissures et des insectes, des examens poussés ont
été effectués pour déterminer l'ampleur
du désastre. Les méthodes de désinfection ne
manquaient pas mais les coûts étaient énormes.
Il n'était pas question d'envoyer en Europe tout un patrimoine
national, la décision a donc été prise de procéder
à une fumigation sur place. Cette opération a été
financée par un programme de l'Union Européenne, le
programme Manumed, manuscrits de la Méditerranée.
Une compagnie locale à procédé suivant des
normes scientifiques à une désinfection à large
spectre qui a eu lieu en avril 2000 durant les vacances scolaires.
Les caisses ont été ainsi mises sous une énorme
tente de plastic, fumigées et débarrassées
des parasites. L'opération a été supervisée
par des experts du Centre International de Conservation du Livre
(Arles). La collection historique constituée de 1588 manuscrits
et incunables ainsi que la collection Tarrazi de journaux et périodiques
est inventoriée au Centre des Archives Nationales où
un atelier procède à leur restauration. Cette collection
pourrait rejoindre les locaux de la Bibliothèque Nationale
du Liban. A signaler que le plus ancien livre de la Bibliothèque
date de 1482 et qu'il est en bon état de conservation.
MEMOIRE
COLLECTIVE AU MUSEE SURSOCK
En Avril 1999, une exposition
organisée par la Fondation de la Bibliothèque Nationale
réunit les archives nationales du Liban. Une galerie de portraits
des grands noms de la littérature et de la philosophie libanaises
récemment restaurés, les archives du Port de Beyrouth
exposées pour la première fois, des manuscrits de
sciences, de médecine et d'astrologie, des ouvrages de théologie,
une chronique des traditions islamiques, un traité de théologie
chrétienne datant du 14ème siècle et des publications
journalistiques sont présentés au public. Egalement
exposés, des documents de l'époque de la Moutassarifiyye
et des documents relatifs à l'indépendance. Une trentaine
de manuscrits qui appartiennent à la Bibliothèque
nationale sont exhumés lors de cette exposition ainsi que
des documents administratifs sauvés des bombardements en
1983 et envoyés à l'époque par Maurice Chéhab
au Palais de Beiteddine. Ces précieuses reliques du passé
ont été remises par Walid Joumblatt à la Direction
Générale des Antiquités qui en est aujourd'hui
propriétaire.
LES
BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES
Une des plus importantes
missions que doit endosser la Bibliothèque nationale est
de contribuer à l'émergence d'un réseau de
bibliothèques. Le ministère de la Culture envisage
de développer dans tout le pays des bibliothèques
publiques ouvertes à tous. Dans cet esprit, l'Association
des Amis des Bibliothèques Publiques (Assabil), est une association
fondée en 1997 et dont l'objectif est de créer des
bibliothèques publiques à Beyrouth et de mettre ainsi
la lecture à la portée de tous. La municipalité
lui offre un local à Bachoura et, en février 2001,
la première bibliothèque municipale est crée.
Elle met à la disposition de tous des milliers d'ouvrages,
dont des magazines, des encyclopédies, des ordinateurs.
LE PROJET
DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN
A l'heure où le
livre semble, face à l'informatique et Internet, en perte
de vitesse, un formidable soulèvement de conscience agite
le monde. Partout des voix s'élèvent pour réhabiliter
le livre, des projets se concrétisent pour consolider ces
abris que sont les bibliothèques. Celle d'Alexandrie tragiquement
disparue et aujourd'hui ressuscitée en est peut-être
le plus touchant exemple. La Bibliothèque Nationale de France
s'étale désormais majestueuse sur deux énormes
sites. Les choses heureusement se concrétisent également
pour nous avec un projet à la hauteur des ambitions que peut
avoir toute bibliothèque nationale.
L'objectif du projet
est de doter le Liban d'une Bibliothèque Nationale moderne
qui réponde aux besoins des chercheurs et qui soit le centre
de référence pour toute demande d'information concernant
le Liban et la région. Ce projet se concrétisera en
deux phases concomitantes: La phase 1 est la phase de sauvetage
des collections de l'ancienne bibliothèque, dans des caisses
depuis trop longtemps et qui nécessitent des traitements
physiques et intellectuels avant de les remettre à la disposition
des lecteurs. Déjà entamée, cette phase attend
maintenant le dépoussiérage des caisses et l'aménagement
du local de Hadeth dans le but d'assurer des conditions climatiques
saines. Il est également urgent d'engager une équipe
qualifiée de bibliothécaires pour surveiller le déballage,
répertorier et classer définitivement les livres.
Pour cela il faudrait mettre en place une nouvelle structure administrative
adéquate pour lui permettre de jouir d'une véritable
autonomie financière. L'informatisation est également
nécessaire ainsi que la mise en place d'un atelier de reliure
manuelle. Le dépôt légal doit être réactivé
et modifié pour répondre aux normes actuelles et une
perspective en vue de développer les collections doit être
définie.
La phase 2 est la phase
d'édification de la future Bibliothèque Nationale
à Sanayeh. Le projet architectural devrait respecter le bâtiment
d'architecture ottomane et le jardin qui se trouve autour. Mis en
place par l'architecte Jean-Marc Bonfils, le plan prévoit
la restauration du bâtiment existant et l'adjonction d'une
aile complémentaire pour abriter l'ensemble des services
de la future Bibliothèque Nationale. Le but du dispositif
architectural est de mettre le nouveau et l'ancien en continuité.
La nouvelle façade va réfléchir le jardin et
l'ancien bâtiment et révéler ce qui se trouve
à l'intérieur. Le bâtiment d'accueil qui fait
4m 50 de hauteur est entièrement vitré coté
jardin. Avec une salle de lecture principale ouverte sur la ville,
des salles de travail, un café des lettres, des bureaux qui
abritent le corps administratif, un espace multimédia, un
atelier de conservation, une salle du dépôt légal,
un service des acquisitions, des surfaces d'expositions, des salles
de conférence de 90 places, la Bibliothèque nationale
accueillera deux catégories de public. D'une part les élèves
et étudiants désireux d'approfondir leurs recherches
et d'autre part les personnes accréditées à
entreprendre une recherche plus spécifique dans les salles
de travail. Suivant une méthode qu'utilisent les grandes
bibliothèques dans le monde. Les livres seront rangés
sur des étagères informatisées et une valise
robotisée sera chargée, sur un chemin de fer, de les
déplacer suivant la demande. La manipulation manuelle est
ainsi réduite au minimum et les services de transport des
livres se font en un temps record. Le principe de la future Bibliothèque
Nationale, espace pluridimensionnel est d'arriver à créer
un vecteur de culture constamment alimenté et pas seulement
un local ou l'on stocke les livres avec un drapeau devant. Ce n'est
pas un musée du livre, c'est un endroit qui doit être
impérativement branché sur la ville, espace tourné
vers l'extérieur, lieu de rencontre physique et intellectuelle
et centre d'expositions et d'activités culturelles.
En attendant que la faculté
de droit de Sanayeh déménage, la structure de réhabilitation
se met en place. Qui sont ceux ou celles qui sont derrière
ce magnifique projet qui va enfin permettre de continuer dans le
temps cette formidable édification qu'est la Bibliothèque
Nationale?
LA FONDATION
DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN
Suite aux rapports des
experts européens, le ministre de la Culture décide
de créer une Fondation Libanaise pour la Bibliothèque
Nationale dont le rôle sera de communiquer le projet et de
collecter les fonds nécessaires à sa réalisation.
Le président de cette fondation est Maitre Phares Zoghbi,
le vice-président n'est autre que Nadim Abouhamad de Tarrazi,
le petit-fils du vicomte Philippe de Tarrazi, les autres membres
sont Halim Fayad, vice-président de la municipalité
de Beyrouth, Semaan Bassil, Afite Dirani-Arsanios et Randa Daouk.
Un architecte et un professionnel de l'information travaillent depuis
plus de deux ans sur ce projet en collaboration étroite avec
la Fondation et le Ministère: Jean-Marc Bonfils pour le projet
architectural et Maud Stephan-Hachem comme chef de projet.
Cette fondation vise
à travers la réhabilitation de la Bibliothèque
Nationale selon les dires de son président « à
essayer d'introduire le livre dans chaque maison ». Promouvoir
la lecture, faire de cette bibliothèque nationale un point
de départ pour un réseau large et exhaustif de rassemblements
de livres à travers tout le Liban semble être le souhait
des membres de cette fondation qui ont pour mission non pas de créer
une nouvelle bibliothèque mais d'assurer la continuité
et de faire démarrer toutes les activités de la Bibliothèque.
Pour adhérer à
la fondation, il suffit de remplir un formulaire et de payer une
cotisation annuelle.
Une association des amis
de la bibliothèque est également envisagée
MISSION
ET ROLE DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN
L'enthousiasme des hommes
et des femmes qui travaillent à la réalisation de
ce projet est communicatif. La passion qui les anime semble leur
donner des ailes. Que ce soit le président de la fondation
Maitre Phares Zoghbi, lui-même détenteur d'une bibliothèque
qui regroupe prés de 50 000 ouvrages, le vice-président
Nadim Abouhamad de Tarrazi qui porte dans ses gènes l'amour
des livres, le chef du projet Maud Stephan-Hachem professeur d'université
ou l'architecte de la future bibliothèque, Jean-Marc Bonfils,
ils parlent tous avec la même ferveur de ce temple de la recherche
et surtout des rôles primordiaux que la bibliothèque
aura à tenir dans un pays où la culture continue à
susciter comme des envies de pérennité. Ces défenseurs
du savoir insistent bien fort sur l'importance d'assurer une continuité
dans l'esprit de cette bibliothèque qui aura pour mission
de regrouper et de faire connaître l'ensemble de la production
intellectuelle du pays, de préserver le patrimoine culturel
du Liban et par-là même l'identité culturelle
nationale, de constituer un centre de références et
de ressources sur toutes les informations relatives au Liban et
à la région, de compléter et d'harmoniser les
collections des autres bibliothèques du pays, d'accompagner
le développement d'une politique de lecture publique en devenant
le centre d'un réseau de bibliothèques publiques dont
il faudra promouvoir la diffusion.
Susciter la curiosité
intellectuelle, amener les jeunes à la lecture, faire connaître
le patrimoine de tout un pays, tels sont les défis que la
Bibliothèque Nationale, cette magnifique institution qui
a vu le jour grâce à la passion d'un homme et qui va
renaitre grâce à la ferveur d'autres hommes, a déjà
commence à relever. Un rendez-vous incontournable avec l'histoire,
un formidable tremplin vers un avenir éclaire…enfin!
Tania
H. Mehanna
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