Beirut
Art Center - Premier centre d'art contemporain au Liban (Agenda
Culturel no. 338 du 7 au 20 Janvier)
L'année
2009 verra l'inauguration du premier centre d'art contemporain à
but non lucratif au Liban, le Beirut Art Center. Situé dans
la zone industrielle de Jisr el-Wati, le Beirut Art Center (BAC)
est un espace de 1500 m2 anciennement occupé par une usine
d'ameublement. Il a été crée à l'initiative
de Sandra Dagher, organisatrice d'événements artistiques
depuis huit ans, et de Lamia Joreige, artiste plasticienne et vidéaste
active sur la scène libanaise et internationale depuis une
dizaine d'années.
"Le BAC
est un pari difficile" nous confie Lamia. L'art contemporain
au Liban n'est présent que dans les galeries d'art commerciales
et les centres culturels et de certaines ambassades étrangères.
"Notre action est d'exposer des œuvres sans but commercial".
En effet, ce centre est une association à but non lucratif
dont le comité exécutif est formé de Bassam
Kahwagi, Rabih Mroué et Maria Oussaini, aux côtés
de Lamia Joreige et Sandra Dagher.
Un cube de deux
étages, tout en blanc, avec comme unique inscription de logo
du Beirut Art Center, donne sur une ancienne usine encore délabrée
aux murs rouges habillés d'inscriptions taguées au
fil des ans… L'atmosphère qui s'y dégage ressemble
aux ruelles artistiques de Berlin Est, dont les usines ont été
transformées en ateliers de peintres et en centres artistiques
après la chute du mur. Le BAC serait-il le premier occupant
d'un futur quartier artistique? "Au Liban, il y a un manque
de projets d'art contemporain". Cet espace a ainsi vocation
d'être un lieu vivant qui s'adresse à un large public.
La gratuité des manifestations ainsi que des programmes adaptés
aux écoles et aux universités permettront d'atteindre
cet objectif.
Tout est mis
en place pour asseoir cette proximité à l'art: 3 salles
d'expositions situées au rez-de-chaussée, ainsi qu'une
librairie et une salle polyvalente capable d'accueillir 75 personnes
pour des projections de films, performances, conférences,
concerts… Au deuxième niveau, une médiathèque
de créations vidéos équipée de "booth"
digitalisés est mise à la disposition des chercheurs
et étudiants. Enfin, une terrasse et un café complètent
le centre.
Le centre prévoit,
pour son ouverture, une exposition collective intitulée "Closer".
"Comment
définit-on l'intime?"
"A quel moment une histoire devient-elle publique?"
"Quelle est la frontière entre l'expérience personnelle
et artistique?"
11 artistes confirmés présenteront leurs vidéos,
photographies, installations et toiles. Ils relatent leurs histoires…
personnelles: Jananne al-Ani (Irak), Tony Chakar (Liban), Antoine
d'Agata (France), Mona Hatoum (Palestine), Emily Jacir (Palestine),
Jill Magid (Etats-Unis), Anri Sala (Albanie), Lina Saneh (Liban),
Lisa Steele (Etats-Unis), Akram Zaatari (Liban) et Cynthia Zaven
(Liban).
Cette exposition
se compose de trois volets.
Tout d'abord, les œuvres qui sont construites autour d'un ou plusieurs
membres de la famille des artistes. L'installation vidéo
"A Loving Man" de Jananne al-Ani qui, d'origine irakienne,
vit et travaille actuellement à Londres, en est l'exemple.
Le spectateur est invité à entrer dans le jeu de l'artiste,
avec ses trois sœurs et sa mère qui se remémorent
un homme absent. Chacune d'elles répète une phrase
en ajoutant à chaque fois une nouvelle phrase… Au fur et
à mesure, les paroles se perdent entre trous de mémoire,
fous rires et improvisations calculées.
Ensuite, celles
où le point de départ de l'artiste est une histoire
personnelle qui reflète nos histoires collectives et leurs
différentes lectures. Citons l'installation vidéo
d'Emily Jacir, "Crossing Surda". Artiste palestinienne
vivant entre New York et Ramallah, Emily Jacir est professeur à
l'Université Birzeit. Elle présente une vidéo
filmant, durant huit jours, sa traversée du barrage qui sépare
Ramallah de l'Université de Birzeit.
Enfin, les œuvres
où les artistes sont au centre de la représentation,
soulevant des questions en relation avec leur propre image et celle
publique.
Jill Magid l'exprime
dans"Composite", dessins, lettres et bande son. Jill Magid
est intriguée par les informations cachées. En se
basant sur les méthodes utilisées par la police et
le FBI, l'artiste rédige des lettres demandant à des
hommes qui l'ont connue intimement de décrire son visage
dans les détails; elle s'adresse par la suite à divers
artistes et leur demande de l'aider à reconstituer le visage
de cette femme décrite en détail.
L'exposition
d'ouverture donne le ton à ce qui semple être, dans
la forme, une nouvelle plateforme pour les artistes libanais et
régionaux et, dans le fond, l'âme de Beyrouth par ce
qu'elle prévoit comme manifestations artistiques et rendez-vous
culturels. Ce centre, financé par de nombreux mécènes
libanais formés de donateurs privés et de diverses
fondations et associations culturelles, tiendra une programmation
chargée en événements et expositions. Selon
Sandra et Lamia, "des conférences, symposiums, workshops,
concerts et performances se tiendront dans cet espace, aux côtés
de quatre expositions annuelles réparties comme suit: une
exposition thématique, une autre dédiée aux
talents émergeants, une troisième consacrée
à un artiste et, enfin, plusieurs expositions individuelles
d'artistes qui se tiendront simultanément".
Comment Beyrouth
situé au cœur d'un Moyen-Orient disloqué, émietté
et entaché de souffrance parvient-il encore à s'habiller
d'un autre qualificatif que celui d'une zone à risques? La
rédaction de cet article coïncide avec les événements
de Gaza. Il me semble qu'on n'émeut plus grand monde lorsqu'on
meurt plus d'une fois.
Notre capitale
réussit encore à faire croire qu'elle est en expectative
de son improbable décès, alors qu'elle est à
sa énième résurrection… Beyrouth insuffle à
ses artistes et organisateurs culturels la volonté de rendre
les choses possibles…
La preuve est
tangible, un exemple est donné par la naissance du Beirut
Art Center.
- L'ouverture
est prévue pour le 15 Janvier 2009
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