A qui de droit
? Myriam Ryzk – Agenda culturel no. 307 du 3 au 16 Octobre 2007
L’art au Moyen-Orient a souvent été
considéré comme un art où l’on dessine et l’on
peint la coutume d’un passé pacifique et où l’on capture
des photos et des images d’un présent chaotique. L’art au
Moyen-Orient peut s’imager dans un livre où tous les chapitres
porteraient le même titre d’un Avant/Après…
Les artistes de cette région sont toujours liés à
la cause nationaliste de leurs pays d’origine, nous pensons à
leurs cinémas, à leurs photographies et à leurs
peintures… nous pensons également à leur théâtre,
à toutes ces oeuvres endeuillées et mortifères
qui agonisent d’un spleen héréditaire.
“L’actualité artistique” de ces pays a attiré beaucoup
de regards et intrigué beaucoup de consciences cette année…
Nous ignorons cependant la portée réelle de cette
déflagration d’intérêt que nous avons retrouvée
dans bon nombre de grands rendez-vous internationaux qui se tiennent
jusqu’à fin 2007. Les pratiques culturelles des pays du Moyen-Orient
se sont-elles alors subitement anoblies? Sinon, pourquoi suscitent-elles
autant de consécration?
La présence massive des artistes, groupés sous l’étendard
de leurs pays, dans les plus hautes instances de l’art contemporain,
pousse nos interrogations au bord de la panique. Qui est mis en
avant-première, le pays ou ses artistes? Qui devrions-nous
regarder, applaudir, remercier? Par qui devrions-nous être
émus…? A qui de droit?
Le Liban, plus précisément, a participé à
plusieurs manifestations artistiques et s’est trouvé protagoniste
de certaines. Il a été le pays à l’honneur
de Paris Cinéma; Il a, de même, été sélectionné
pour l’opération littéraire des Belles étrangères;
sans oublier l’inauguration, pour la première fois d’un pavillon
libanais à la Biennale de Venise.
Actuellement, il participe à Palerme, à la semaine
du design consacré à l’art méditerranéen,
et il est présent au Festival d’automne à Paris dans
le cadre des scènes artistiques du Moyen-Orient.
Les réalisations que la catégorie libanaise offre
lors de ce Festival d’automne sont une sélection des séquelles
de guerre vécues à travers les projections des documentaires
de Joana Hadjithomas et de Khalil Joreige; les inhibitions du vécu
représentées dans les différentes performances
de Rabih Mroué et de Lina Saneh; et les incidents absurdes
évoqués par Walid Raad, qui tente de définir
l’inexplicable ironie du fait de porter un nom arabe depuis le 11
Septembre.
Présentés ainsi, l’intérêt de recevoir
et d’intégrer un pays comme le Liban dans la discipline d’art
contemporain relèverait de l’ordre du relais de l’information,
plus encore d’un appel à l’éveil des consciences…
Cela aurait été tragiquement vrai, si nous nous étions
obstinés à ne voir dans ces créations qu’un
appel de plainte. Or, l’humour employé dans la plupart de
ces performances et vidéos permet d’affirmer que certains
de ces artistes ont réussi à rompre avec le profil
de rescapés racontant le vécu sordide de leurs compatriotes.
Ils présentent ainsi un art qui transcende la réalité
par le noir.
Suivant cette même approche, mais dans un tout autre registre,
six designers libanais exposent leurs créations lors de la
Semaine du design à Palerme. Cynthia Zahar emprunte à
l’art baroque et à l’exotisme méditerranéen
l’aspect des couleurs frappantes et indélébiles avec
les “Lustres de Castafiore”, alors que Cécile et Wyssem Nochi
se jouent dans leurs créations de la réalité
politique et sécuritaire du pays, “Luffa 5hjar”, “Political
Safety Net, Out to Lunch”.
La présence des artistes libanais dans les manifestations
de grande renommée bénéficie donc aussi bien
au pays qu’à ses artistes. Mais c’est l’effort individuel
et la façon de voir de ces metteurs en scène, réalisateurs
et créateurs qui a rendu possible la programmation des spéciales
Liban…
Les remerciement leurs reviennent et les critiques aussi…!
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