Articles

Art in the press

La Bibliothèque Nationale du Liban – Gardienne du Temple et Promesse d’avenir

vicomte_tarrazi
Portrait du Vicomte de Tarrazi

« Ah! Qu’il fait bon d'être parmi des hommes qui lisent! » Rainer-Maria Rilke

Collecter, stocker, conserver et communiquer sont véritablement les missions que toute bibliothèque nationale est censée remplir. Véritable sanctuaire de la mémoire, garante du patrimoine, vecteur du passé, du présent et de l'avenir, notre Bibliothèque Nationale à plutôt joué ces dernières années le rôle de l'Arlésienne. Pourtant ça et là dans cette restructuration culturelle que l'on vit actuellement, des voix averties et conscientes de l'urgence d'avancer pour ne pas reculer se sont élevées pour réclamer la réédification de ce temple du savoir et de la connaissance au service de tous les Libanais. Car la Bibliothèque Nationale du Liban n'est pas qu'un dépôt de livres récoltés ça et là. Il faut d'abord et surtout y voir un symbole, le triomphe de la culture, la victoire de la mémoire sur l'oubli, pire ennemi de toute civilisation et surtout une formidable promesse d'avenir pour que, dans la continuité d'une grande œuvre, se propage le savoir. Le rôle de la bibliothèque, occulté par des années de perdition et de chaos culturel, se redéfinit aujourd'hui lentement, se dirige vers une finalité évidente mais pas facile à établir, se reconstruit pierre après pierre dans un même souci de rassembler autour de soi et pour les générations libanaises futures tout un travail sur la mémoire d'un pays, mémoire nécessaire à toute survivance et phare pour le devenir des peuples. Cette structure de rassemblement est invitée donc à jouer le rôle primordial de matrice à partir de laquelle toute cette longue tradition de culture et de savoir qui a porté haut et très loin le nom du Liban puisse enfin retrouver ses bases passées et assurer ses élans futurs.

Il ne serait pas exagéré donc de parler au Liban de véritable communion entre l'écrit et l'homme tant il parait impossible de remonter dans l'histoire de ce pays agité sans évoquer et les débuts de l'imprimerie et la place importante qu'occupait le livre dans tous ces lieux de culte qu'étaient les bibliothèques.

Une Longue Tradition de l’Ecrit

Les bibliothèques ont toujours trouvé au Liban une terre d'accueil perméable à tout enseignement. Dans les principales villes et dans l'esprit des hommes, les livres trouvaient un formidable réceptacle aux enseignements prônés. L'alphabet de 22 lettres des Phéniciens n'en finit pas de rappeler que Byblos fut son premier berceau. Plus tard, c'est dans le sillage des Croisés que les ouvrages traversaient les mers et s'installaient à l'abri du temps dans la pénombre des siècles. Les mosquées et les couvents ne se concevaient pas sans liens solides avec le langage écrit qui attirait à lui chercheurs, philosophes, hommes de loi et de religions. Le livre s'installait, prenait ses marques et la première imprimerie de la région, un modèle Gutenberg dont les lettres ont été remplacées par les lettres de l'alphabet arabe, publiait à Qozhaya en 1610 son premier livre en langues arabe et syriaque. A partir de là, l'imprimerie prendra son essor timidement d'abord, puis à partir du milieu du 19ème siècle, Beyrouth deviendra le centre de l'imprimerie et de l'édition au Proche-Orient. A la veille des dérapages de 1975, le Liban couvrait plus de 70% du marché arabe du livre. Aujourd'hui, l'édition poursuit au Liban sa formidable aventure avec chaque année 7 a 8000 titres nouveaux en plusieurs langues mais malheureusement, avec une baisse du nombre d'éditeurs tous les ans. D’où l'urgence de réactiver un secteur miné par les années de conflits, la crise économique et peut-être un désintérêt fatal de la part des Libanais pour qui le livre n'est plus une priorité.

Au lieu de se lamenter sur un présent où la lecture oscille entre « passe-temps intellectuel » et « prise de tète onéreuse », parions sur un avenir qui prône le retour du livre comme élément de culture indispensable en effectuant un voyage nécessaire vers un passé riche en rayonnement culturel et en édifications immortelles.

BIOGRAPHIE D'UN HOMME DE LETTRES

Né en 1865 dans une famille de banquiers, Philippe de Tarrazi développe très tôt un penchant pour les études qu'il poursuivra au Collège des Pères Jésuites. Il se distingue dans les Lettres arabes et françaises, l'histoire, le latin et le syriaque. Des l'âge adulte, il s'adonne totalement à sa passion des livres. Au terme de ses recherches, il publie une Histoire de la Presse en 12 volumes, qui retrace les premiers balbutiements de la presse dans la région jusqu'en 1940. Aujourd'hui encore cet ouvrage est la principale référence en la matière. Ses nombreux voyages le conduisent régulièrement en orient et en Europe où il continue inlassablement à rassembler ce qui constituera le véritable noyau d'une Bibliothèque Nationale. Son intérêt pour les hommes le conduira également à fonder des associations de bienfaisance et à aider les plus démunis. Quand les troupes françaises entrent au Liban des la fin de la première guerre mondiale, il occupe le poste d'inspecteur général du ravitaillement et est membre du comité chargé de gérer les problèmes de Beyrouth. Encouragé par la puissance mandataire, il fait don de sa collection personnelle d’à peu prés 20 000 volumes et de 3000 manuscrits de grande valeur et fonde les principes de la bibliothèque nationale dont il est nommé conservateur. Jusqu'à sa retraite qu'il prendra en 1940 à l'âge honorable de 75 ans, il n'aura de cesse d'alimenter les collections et de recueillir les fonds nécessaires à l'épanouissement de cette bibliothèque qui aura été toute sa vie. Pour son rôle clé au service de l'état et de ses institutions, le vicomte Philippe de Tarrazi sera fait Officier de la Légion d'Honneur et recevra également plusieurs distinctions honorifiques libanaises et étrangères.

Ce passionné du Liban épris de grandes réalisations, qui a toujours porté le tarbouche, a disparu en 1956.

LES FONDATIONS D'UNE BIBLIOTHEQUE NATIONALE: UNE PASSION D'HOMME

Parler de passion peut engendrer un euphémisme flagrant tant l'histoire de cette bibliothèque est liée à l'œuvre de toute une vie. Un homme, Philippe de Tarrazi, épris de lettres et de beaux livres, sillonnant les chemins de traverse pour amasser un véritable trésor, fait don de son temps et de ses collections à un pays en manque de repère. C'est en 1921, aux premiers temps du mandat français que ce passionné de littératures française et arabe, cet érudit en histoire, décide de bâtir les fondements d'un monument historique, la Bibliothèque Nationale du Liban. Ce qui s'appellera Dar el Kutub et Ahliyya, le foyer du livre familial et qui se situe dans le quartier de Haouz el Saatieh, regroupe alors pas moins de 20 000 volumes et de 3000 précieux manuscrits qui constituent l'intégralité de la collection personnelle du vicomte Philippe de Tarrazi. Parmi les ouvrages importants, figurent en bonne place, les premiers numéros de tous les journaux et périodiques publiés dans le monde arabe, en turc, persan, arménien syriaque, arabe... depuis leur parution. Le vicomte est nommé alors conservateur de cette bibliothèque qui franchira une nouvelle étape lors de la promulgation en 1924, de la loi sur la propriété commerciale, industrielle, littéraire et artistique. Cette loi appelée « dépôt légal » fait obligation aux éditeurs de déposer deux exemplaires de chaque titre édité ou réédité à la Bibliothèque Nationale. Le statut définitif de cette bibliothèque est fixé en 1935 et elle devient service du Ministère de l'Education Nationale. La bibliothèque riche maintenant de 32 000 documents grâce aux nouvelles acquisitions du vicomte lors de ses voyages en Europe, emménage alors en 1937 dans de nouveaux locaux place de l'Etoile. Le vicomte sera alors nommé conservateur et formera d'autres hommes à la passion des livres. Passion communicative puisque après le départ du vicomte à la retraite au printemps 1940, Hector Khlat, Noureddine Beyhum, Ibrahim Moawad, Abdel Latif Charara, le bibliographe Youssef Assaad Dagher seront mus par le même désir d'alimenter ce trésor national. D'importantes personnalités libanaises comme le président Béchara el Khoury feront également don de leurs collections personnelles pour que vive et croisse ce monument culturel. Malgré quelques moments de stagnation et des lacunes dans les collections, 200 000 volumes imprimés ou manuscrits gardés et encadrés par une équipe de 35 personnes sont disponibles à la veille de la guerre. Ouverte au public, refuge des chercheurs et des érudits, la bibliothèque est précieuse pour son accès à la documentation, ses archives dont les documents historiques laissés sur place par les Ottomans et la puissance mandataire française. D'après les souvenirs de ceux qui, comme Maitre Phares Zoghbi, fréquentaient la bibliothèque à la recherche de renseignements précieux pour leurs études, les portraits de ceux qui ont marqué de leurs plumes le paysage littéraire libanais ornaient les murs des grandes salles de lecture et veillaient sur les livres, richesse de toute une nation.

LA GUERRE ENNEMIE DU SAVOIR

Aucune des tètes penchées sur le savoir et les connaissances n'aurait pu prévoir que d'un jour à l'autre, une aube sanglante se lèverait et empêcherait ces hommes d'accéder aux livres. Dès le début des combats, les collections inestimables qui se sont nourries d'intelligence et de grandeur d'âme se retrouvent otages d'un conflit innommable, place de l'Etoile, au siège de parlement, centre des combats. Pillages et cambriolages n'épargneront pas la Bibliothèque Nationale et d'importants manuscrits seront sacrifiés à l'autel de la cupidité de certains qui s'empresseront de les revendre sur les marchés européens. Ajoutons à cela le mépris des hommes de guerre pour toute forme de culture et nous obtiendrons une bibliothèque saccagée avec des portraits piétinés et des livres utilisés pour faire du feu. En 1979, l'état, débordé, décide de geler les activités de la bibliothèque martyrisée mais ce n'est qu'en 1981 et suite à de nouveaux pillages que les livres sont entassés dans 3200 caisses et déménagés dans le sous-sol de l'immeuble de l'Unesco. Mais c'est comme qui dirait tomber de Charybde en Scylla puisque les périmètres de ce nouveau refuge ne sont pas mieux lotis que le précédent. Vitres brisées, taux d'humidité élevé, et le temps qui fait somme toute son travail ont vite fait de transformer ces caisses en autant de tombeaux pour les livres avec leurs lots de moisissures et d'insectes. Heureusement des esprits avertis avaient pris soin de confier les documents et manuscrits précieux, les portraits ainsi que la collection historique au Centre des Archives Nationales fondé en 1979 et dont le local se trouve à Hamra. Des 3000 manuscrits existants la veille de la guerre, il n’en reste plus que 1580 mais la collection historique qui renferme les premiers numéros des périodiques a pu être sauvée.

LES LIVRES, RESCAPES DES EAUX

En 1992, suite à une décision étatique, la Bibliothèque Nationale relèvera du Ministère de la Culture et de l'Enseignement Supérieur. En 1994, à la demande de Michel Eddé, alors ministre de la Culture, une mission d'experts de la Bibliothèque Nationale de France inspecte les caisses, estime la quantité des ouvrages entre 150 000 et 200 000, propose des solutions de sauvetage et met en évidence l'urgence de les mettre en lieu sûr. Un local est trouvé à Sin el Fil et les livres continuent leur voyage vers l'inconnu. Cette nouvelle adresse répond mieux aux critères de conservation mais la place manque pour déployer les collections et commencer le dépoussiérage. Les choses restent donc en suspens jusqu'en 1999 où, suite à plusieurs plaidoyers pour une réouverture de la Bibliothèque, le dossier est enfin abordé. Un nouveau rapport d'expertise met en valeur l'importance d'une réédification de la bibliothèque et le ministre de la Culture Mohammed Youssef Beydoun place le chantier de la réhabilitation de la Bibliothèque Nationale au centre des priorités de l'année1999. Pour sonder l'opinion locale, le ministre Beydoun demande alors à Jean-Marc Bonfils, vibrant défenseur de la Bibliothèque Nationale, de monter une exposition au Musée Sursock pour présenter au public les manuscrits et autres trésors patrimoniaux. Devant le grand succès de cet événement qui a démontré que la culture occupe toujours une place privilégiée dans le cœur des Libanais, le dossier de la Bibliothèque est remis à l'ordre du jour. C'est alors que le Conseil des ministres et dans une démarche éclairée, décide que le futur emplacement de cette matrice du savoir allait être les locaux qu'occupe actuellement la faculté de droit a Sanayeh et qui seraient disponibles dans trois ans. Suite à cette décision judicieuse, une magnifique aventure commence avec la nécessité de sauver ce qui reste, organiser la réhabilitation, aménager les plans futurs et préparer le terrain tant au niveau de l'esprit que de la forme.

Une Fondation pour la Bibliothèque Nationale du Liban est crée, Maud Stephan-Hachem est nommée chef du projet et l'université Libanaise de Hadeth met à la disposition du gouvernement un local provisoire et enfin les caisses sont à même d'être déballées et les ouvrages dépoussiérés.

LE DEPOT LEGAL DANS L'HISTOIRE

Cette institution présente dans tous les pays du monde enjoint les éditeurs de déposer à la Bibliothèque nationale deux exemplaires de tout imprimé de toute nature. C'est ainsi que livres, périodiques, brochures, gravures, cartes postales, affiches, cartes géographiques, œuvres musicales sont recueillis en dépôt. Les œuvres cinématographiques, musicales et photographiques mises publiquement en vente, en distribution ou en location sont également données à la Bibliothèque en deux exemplaires. C'est François 1er qui a crée cette notion mise en application dès l'ordonnance de Montpellier du 28 décembre 1537. Elle revêt une double importance: celle de conserver intacte la mémoire de tout un pays à travers les réalisations de ses fils et celle de consacrer la prééminence de la Bibliothèque Nationale sur les autres bibliothèques. Au Liban, c'est en 1924 que la loi sur la propriété commerciale, industrielle, littéraire et artistique est promulguée suite à un arrêté signé par le général Weygand. Le contrôle d'exécution du dépôt légal est confié au ministère de l'Economie. Cette institution a été plus ou moins respectée et a contribué à enrichir les collections nationales jusque dans les années 60 où les publications au Liban ont cessé, par négligence et par manque de suivi, d'être confiées à la Bibliothèque Nationale. Il est primordial aujourd'hui de réactiver ce dépôt légal et d'insister sur l'importance de cette notion, marque principale et base patrimoniale de toute bibliothèque nationale.

ETAT DES LIEUX

Sur les livres qui ont disparu durant la guerre, on ne sait pas grand-chose. Le « livre des livres », le catalogue, n'a jamais été retrouvé. Actuellement, les ouvrages sont regroupés à Hadeth dans un vaste local prêté par l'Université Libanaise. Ils sont contenus dans 3200 caisses et les collections de la fin du 19ème siècle et du 20ème siècle sont estimées entre 150 000 et 200 000 livres, revues et journaux publiés avant 1975. Il existe également une petite collection entrée par dépôt légal depuis 1996. Il semble d'après l'inventaire de quelques caisses que la collection était constituée à 40% de livres étrangers. Parmi les livres arabes, une grande partie est publiée en Egypte. Vu l'urgence de sauver ce qui en reste des moisissures et des insectes, des examens poussés ont été effectués pour déterminer l'ampleur du désastre. Les méthodes de désinfection ne manquaient pas mais les coûts étaient énormes. Il n'était pas question d'envoyer en Europe tout un patrimoine national, la décision a donc été prise de procéder à une fumigation sur place. Cette opération a été financée par un programme de l'Union Européenne, le programme Manumed, manuscrits de la Méditerranée. Une compagnie locale à procédé suivant des normes scientifiques à une désinfection à large spectre qui a eu lieu en avril 2000 durant les vacances scolaires. Les caisses ont été ainsi mises sous une énorme tente de plastic, fumigées et débarrassées des parasites. L'opération a été supervisée par des experts du Centre International de Conservation du Livre (Arles). La collection historique constituée de 1588 manuscrits et incunables ainsi que la collection Tarrazi de journaux et périodiques est inventoriée au Centre des Archives Nationales où un atelier procède à leur restauration. Cette collection pourrait rejoindre les locaux de la Bibliothèque Nationale du Liban. A signaler que le plus ancien livre de la Bibliothèque date de 1482 et qu'il est en bon état de conservation.

MEMOIRE COLLECTIVE AU MUSEE SURSOCK

En Avril 1999, une exposition organisée par la Fondation de la Bibliothèque Nationale réunit les archives nationales du Liban. Une galerie de portraits des grands noms de la littérature et de la philosophie libanaises récemment restaurés, les archives du Port de Beyrouth exposées pour la première fois, des manuscrits de sciences, de médecine et d'astrologie, des ouvrages de théologie, une chronique des traditions islamiques, un traité de théologie chrétienne datant du 14ème siècle et des publications journalistiques sont présentés au public. Egalement exposés, des documents de l'époque de la Moutassarifiyye et des documents relatifs à l'indépendance. Une trentaine de manuscrits qui appartiennent à la Bibliothèque nationale sont exhumés lors de cette exposition ainsi que des documents administratifs sauvés des bombardements en 1983 et envoyés à l'époque par Maurice Chéhab au Palais de Beiteddine. Ces précieuses reliques du passé ont été remises par Walid Joumblatt à la Direction Générale des Antiquités qui en est aujourd'hui propriétaire.

LES BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES

Une des plus importantes missions que doit endosser la Bibliothèque nationale est de contribuer à l'émergence d'un réseau de bibliothèques. Le ministère de la Culture envisage de développer dans tout le pays des bibliothèques publiques ouvertes à tous. Dans cet esprit, l'Association des Amis des Bibliothèques Publiques (Assabil), est une association fondée en 1997 et dont l'objectif est de créer des bibliothèques publiques à Beyrouth et de mettre ainsi la lecture à la portée de tous. La municipalité lui offre un local à Bachoura et, en février 2001, la première bibliothèque municipale est crée. Elle met à la disposition de tous des milliers d'ouvrages, dont des magazines, des encyclopédies, des ordinateurs.

LE PROJET DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN

A l'heure où le livre semble, face à l'informatique et Internet, en perte de vitesse, un formidable soulèvement de conscience agite le monde. Partout des voix s'élèvent pour réhabiliter le livre, des projets se concrétisent pour consolider ces abris que sont les bibliothèques. Celle d'Alexandrie tragiquement disparue et aujourd'hui ressuscitée en est peut-être le plus touchant exemple. La Bibliothèque Nationale de France s'étale désormais majestueuse sur deux énormes sites. Les choses heureusement se concrétisent également pour nous avec un projet à la hauteur des ambitions que peut avoir toute bibliothèque nationale.

L'objectif du projet est de doter le Liban d'une Bibliothèque Nationale moderne qui réponde aux besoins des chercheurs et qui soit le centre de référence pour toute demande d'information concernant le Liban et la région. Ce projet se concrétisera en deux phases concomitantes: La phase 1 est la phase de sauvetage des collections de l'ancienne bibliothèque, dans des caisses depuis trop longtemps et qui nécessitent des traitements physiques et intellectuels avant de les remettre à la disposition des lecteurs. Déjà entamée, cette phase attend maintenant le dépoussiérage des caisses et l'aménagement du local de Hadeth dans le but d'assurer des conditions climatiques saines. Il est également urgent d'engager une équipe qualifiée de bibliothécaires pour surveiller le déballage, répertorier et classer définitivement les livres. Pour cela il faudrait mettre en place une nouvelle structure administrative adéquate pour lui permettre de jouir d'une véritable autonomie financière. L'informatisation est également nécessaire ainsi que la mise en place d'un atelier de reliure manuelle. Le dépôt légal doit être réactivé et modifié pour répondre aux normes actuelles et une perspective en vue de développer les collections doit être définie.

La phase 2 est la phase d'édification de la future Bibliothèque Nationale à Sanayeh. Le projet architectural devrait respecter le bâtiment d'architecture ottomane et le jardin qui se trouve autour. Mis en place par l'architecte Jean-Marc Bonfils, le plan prévoit la restauration du bâtiment existant et l'adjonction d'une aile complémentaire pour abriter l'ensemble des services de la future Bibliothèque Nationale. Le but du dispositif architectural est de mettre le nouveau et l'ancien en continuité. La nouvelle façade va réfléchir le jardin et l'ancien bâtiment et révéler ce qui se trouve à l'intérieur. Le bâtiment d'accueil qui fait 4m 50 de hauteur est entièrement vitré coté jardin. Avec une salle de lecture principale ouverte sur la ville, des salles de travail, un café des lettres, des bureaux qui abritent le corps administratif, un espace multimédia, un atelier de conservation, une salle du dépôt légal, un service des acquisitions, des surfaces d'expositions, des salles de conférence de 90 places, la Bibliothèque nationale accueillera deux catégories de public. D'une part les élèves et étudiants désireux d'approfondir leurs recherches et d'autre part les personnes accréditées à entreprendre une recherche plus spécifique dans les salles de travail. Suivant une méthode qu'utilisent les grandes bibliothèques dans le monde. Les livres seront rangés sur des étagères informatisées et une valise robotisée sera chargée, sur un chemin de fer, de les déplacer suivant la demande. La manipulation manuelle est ainsi réduite au minimum et les services de transport des livres se font en un temps record. Le principe de la future Bibliothèque Nationale, espace pluridimensionnel est d'arriver à créer un vecteur de culture constamment alimenté et pas seulement un local ou l'on stocke les livres avec un drapeau devant. Ce n'est pas un musée du livre, c'est un endroit qui doit être impérativement branché sur la ville, espace tourné vers l'extérieur, lieu de rencontre physique et intellectuelle et centre d'expositions et d'activités culturelles.

En attendant que la faculté de droit de Sanayeh déménage, la structure de réhabilitation se met en place. Qui sont ceux ou celles qui sont derrière ce magnifique projet qui va enfin permettre de continuer dans le temps cette formidable édification qu'est la Bibliothèque Nationale?

LA FONDATION DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN

Suite aux rapports des experts européens, le ministre de la Culture décide de créer une Fondation Libanaise pour la Bibliothèque Nationale dont le rôle sera de communiquer le projet et de collecter les fonds nécessaires à sa réalisation. Le président de cette fondation est Maitre Phares Zoghbi, le vice-président n'est autre que Nadim Abouhamad de Tarrazi, le petit-fils du vicomte Philippe de Tarrazi, les autres membres sont Halim Fayad, vice-président de la municipalité de Beyrouth, Semaan Bassil, Afite Dirani-Arsanios et Randa Daouk. Un architecte et un professionnel de l'information travaillent depuis plus de deux ans sur ce projet en collaboration étroite avec la Fondation et le Ministère: Jean-Marc Bonfils pour le projet architectural et Maud Stephan-Hachem comme chef de projet.

Cette fondation vise à travers la réhabilitation de la Bibliothèque Nationale selon les dires de son président « à essayer d'introduire le livre dans chaque maison ». Promouvoir la lecture, faire de cette bibliothèque nationale un point de départ pour un réseau large et exhaustif de rassemblements de livres à travers tout le Liban semble être le souhait des membres de cette fondation qui ont pour mission non pas de créer une nouvelle bibliothèque mais d'assurer la continuité et de faire démarrer toutes les activités de la Bibliothèque.

Pour adhérer à la fondation, il suffit de remplir un formulaire et de payer une cotisation annuelle.

Une association des amis de la bibliothèque est également envisagée

MISSION ET ROLE DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU LIBAN

L'enthousiasme des hommes et des femmes qui travaillent à la réalisation de ce projet est communicatif. La passion qui les anime semble leur donner des ailes. Que ce soit le président de la fondation Maitre Phares Zoghbi, lui-même détenteur d'une bibliothèque qui regroupe prés de 50 000 ouvrages, le vice-président Nadim Abouhamad de Tarrazi qui porte dans ses gènes l'amour des livres, le chef du projet Maud Stephan-Hachem professeur d'université ou l'architecte de la future bibliothèque, Jean-Marc Bonfils, ils parlent tous avec la même ferveur de ce temple de la recherche et surtout des rôles primordiaux que la bibliothèque aura à tenir dans un pays où la culture continue à susciter comme des envies de pérennité. Ces défenseurs du savoir insistent bien fort sur l'importance d'assurer une continuité dans l'esprit de cette bibliothèque qui aura pour mission de regrouper et de faire connaître l'ensemble de la production intellectuelle du pays, de préserver le patrimoine culturel du Liban et par-là même l'identité culturelle nationale, de constituer un centre de références et de ressources sur toutes les informations relatives au Liban et à la région, de compléter et d'harmoniser les collections des autres bibliothèques du pays, d'accompagner le développement d'une politique de lecture publique en devenant le centre d'un réseau de bibliothèques publiques dont il faudra promouvoir la diffusion.

Susciter la curiosité intellectuelle, amener les jeunes à la lecture, faire connaître le patrimoine de tout un pays, tels sont les défis que la Bibliothèque Nationale, cette magnifique institution qui a vu le jour grâce à la passion d'un homme et qui va renaitre grâce à la ferveur d'autres hommes, a déjà commence à relever. Un rendez-vous incontournable avec l'histoire, un formidable tremplin vers un avenir éclaire…enfin!

Tania H. Mehanna - (Magazine Esquisse - Mai 2001)